CHEF DE BUREAU A L\ PRÉFECTURE DE POUCE
La Force, 24 mai 1829.
Monsieur, avec l'assentiment de M. Valette, directeur de la Force, je prends la liberté de recommander à votre bien-
^ Lettre communiquée par M. Paul de Musset. ■- M. Valette, direclenr de la prison.
veil lance le nommé Costa (Pierre) , détenu dans cette maison , et qui sollicite de votre bonté la promesse de n'être point transféré dans une autre maison. Condamné à un an d'emprisonnement, le 14 janvier, pour avoir fait usage d'un passe-port qui n'était pas le sien (seule faute qu'il ait commise), il a déjà fait quatre mois à la Force, et sa bonne conduite l'a fait distinguer de ses chefs, qui l'emploient au service de la maison. Ces faits sont à la connaissance de M. Valette, à qui j'en ai parlé pour obtenir son consentement à la demande que j'ai l'honneur de vous faire au nom de ce pauvre détenu.
J'espère, monsieur, que vous voudrez bien me pardonner la liberté que je prends. Je profite de cette occasion pour vous remercier en mon particulier des adoucissements que vous avez permis qu'on apportât à ma longue captivité, et je vous prie d'en agréer mes témoignages de reconnaissance*.
A MONSIEUR TISSOT
La Force, H juin 1829.
Je vous remercie, monsieur, de la bonne nouvelle que VOUS voulez bien me donner. Ces deux pauvres malheureux sont donc rendus à la liberté î A-vec l'argent de mes amis, qui m'a déjà servi à faire sortir plusieurs autres détenus, j'aurais pu libérer ces deux derniers beaucoup plus vite; mais c'était encourager l'administration à persévérer dans une voie aussi nuisible à l'Etat qu'aux particuliers. J'espère qu'à force de représentations je parviendrai à faire faire à tous les magistrats ce qu'a fait M. de Belleyme' dans cette circonstance.
* Lettre communiquée par M. Dethou.
* Alors préfet de police.
Je vous engage, monsieur, si vous connaissez des individus dans la position de Pinceloup et de Forêt, à les faire s'adresser à M. le préfet de police une quinzaine de jours avant l'expiration de leur temps de condamnation, en suppliant ce magistrat de faire constater leur insolvabilité et d'en transmettre l'assurance au parquet du procureur du roi, afin que là on refuse de recevoir l'écrou que l'administration des domaines ne manque pas de prendre à l'expiration du temps de détention. Cette marche est la seule à suivre : malheureusement elle a bien de la peine à s'établir. J'aurais à cœur de contribuer en quelque chose au soulagement d'une classe qui trouve si rarement des défenseurs, mais dans laquelle je n'oublie pas que je suis né.
Recevez, monsieur, l'assurance de ma gratitude particulière *.
ce
A MONSIEUR T
La Force, 4 juillet 1829.
Monsieur, je me hâte de répondre à votre lettre, mais avec le regret de ne pouvoir vous rendre le petit service que vous me demandez.
En fait de couplets du genre de ceux que vous désirez, il faut être inspiré par la fête même qui en est le motif; du moins je n'ai jamais pu célébrer de fête autrement ; aussi en ai-je peu chanté et me suis-je même mis fort à l'aise pour cela avec mes amis, qui savent d'ailleurs que je me suis habitué à travailler très-difficilement. Je dois ajouter, monsieur, qu'une prison n'est pas un lieu très-inspirateur pour chanter la joie et le plaisir, et que je serais un peu
* Lettre communiquée par M. Albert Blanquet.
o7G CORRESPONDANCE
surpris de vous voir vous adresser à moi dans ce moment, si cette demande n'était une espèce d'éloge de ma résignation à supporter une si longue captivité, et je vous sais gré, monsieur, d'avoir eu si bonne opinion de ma philosophie. Agréez l'expression de mes regrels et l'assurance de ma
considération distinguée ^
CGI