‹ Correspondance de BérangerChapitre 43 sur 73 · A MONSIEUR AUGUSTE LE ELAGUAIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR AUGUSTE LE ELAGUAIS

21 novembre 4828.

Les nouveaux embarras judiciaires qui me sont suscités

' Lettre communiquée par M. Broiissais fils.

m'ont empêché de répondre plus tôt à votre lettre et de vous remercier de la jolie chanson qu'elle contient. Si tous ceux qui, aujourd'hui, écrivent contre moi s'y prenaient de la sorte, je pense que le ministère lui-même ne se serait pas avisé de me traîner encore une fois devant les tribunaux. Je vous dois de la reconnaissance pour un acte d'accusation dressé avec tant d'esprit et de gaieté. Celui qui m'attend au palais ne sera pas tout à fait aussi aimable ni aussi spirituel. Je ne suis pas moins disposé à en braver les résultats. Mais pour vous, monsieur, qui, jeune encore, vous lancez dans une route si épineuse pour moi, les tribulations que je n'ai cessé d'éprouver seront peut-être un salutaire avis. Si vous continuez de faire des chansons, redoutez la griffe du juge et le verrou des prisons. Heureusement qu'on peut servir son pays autrement que par des couplets, et qu'à votre âge on a plus d'une corde à son arc. Réfléchissez donc bien avant de vous aventurer dans la carrière poétique, qui est, certes, une des moins utiles qu'on puisse prendre. C'est l'avis d'un homme qui s'est quelquefois repenti de l'avoir suivie. En vous donnant ce conseil, il me semble que je m'acquitte, a itant qu'il m'est possible, du plaisir que m'ont fait vos couplets*.

A MONSIEUR KÉRATRY

22 novcmhro 1828.

Mon cher Kératry, je vous le disais bien, que vous n'étiez pas homme à avoir du crédit sous un pareil ministère. Les prêtres dominent, et vous autres, bonnes gens, vous ne voulez pas le voir, non plus que beaucoup d'autres petits

' Lettre communiquée par M. \o Flapnais.

DE DÉRANGER. rj29

inconvénients qui troubleraient votre joie. Je n'en suis pas moins sensible à toute la peine que vous avez prise pour ce pauvre Perrotin*, que l'on persécute par rapport à moi, et qui, sans vous peut-être, eût été abandonné de tout le monde; car aujourd'hui l'abandon cstde mode. Mais, comme cette mode ne peut être la vôtre, je ne m'étonne pas que vous ayez fait preuve de zèle pour faire réparer une sottise. Je suis affligé du non-succès, bien que sans intérêt dans cette affaire. Je suis sûr que vous l'êtes aussi. Mais au fond je ne suis pas trop fâché qu'un si petit détail vous mette à même de confirmer les idées que vous devez avoir enfin d'une aussi misérable administration.

Recevez, mon cher Breton, tous les remercîments et toutes les assurances du dévouement de votre ami,

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