A MONSIEUR DELATOUCHE
25 août 1850.
Ce matin, de deux à trois heures, j'ai frappé, sonné, refrappé, resonné, et personne ne m'a répondu chez vous, mon cher Delatouchc. Je m'en suis d'abord affligé, puis je me suis dit : Tant mieux ! cela prouve qu'il a repris ses
jambes, et qu'il est allé se promener dans les belles cam- IV. 13
pagnes que je viens de traverser avec tant de plaisir*. Vous avez dû trouver ma carte dans la boîte de vos journaux.
J'ai fait une connaissance presque à votre porte. « D'où venez-vous? Où allez-vous? Quel est votre âge? Dites-moi votre nom? » Ce sont là à peu près les paroles que m'a adressées, sans me connaître, un homme de mon âge, que j'ai reconnu au premier coup d'oeil, bien que je ne l'eusse jamais vu, et que vous reconnaissez sans doute aussi à ses façons à la fois militaires et aimables. Aux premiers mots que je lui ai dits de vous, il s'est écrie : « N'étes-vous pas un tel? — Oui, c'est moi. » Alors les poignées de main et l'invitation d'aller prendre quelque chose dans sa maison, dont il m'a fait un grand éloge. Puis il m'a parlé politique. Il est pour la grande propriété, ce que j'aurais deviné, s'il m'eût laissé le temps de deviner quelque chose. « Enfin, lui ai-je dit, monsieur de Girardin% il faut que je vous quitte pour voir mon ami, à qui j'ai obligation d'avoir fait votre connaissance, dont je vais le remercier. »
Ce remercîment, mon cher Delatouche, je vous l'envoie à mon retour.
J'allais vous remercier aussi de l'invitation que vous m'avez adressée par une personne dont on n'a pu me dire le nom. Je vous ai déjà dit, je pense, que le mal que la voiture me fait après le repas me prive du plaisir de dîner en ville, et à la campagne encore plus. J'ai grand regret à vous refuser ; mais, à mon âge, il ne faut pas faire d'infraction à son régime. Vous comprendrez cela, et me pardonnerez de n'accepter pas l'agréable rendez-vous que vous vouliez bien me donner. J'irai bientôt m'assurer que vous ne m'en
' Aulniiy, I'lessis-I'i({uet, Fontenay-aux-Roscs. ' • Lecoiiilc .\lcxaadre de Girardiii, mort en 1855.
gardez pas rancune, et je souhaite bien que cette fois votre porte me soit ouverte.
Rappelez-moi, je vous prie, au bon souvenir de votre excellente garde-malade*.