A MONSIEUR SAINTE-BEUVE
30 octobre 185G.
N'ayant pas votre adresse, mon cher Sainte-Beuve, je ne savais comment repondre à votre lettre. Mais Perrotin se charge de vous la faire parvenir (ma réponse), et je vous envoie ce petit mot.
Il serait peu convenable que je me permisse d'apostiller la demande de madame Blanchecolte, ou elle met mon nom en avant. De plus, il faut avoir titre pour apostiller les demandes à un ministre qui peut ne pas vous connaître. Âh ! si j*ctais académicien, passe encore. Mais vous savez que je n'ai pas cet honneur. Avec Fortoul , je n'étais pas obligé d'y regarder de si près : avec le ministre actuel, c'est bien diflercnt.
Que n'avez-vous eu l'idée de faire signer par plusieurs hommes de lettres la demande en faveur de notre jeune muse? Certes, alors je me serais empressé de signer avec tous ceux qui auraient voulu prendre part à cette bonne œuvre. Madame Blanchecotto n'en peut pas douter.
Toutefois je me serais permis une observation : elle vient de loucher son prix; elle a une gratification de l'Empereur : ne faudrait-il pas attendre un peu avant de solliciter de nou* veau la bienveillance de l'administration? Cette observation, je vous la soumets complètement.
Enfin, je vous dis ce que je pense sur cette affaire et me mets à votre disposition pour toute demande qui rentrera dans les règles que ma position m'impose.