A MADAME CLAIRE BRUNNE
14 décembre 1851.
Madame, les événements dont nous venons d'être témoins* vous feront excuser le temps que j'ai mis à vous
* Le 2 dccciubrc cl jours suivants.
DE BÉRANGER. i27
remercier de votre envoi et de la lettre toute flatteuse qui raccompagnait. J'ai reçu l'un et l'autre le 2 décembre. Depuis, nous avons vu faire de l'histoire. J'ai dû attendre un peu de calme pour lire votre roman, madame, roman où toutefois j'ai bien trouvé aussi quelques excellentes pages d'histoire, qui figureraient avec avantage dans l'œuvre de ceux qui, aujourd'hui, se donnent la mission de nous retracer notre passé, et manquent souvent de ce qu'il y a d'impartial et d'élevé dans votre esprit.
Vous avez également, madame, le talent des portraits, et quelquefois il m'a semblé reconnaître les originaux dont votre plume exercée a peint les caractères dans vos Trois Épogues.
Des scènes très-dramatiques, un style rapide, brillant et toujours précis, ont dû assurer, madame, un grand succès à ce livre que je vous remercie bien sincèrement de m'avoir fait connaître, et pour lequel j'aurais été vous porter mes témoignages de gratitude, si depuis que l'âge m'a fait fermer ma porte je n'avais dû aussi renoncer à aller frapper à celle des autres, quel que fût le regret que cela me cause parfois.
Ce regret n'a jamais été plus grand qu'aujourd'hui, madame, où je me vois dans l'impossibilité de répondre à l'aimable invitation que vous voulez bien me faire et où il y avait tant à gagner pour moi.
Veuillez pardonner à un vieil ermite, las du monde, qui n'est plus bon que pour la solitude, d'où il vous adresse ses respectueux hommages.
i<iS CORRESPONDANCE