‹ Correspondance de Béranger (volume 5)Chapitre 94 sur 136 · A MONSIEUR DE V · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE V

Paris, 19 septembre 1855.

Je ne suis pas si antipathique au clergé que les journaux cléricaux veulent bien le dire. J'ai plusieurs prêtres de mes amis qui meurent d'envie de me donner l'absolution; mais leur absolution ne me tente pas. A tort ou à raison, j'ai cru devoir prouver que les hommes d'église

» Pai- MM. de Pontmartin cl Veuillol.

sont comme nous, des hommes de chair et de nerfs, et que le saint manteau dont ils se couvrent ne les défend pas contre les tentations du diahle. Le peuple commence à comprendre qu'un prêtre n'est qu'un homme, et c'est là un grand point. Après cela, je ne nie pas que l'Eglise ne puisse rendre des services; mais il faut qu'elle change de route, qu'elle se renferme dans l'Évangile et renonce franchement aux pompes de ce monde. Le jour oii un pape ira prêcher dans les rues, les jours où il sera un apôtre, tout le monde se prosternera et recroira. Mais nous n'en sommes pas là. Le clergé veut régner ici-bas, et il s'arrange de façon à se faire fermer le royaume du ciel, qu'il ne semble pas estimer autant que ceux de la terre.

Je vous remercie de votre charmante chanson contre Veuillot. Je ne vous conseille pourtant pas de la lui envoyer.

CGLXI

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