IV
sions plutôt que des idées que vous donnez au public. N'at-il pas le droit de passer sans vous lire? Qui êtes-vous? Il l'ignore. Oh ! qu'un Chateaubriand, qu'un Lamartine, qu'un Michelet lui rendent compte de leurs impressions, il courra chez le libraire, car il lient à savoir comment de pareils hommes ont vu, senti, jugé en telle circonstance, ou à propos de telle chose et de tel individu.
Tout cela, mon cher Noël, je vous l'ai déjà dit. J'ai soixante-dix ans et commence à rabâcher. Toutefois, ne dédaignez pas trop ces observations: elles sont de vieille date chez moi. D'ailleurs elles ne m'empêchent pas de rendre justice à votre début. Je n'ose vous dire même tout le plaisir que m'a fait votre petit volume, de peur de nuire à la morale de mon sermon. Il est vrai aussi que j'aime et admire Rabelais, bien que je sois obligé d'avouer que Voltaire, qui avait un génie moins original, après l'avoir maltraité et dépouillé, lui a enlevé la première place parmi les réformateurs que la France devait accepter, elle qui n'a jamais eu de goût pour les esprits trop austères : notre bon sens veut pouvoir rire. Molière le savait bien aussi.... Mais qu'ai-je besoin de vous parler de celui-ci ? Attendons ce que vous allez nous apprendre sur cet autre réformateur : voici d'ailleurs assez de bavardage.
Je n'ai jamais lu Ambroise Paré que, par parenthèse, le joyeux docteur de Montpellier eût bien dû guérir de son absurde crédulité. Mais pourquoi dites-vous qu'il fit le premier l'opération de la taille? Je croyais que cette opération avait été pratiquée en France, sous Louis XI, sur un archer, condamné à mort, qui dut sa grâce et la vie à cet heureux essai.