‹ Correspondance de BérangerChapitre 42 sur 73 · A MONSIEUR BROUSSAIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BROUSSAIS

Ce 21 novembre.

Monsieur, M. Fayot" vient de me remettre l'ouvrage que vous avez eu la bonté de m'adresser. C'est avant de l'avoir lu que je vous en remercie. Mon opinion sur son mérite, déjà si généralement reconnu, votre immense réputation, la gloire qui a été le prix de vos nobles travaux, vous doivent rendre très-indifférent à ce qu'un homme de mon étoffe peut penser d'un pareil livre; ou, si vous avez la bonté d'attacher quelque estime à mon suffrage, vous devez être sûr d'avance que ce suffrage vous est tout acquis. Ce dont je dois vous remercier, monsieur, c'est du moment choisi par vous pour me faire l'honneur d'un tel envoi. Lorsque, dénoncé de tous les côtés, poursuivi par un pouvoir plus obéissant qu'on ne pense, je vais aller expier en prison le tort d'avoir eu trop de franchise ou trop de confiance dans un droit que je crois incontestable; lorsque . quelques amis félons seraient disposés à me dire : Nous ne vous connaissons plus, je dois être touché qu'un homme, placé aussi haut que vous dans la considération publique,

charmant réduit d'où, libre et maître, vous pourrez voir le lac où Guillaume Tell rêva la liberté de son pays, et Voltaire celle de la raison humaine.

« Dans le cas où le budget trop grevé de Votre Majesté ne vous permettrait pas d'entrer immédiatement en campagne, nous joignons à cette lettre une procuration régularisée pour toucher, sur votre bon remboursable à votre volonté, la somme que vous jugerez nécessaire. M. Jacques Laffilte a été avisé pour faire honneur à notre traite.

« Sur ce, Sire, que Dieu vous tienne en sa sainte et digne garde. C'est le vœu de vos fervents et dévoués admirateurs.

« Fazy aine, Bourquin, Mathieu Kreutz, F. Bruggiser. »

* C'est le célèbre Broussais, l'auteur du livre De Vlrritation et de la Folie, qui venait de paraître.

* Journaliste du temps, ami d*^ Broussais et de Béranger.

veuille bien me donner un témoignage d'estime qui, si j'en juge bien, doit tenir à quelque sympathie secrète dont je dois être fier. Voilà pourquoi, monsieur, j'ai voulu me hâter de vous en témoigner ma reconnaissance, me réservant d'aller vous porter moi-même de nouveaux remercîments aussitôt que j'aurai lu votre ouvrage, si vous voulez bien m'en accorder la permission, et si toutefois la justice, ou ce qu'on appelle amsi, ne vient pas trop tôt y mettre obstacle.

Daignez recevoir, monsieur, l'expression de ma profonde gratitude et l'hommage de mes sentiments d'estime et d'admiration *.

A MONSIEUR GUERNU

Novembre.

Ta lettre m'est arrivée lorsque je courais la Normandie et les bords de la mer. Depuis mon retour, la justice et les avocats m'ont donné tant d'occupations, qu'il m'a été impossible d'aller chez toi, surtout le dimanche, jour où je suis toujours retenu au gîte par les visites que j'ai l'habitude de recevoir. En attendant que ma paresse me permette d'aller te voir avant dix ou onze heures, un des autres jours de la semaine, je t'envoie un exemplaire de mon malencontreux volume. La saisie m'a privé du plaisir de te l'envoyer plus tôt.

Tout à toi.

GLXXV

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