‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 83 sur 141 · A MONSIEUR BERVILLE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BERVILLE

14 mars 1854.

Mon cher Berville, voilà près d'un mois que je prie pour avoir votre adresse, et je ne vois personne qui vienne me l'apporter. Je veux pourtant vous dire combien j'ai été touché de votre bon souvenir. Les gens qui n'oublient pas sont les plus sensibles à de semblables marques de mémoire.

Combien j'ai été heureux aussi de voir que du haut de votre siège vous ne tourniez pas le dos aux muses, qui s'en montrent reconnaissantes! Quoi, monsieur le président, vous osez publier des vers ^pleins d'esprit, de grâce et de raison ! Cela me donne presque l'envie de publier la centaine de chansons qui dorment au fond de mon secrétaire. J'en ferais la folie, si elles n'appartenaient à mon éditeur, brave homme qui ne se soucierait pas d'avoir affaire à vos collègues, ne pouvant plus vous avoir pour défenseur.

Et puis, je dois l'avouer, si je m'arrangeais de la prison, je ne m'arrangerais plus du bruit qu'il faut faire pour y

couvrait avec respect devant le cercueil placé dans le corbillard des pauvi'es. La police avait fait un grand déploiement de forces. Huit d'entre nous seulement entrèrent dans l'enceinte funèbre; les autres furent dispersés. M. Béranger nous y rejoignit; il marchait avec peine appuyé sur le bras de M. JeanReynaud. n avait été reconnu et salué d'ardentes acclamations.

« Le cercueil fut descendu. Lorsqu'il fut recouvert de terre, le fossoyeur demanda : « Faut-il mettre une croix? » M. Barbet répondit : « Non ».

« Dans un autre temps, M. de Lamennais avait désiré être inhumé à la Chênaie ». (Blaize, Essai biographique., p. 180).

* Les Mélodies amiénoises.

entrer. N'ayez donc pas peur d'avoir à m'y envoyer. Comme vous le voyez, j'ai beaucoup vieilli : depuis deux ans je ne puis faire un vers; il a fallu que les vôtres me vinssent trouver pour réveiller le souvenir des miens. Aussi vous devez croire à tout le plaisir qu'ils m'ont fait, et, si je n'avais été retenu au gîte, j'aurais couru après vous pour vous dire tout le plaisir qu'ils m'ont fait, et par leur mérite et parce qu'ils étaient une marque de souvenir d'un des hommes pour qui j'ai le plus d'estime.

Agréez-en le témoignage, cher défenseur, et croyez-moi tout à vous de cœur. Votre vieux client.

Page 1