‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 85 sur 116 · IV · texte numérisé non relu

IV

Je vous dis cela, chère muse, pour tous prouver que je suis capable de dire la vérité aux autres quand ils m'intéressent, puisque je la dis sur moi-même.

Eh bien, j'ai un peu tardé à vous répondre, parce que cela, et ce que je pense de votre talent, je voulais vous le dire « en langage des dieux, » comme disaient nos aïeux en parlant de la rime. Mais, le croirez-vous? depuis cinq ans que j'ai cessé de faire des vers, il ne m*est plus possible d'en faire un seul. En vain j'ai sollicité mon vieux cerveau d'enfanter quelques quatrains ou couplets en votre honneur. Après m'étre tourmenté l'esprit pendant deux jours, je me vois obligé de me réfugier dans la vile prose pour répondre à vos beaux et bons vers, que je garderai précieusement, avec votre ode sur Sébastopol, car ces deux morceaux me donnent l'espoir qu'un jour ma patrie vous comptera parmi ses plus poétiques enfants. Ce sont là des pensées que j'aurais voulu pouvoir scander et rimer. Daignez en accueillir l'expression en langage vulgaire, et croyez-moi, chère demoiselle, votre humble et dévoué serviteur ^

A MOSIEDR BOULAY-PATT»

5 octobre 1SS5.

Vous êtes bien heureux, mon cher ami, de vous promener

« Mademoiselle Drouet a obtenu, en 1859, le prix de poésie i FÂcadéaiie française sor le sujet de la Sœur de charilé au dix-neuvième siècle. Ses Ters simples et faciles (surtout dans le tableau de I'Écolb) ont Talu an poète de passer pour uo digne élève de Béranger. Mademoiselle Drouet, qui s'exerçait k la poésie, tout en pratiquant les rudes devoirs de Finstitutrice, est aujourd'hui, grâce à la demande de rAcadômie française, investie des fonctions d'inspectrice des pensionnats de h ville de Paris.

* M. Ëvariste Boulay-Paty, né en 18014, a été distingué de bonne heure pour

humaine.

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paisiblement au bord de la mer, tandis qu'ici les provinciaux et les étrangers ne nous laissent plus de place dans les rues et sur les boulevards pour respirer le peu d'air qu'ils n'absorbent pas.

Au reste, j'ai toujours été un peu souffrant, ce qui ne m'a pas permis les longues promenades que je faisais dans mon bon temps. Madame Boudonville s'en plaint : elle est en bonne santé ; mais il me semble que son mari n'est pas aussi bien portant qu'elle. N'en dites rien pourtant, car je puis me tromper.

Sur vos rivages poétiques, pensez-vous toujours à l'Académie? Je le suppose. Faites des sonnets; vous aspirez à être le collègue de ***.

Oui, faites-nous des sonnets, pour réconcilier le public avec l'Académie. Mais peut-être ne pensez-vous plus à cette bonne vieille. Elle a pourtant bien besoin qu'on lui vienne en aide.

Mais, au bord de votre belle mer, vous ne pensez peutêtre plus à tous ces honneurs. N'y prolongez pourtant pas trop votre séjour et hâtez-vous de revenir frapper à la porte de vos amis.

Vous savez avec quel plaisir ils vous reverront, surtout si votre santé a gagné au voyage.

Quant à moi, qui fais une perte d'argent assez considérable, je pense à me retirer au haut du faubourg Saint-Antoine, dans une rue que je suis bien sûr que vous ne connaissez pas\ et d'où j'ai vu assiéger la Bastille, il y a soixante-six ans. Mais Judith ne veut pas entendre parler de ce projet qui nous exilerait si loin. Je suis sûr pourtant que nous y ferions des économies. Il est vrai que nous mettrions les jambes de nos amis à une rude épreuve. Vous voyez que le goût des Toyages me prend aussi.

* Là rue des Boulets.

En attendant, voas* nous trouvères encore rue de Vendôme, où l'on nous trouve déjà bien loin.

Adieu, voyageur; revenez-nous a temps pour nous faiix^ vos adieux si nous fuyons jusqu'à rextrémité de Paris.

A MONSIIVB HONORÉ BOKBOXm

iloctdiireifôS.

Recevez, monsieur, mes remerciments bien sincères pour l'épître que vous avez eu la bonté de m*adresser et dont j'aurais dû vous accuser réception plus tôt. Au reste, faute de date à votre lettre si aimable, je ne sais de combien je suis en retard avec vous.

Quand on rime avec autant d'esprit et de facilité que vous, monsieur, on ne doit pas perdre son temps à recueillir les paperasses des autres ^ Il serait mieux, ee me semble, de réunir vos improvisations en un bon et beau volume, que de courir après les chiffons de papier de ceux qui ne sont plus de ce monde.

Malgréces réflexions, je voudrais pourtant satisfaire à votre caprice. Mais, monsieur, j*ai peu d'ordre dans mes papiers, et de temps à autre je fais comme Campistron, secrétaire du maréchal de Vendôme, dontpeut-étne aujourd'hui j'occupe le logement dans les combles du château des enfants et petitsenfants de Gabrielle. Vous savez qu'il répondait aux lettres adressées au maréchal en les jetant toutes au feu. Aussi, mon* sieur, n'ai-je que très-peu de lettres précieuses. Toutefois si, quelque jour, il m'en tombe sous la main, je les mettrai de côté pour vous les offrir en échange des éloges que vous voulez bien me prodiguer, bien que malheureusement je sache tout

* M. Bonhomme a pabiié des osarret inédites de Piron. Il est amateur et collectionneur d^autograpbes.

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ce qu'il y a de faux dans cette monnaie. Plaignez-moi. Qu'est-ce qu'un pauvre poète qui ne croit plusa^x flatteries littéraires?

A MOMSIECR A. AUBBY

19 octobre 1855.

Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir tant tardé à vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire de Totre Paris démoli * .

Avant de vous rendre grâce de ce cadeau, j'ai voulu le lire et l'ai lu en vrai Parisien rempli d'intérêt pour tout ce qui touche son berceau. Or, tout vieux que je suis, je ne dispose pas encore de tout mon temps.

Je viens un peu tard, mais après lecture faite, vous prier d'agréer mes remerciments pour cet ouvrage, très-bien écrit, résumé de curieuses recherches, et dont Tauteur est un homme aussi judicieux qu'instruit, capable de faire beaucoup plus, j'en suis sûr.

Vous voyez, monsieur, combien, je vous suis obligé, et veuillez en recevoir mes bien sincères remerciments, ainsi que l'assurance de mes sentiments distingués.

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