CCXXXIII
A MADAME BLANCHECOTTE
26 rérrier 1854.
Vous avez bien fait de vous amuser à Fontainebleau, et faites fort mal d'être revenue malade à Paris.
Mes douleurs de tête sont un peu diminuées , mais le rhume dure toujours. Je suis accablé d'affaires '.
Lamennais est retombé : je ne crois pas être libre le matin d'ici à jeudi. Ne venez donc pas. Tâchez de passer joyeusement les jours gras.
Qu&nd vous m'enverrez la liste de vos amis, accompagnezla de notes.
Si j*eii connais pas un, je veux être peudu.
^ H. Blaize était reparti pour la campagne, croyant son onde hors de danger.
* L*autorité ecclésiastique, fort inquiète de la mort que Lamennais allait £iire, après mille efforts, venait d*adresser, d'une façon trè»-habile, un appel aux sentiments de convenance et de tolérance dont elle se plaisait à penser en ce moment que Béranger était pénétré. On ne le croirait pas, si la preuve n en existait : c'était par l'auteur de la chanson du Dieu des Bonnes Gens que Ton nourrissait un dernier espoir de ramener à la confession catholique Fauteur de Y Essai sur Vindiffé-
DE BËRAN6ER. S57
A MONSIEUR ANTIBR
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Merci de la triste nouvelle.
nnce. Bérangerdut Morire. Quant à Lamennais, sa mort énergique est Tune des plus mémorables que Ton ait à raconter. Voici conunent il expira sa vie ardente.
f Le dimanche 26 féTrier 1854, Joseph Montanelli et Armand Lérj, qui ayaient passé la nuit chez M. Lamennais, et Henri Martin qui était venu le matin de bonne heure, se trou?aient tous les trois dans la chaûoabre, près du salon, quand, sur les une heure et demie de l'après-midi, Auguste Barbet, sortant de la chambre du malade, les appela et les y fit rentrer avant lui.
< M. Lamennais, préoccupé des tentatires qui avaient été faites durant sa maladie pour l'amener à rétractation, et craignant qu'on n'exerçftt une pression sur sa légataire universelle, en éveillant des scrupules de conscience de nature à empêcher Texécution de sa volonté, avait touIu écrire quelques ligues k la suite de son testament. Ne Tayaut pu, il les dicta. Henri Martin les hii relut. 11 dit : c Le commencement est bien, > indiqua une correction de style dans le milien, puis approuva le tout. Henri Martin les recopia, les lui relut, et il persista. Sur la demande que lui firent Auguste Barbet et Henri Martin, s'il voulait qu'on appdàt un officier public pour donner à cette disposition une forme authentique, M. Lamennais dit que c'était inutile, que pour sa nièce une obligation, même purement morale, suffisait. H prit sa plume, se souleva, pria Henri Martin de tenir le carton, et signa. En entrant dans la chambre, Auguste Barbet s'était placé debout au pied du lit, Henri Martin s'était assis à la tête, Armand Lévy à côté d'Henri Martin, près de la porte du salon ourerte, et derrière Armand Lévy, Joseph Montanelli, de façon i ne point voiler la lumière de la croisée unique qui éclairait la chambre et l'alcôve.
« Nous retournâmes tous les quatre dans la chambre du fond, afin que le malade pût reposer un peu. Vers les trois heures, le docteur Jallat nous dit qu'il trouvait M. Lamennais très-mal. Aussitôt Auguste Barbet mivoya chercher la nièce de M. Lamennais à l'Abbaye^iux-Bois par M. de Goux. Nous entrâmes dans la chambre du malade : la respiration était difficile. Nous étions depuis quelques instants agenouillés près de son lit, quand tout à coup attachant sur nous un regard fixe et long, et pressant les mains aux deux plus proches, il dit : Ce sont les bonsmomentS' L'un de nous lui dit : « Nous serons toujours unis avec vous. 9 11 répondit, en faisant un signe de la tète : (Test bien, nous nous retrouver,., David (d'Angers) arriva et resta quelques instants. Puis survint Gamot, qui avait passé toute la nuit précédente chei M. Lamennais, et presque en même temps la nièce du malade.
c Sa première parole fut : • Fély, veux-tu un prêtre? Tu veux un prêtre,
Nais
peu aprèSj
rien? » il dit d'un ton mécontent : Je n'ai besoin de rien du tout : qu'on me
laisse en paix ! Ayant dit : Madame ! la nièce crut qu'on l'appelait: il dit : Nom.