‹ Correspondance de Béranger (volume 5)Chapitre 90 sur 136 · A MONSIEUR ARSÈNE HOUSSAYE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ARSÈNE HOUSSAYE

18 avril 1855.

Cher et ancien voisin \ je voulais vous aller expliquer qu'il m'est impossible de satisfaire à votre demande; mais

* M. Arsène Houssaye était alors directeur de la Comédie-Française, et la Comédie a gardé bon souvenir, comme on l'a dit, de cet « élégant consulat ». Lorsque M. Uoussaye s'institua grand électeur des candidats illustres qui, de-

rindisposition qui me retient au logis m'en a empêché : de plus, j'ignore voire nouvelle demeure. Je prends donc le parti devons écrire au théâtre, pour vous dire, d'abord, que depuis quatre ou cinq ans je n'ai pas pu faire un vers; mais ce qui est bien autrement péreraploire, c'est que mes engagements avec mon libraire, pour la pension qui est ma plus grande richesse, ne me permet pas de faire imprimer aucune chanson nouvelle, parce que tout ce que j'ai fait et ferai appartient à Perrotin*. Aussi ne voyez-vous, depuis vingt-deux ans, un seul vers nouveau imprimé de ma façon.

J'aurais ou je ferais une chanson nouvelle pour le volume dont vous me parlez, que je n'en pourrais pas disposer.

Ne regrettez 'pas, cher voisin, mes pauvres petits vers. Depuis un certain temps, je n'en entends guère parler que par les coups de fouet qu'ils m'attirent. Heureusement que la peau des vieillards est dure et permet de dormir sous les verges.

Je n'en suis pas moins reconnaissant que vous ayez pensé à moi pour l'œuvre que vous nous préparez, et que je lirai,

puis deux siècles, pouvaient réclamer l'honneur de s'asseoir sur le Quarante et unième farleuil de rAcadémie française, il n'eut garde d'oublier Déranger, cl, pour discours de réception, lui mit dans la bouche une jolie chanson, qui est devenue oien vile populaire, et qu'on a tirée à des cinquante mille, comme la Liselle de Bérat. Après l'avoir lue, liérangor dit à l'auteur : « Ah çà! de qui est-elle? de vous ou de moi? » M. Arsène Houssaye, dont le talent littéraire, jusqu'en ses mignardises, est de nature française, n'a jamais parlé de Déranger que comme de l'un des maitres de la littérature nationale.

' Il faut dire aussi que Déranyer ne se souciait plus, et ses lettres en font foi de tous côtés, de voir son nom reparaître sur la scène. Fatigué du poids de sa renommée, il cherchait le repos et ne le trouvait pas ; sans cela, ses Cliansons ■posthumes auraient paru de son vivant même. Son éditeur lui a maintes lois proposé de lui en donner ce qu'il voudrait pour les pouvoir publier, tandis que devant Déranger vivant nul n'eût osé manquer de respect à sa gloire. Déranger refusa toujours : « J'ai assez fait de bruit », disait-il.

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j'en suis sûr, avec le même plaisir que celles de ses aînées que je connais déjà.

Recevez l'assurance de ma considération amicale et dé-

vouée*.

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