A MONSIEUR BERVILLE
14 mars 1854.
Mon cher Bervillc/ voilà près d'un mois que je prie pour avoir votre adresse, et je ne vois personne qui vienne me l'apporter. Je veux pourtant vous dire combien j'ai été touché de votre bon souvenir. Les gens qui n'oublient pas sont les plus sensibles à de semblables marques de mémoire.
Combien. j'ai été heureux aussi de voir que du haut de
* ff Le 29 février un immense concours de peuple était répandu depuis la rue du Grand-Chantier jusqu'au cimetière de l'Est. La foule silencieuse se découfnit arec respect devant le cercueil placé dans le corbittard des pauvres. La police avait fait un grand déploiement de forces. Huit d'entre nous seulement entrèrent dans Venceinte funèbre; les autres furent dispersés. M. Béranger nous y rejoignit ; il marchait avec peine appuyé sur le bras de M. Jean Reynaud. fi avait été reconnu et salué d'ardentes acclamations.
« Le cercueil fut descendu. Lorsqu'il fut recouvert de terre, le fossoyeur demanda : • Faut-il mettre une croix? » M. Barbet répondit : • Non. »
ff Dans un autre temps, M. de Lamennais avait désiré d'être inhumé à la Cl.énaie. » (Blaize, Essai biographique, p. )80.)
Totre siège vous ne tourniez pas le dos aux muses, qui s'en montrent reconnaissantes! Quoi, monsieur le président, vous osez publier des vers^ pleins d* esprit, de grâce et de raison ! Gela me donne presque Tenvie de publier la centaine de chansons qui dorment au fond de mon secrétaire. J*en ferais la folie, si elles n^appartenaient à mon éditeur, brave homme qui ne se soucierait pas d*avoir affaire à vos collègues, ne pouvant plus vous avoir pour défenseur.
Et puis, je dois l'avouer, si je m'arrangeais de la prison, je ne m'arrangerais plus du bruit qu'il faut faire pour y entrer. N'ayez donc pas peur d'avoir à m'y envoyer. Gomme TOUS le voyez, j'ai beaucoup vieilli : depuis deux ans je ne puis faire un vers; il a Caillu que les vôtres me vinssent trouver pour réveiller le souvenir des miens. Aussi vous devez croire à tout le plaisir qu'ils m'ont fait, et, si je n'avais été retenu au gîte, j'aurais couru après vous pour vous dire tout le plaisir qu'ils m'ont fait, et par leur mérite et parce qu'ils étaient'une marque de souvenir d'un des hommes pour qui j'ai le plus d'estime.
Agréez-en le témoignage, cher défenseur, et croyez-moi totit à vous de cœur. Votre vieux client.