‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 28 sur 116 · A MONSIEUR L£FRANÇOIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR L£FRANÇOIS

Ftssy, 7 r^rîcr 1H50.

Je vous attendais pour vous remercier de vos offres qui , vous le croyez bien, ne m'ont pas surpris, et que j'accepte-

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rais de grand cœur, s'il y avait nécessité. Mais je ne manque pas d*argent; je dirai que j'en ai trop, car les dividendes d'une liquidation m'apportent de petites sommes dont je ne sais que faire. Mais la diminution de mes revenus exige une réforme; j'ai commencé par rompre une réunion qui avait lieu deux fois par mois, et je voudrais quitter notre maison, pour donner une idée juste de ma situation et dépister les quémandeurs qui me harcellent et à qui je ne sais pas résister.

Si la liquidation dont je parle devait se terminer heureusement, j'aurais peu d'inquiétude pour l'avenir. Mais aujourd'hui, rien de certain, et je ne voudrais pas mourir sans assurer le sort de Judith, qui, quoique plus âgée que moi, vivra, je crois, plus longtemps. Vous irez à cent cinq ans, lui dis-je chaque jour en riant. Il y a peut-être du vrai dans la prédiction. Il est donc de nécessité d'assurer les frais d'un si long voyage. Mais voyez qu'en nous resserrant, on donnant moins, je pourrai atteindre le but que je me propose. Gardez donc vos bonnes intentions pour le cas où, en mourant, je laisserais Judith dans l'embarras et où Perrotin ne serait pas là pour pourvoir à ses besoins.

J'ai vu souvent madame N'**.

Je ne sais pas si elle pense à retourner bientôt chez elle. J'irai sans doute demain, ou après voir toulecette nichée^ qui me paraît fort intéressante, mais où les occupations me paraissent manquer. Yoilà tout jeunes gens qui n'ont rien à faire que fumer. Mon cher Auguste, j'en suis venu à prendre la pipe en haine, depuis que j'ai vu les fumeurs s'empa-* rer du pouvoir.

Dieu! quelle ineptie 1 II faut être juste pourtant. Thiers, Holéy Montalemberti ne fument pas et valent encore moins.

A «ONSIEUR JOSEPH RICCURDl

10 févritt 1850.

Il n'y a que cinq jours, monsieur, que j'ai reçu voire lettre et le volume que vous avez bien voulu me faire re» mettre. J'ai lu votre ouvrage^ avec autant d'intérêt que d'empressement. Il vous appartenait de nous donner la narratioa de tant d'événements, où vous avez eu votre part d'honneur et de danger, dont l'Italie vous tiendra sans doute compte un jour. Heureusement vous l'avez pu faire dans noire langue, car nous autres Français rarement nous savons suffisamment ce qui se passe en dehors de nos frontières, même chez les peuples qui ont le plus notre sympathie. Gela ne nous empêche pas d'en raisonner comme si nous étions sur les lieux. Aussi nous tronvpcMis-nous et peut*on souvent nous tromper. Pour cela même, monsieur, me permettrai-je de vous dire que j'aurais désiré que votre histoire fût beaucoup plus complète sur beaucoup de points, et nous fournit par conséquent plus de moyens de rectifier les erreurs que, chez nous, on a dû commettre dans les jugements portés sur les événements qui eut eu lieu dans la Péninsule. italique. Tel qu'il est, monsieur, voire volume, écrit en fort bon style, rapide, clair, précis, mérite d'être répandu en France. Aussi je voudrais, ainsi que vous me le demandez, pouvoir aider à lui gagner les voix du journalisme. Mais rappelez-vous, monsieur, que toute ma vie j'ai vécu loin des journaux et de ceux qui les font. Mes rapports au National se réduisaient à l'amitié que j'ai pour Thomas, qui n'yest plus qu'un memlnne inutile et presque toujours absent du conseil de ce journal. Je

* VHistoire de la Révolution d'Italie (in-l'i, 1850), écrite pour coinliattre k la fois la politique pontificale et celle de Mazxini.

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vais cependaDt lui écrire à ce sujet pour lui recommander votre ouvrage de la manière la plus pressante. Quant à Lamennais, il a quitté la Réforme. Si vous ne lui avez pas écrit, je rengagerai à faire de son côté ce qu'il pourra. Nous ne nous voyons que rarement, car tous deux sommes d'une assez mauvaise santé, et habitons désormais loin l'un de l'autre. Je vis en ermite, monsieur, ne voyant que quelques vieux amis. J'ai donc peu de moyens de vous rendre le service- que vous attendez de moi .' Mais soyez sûr que je saisirai toutes les occasions de parler et de faire parler de votre histoire. Je n'ai pas besoin de vous dire que je suis naturellement poussé par l'intérêt de la cause italienne et par celui que vous devez vous-même inspirer aux patriotes de tous les pays, ne vous connût-on pas personnellement, ainsi que j'en ai l'avantage.

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