‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 110 sur 308 · J. ROU, SOUS LE NOM DE P. DE VrILLAC · texte numérisé non relu

J. ROU, SOUS LE NOM DE P. DE VrILLAC

Le 28 janvier [1686].

Monseigneur, Si l'on ne m'avait point rendu si tard la lettre que vous

Lettre 361. — L. a. s. Cabinet de M. le comte Guillaume de La Roche-Aymon. L'adresse n'est pas de la main de Bossuet.

1. L'abbesse, jalouse de sa juridiction, avait sans doute supposé que Bossuet y avait voulu porter atteinte par quelque mesure d'administration.

2. Deforis : à la coutume. A l'accoutumée, comme d'ordinaire. « Me promenant un jour à l'accoutumée » (Balzac, le Prince, Avant-propos).

Lettre 368. — Cette lettre répond à celle de Bossuet, du 17 oc-

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m'avez fait l'honneur de m'écrire, je me serais donné plus tôt celui de vous en remercier et d'y répondre.

Le motif, Monseigneur, qui vous a fait prendre cette résolution est charitable, et il ne se peut rien de plus obligeant que la manière dont vous l'avez exécutée. Mais, comme les bonnes intentions ne suffisent pas toujours pour donner du poids aux desseins, j'espère que vous ne trouverez pas mauvais, Monseigneur, que je vous déclare, dans toute la liberté qu'un grand respect me peut permettre, que votre générosité n'a touché mon cœur que d'une profonde reconnaissance, sans que vos raisons aient eu la force de le persuader.

Je ne me jetterai pas sur la controverse non plus que vous, Monseigneur, mais par un autre principe. Vous n'en avez été retenu que parce qu'avec raison, vous n'avez pas jugé à propos de descendre jusqu'à moi ; je m'en abstiens par le respect qui me fait connaître que je ne dois pas m'élever jusqu'à

tobre i685. Elle a aussi paru pour la première fois dans la Séduction éludée, p. 12, avec la date du 28 janvier i685, qui est évidemment fausse. Son véritable auteur n'est point Pierre de Vrillac, mais Jean Rou, qu'il avait prié de tenir la plume à sa place et qui en revendiqua la paternité, en l'insérant dans ses Mémoires (t. I, p. 2 2^ seq.).

Jean Rou (1638-1711) était fils d'un procureur au Parlement de Paris; il se fit recevoir avocat en i65g et cultiva les lettres. Des tables d'histoire, qu'il avait publiées avec succès, furent supprimées par l'autorité publique ; leur auteur fut mis à la Bastille et n'en sortit que par la protection de Montausier (1675). Quelques années avant la révocation de l'édit de Nantes, il passa à l'étranger. Il fut nommé en 1689 secrétaire-interprète des Etats généraux de Hollande et occupa ce poste jusqu'à sa mort. On a de J. Rou diverses dissertations et des mémoires publiés par M. Francis YVaddington sous le titre de Mémoires inédits et opuscules de Jean Rou, Paris, 1857, 2 vol. in-8. Bossuet avait entretenu d'abord de bonnes relations avec J. Rou, et celui-ci (t. 1, p. 54) parle d'un certain dîner maigre qu'il prit, le samedi 19 juin 1675, à la table de M. de Condom. Mais quelques mois après, lorsque les Tables furent proscrites, Bossuet ayant refusé d'intervenir en faveur de l'auteur, disant même, s'il faut en croire celui-ci, que lorsqu'il avait eu des rapports avec lui, il ne le connaissait pas comme huguenot, J. Rou, depuis ce jour, en garda rancune à l'évèque.

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vous. Après vous avoir donc protesté d'abord, Monseigneur, qu'on s'est mépris lorsqu'on vous a voulu faire croire que j'avais donné quelque parole ', je me contenterai de presser un seul point, sur lequel vous avez insisté particulièrement, afin de vous faire connaître que, si j'ose vous résister, ce n'est pas par opiniâtreté et sans savoir que vous dire ; c'est, Monseigneur, cette surprise où vous paraissez être de ce que nous croyons, dites-vous, qu'on ne peut se sauver dans une Eglise où nous sommes contraints d'avouer que nos pères se sauvaient avec les vôtres avant notre réformation. J'ai, Monseigneur, deux choses à dire là-dessus : l'une, que, l'état de nos pères étant différent du nôtre, il ne s'ensuit pas que ce qui pourrait les justifier nous pût justifier de même ; l'autre, que, sans avoir égard à cette raison, nous ne demeurons pas d'accord absolument et dans une idée générale qu'avant la Réformation, nos pères se sauvassent avec ceux de MM. de la Communion romaine ; nous disons seulement qu'il n'est pas impossible qu'un petit nombre d'hommes, entre tous ceux qui vivaient alors, aient trouvé grâce auprès de Dieu, c'est-àdire ceux qui, protestant hautement contre les erreurs sous lesquelles la vérité était ensevelie, et poursuivant par toute sorte de moyens et d'efforts une réformation dans le culte et dans la doctrine sans avoir pu être écoutés, ont du moins renoncé quant à eux aux faux dogmes de ce temps-là ; il n'en est plus de même aujourd'hui que cette réformation, qui avait été refusée à nos pères par l'endurcissement des hommes, nous a été accordée par un effet de la miséricorde de Dieu et par un miracle de sa puissance. Avant que Dieu eût préparé une arche pour garantir sa famille élue du déluge des superstitions et de la corruption de toute chair, on pouvait, comme Noé, se sauver par la foi, encore qu'on fût mêlé parmi la foule des mondains, gardant sa pureté dans son cœur et son cœur à Dieu ; mais, depuis que cette arche a été une

1. Allusion à la première phrase de la lettre de Bossuet (page i^g)- P- de Vrillae nie qu'il ait fait donner des promesses de conversion.

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fois bâtie, il a été d'une nécessité indispensable de s'y retirer, et il n'y a point eu de salut bors d'elle. Or il en est de notre réformation comme de l'arche de Noé. Après cela, permettez-moi, Monseigneur, pour passer à un autre endroit de votre lettre, de vous dire qu'il n'y a pas de communion où les préjugés que vous me reprochez aient moins de lieu cjue dans la nôtre, et que, si quelques-uns de nos auteurs l'ont défendue par cette sorte d'armes, ce n'a été qu'en récriminant et par une espèce de rétorsion2.

Pour ce qui regarde la persécution à laquelle vous m'exhortez de ne me point complaire, je m'y plais en effet si peu, que c'a été pour l'éviter dans les lieux où elle règne, que, selon le précepte de l'Evangile, je me suis enfui dans d'autres3. C'est là4, Monseigneur, que, par la faveur du Ciel, je jouis d'un repos d'esprit que la conservation de quelques commodités temporelles au prix de mon salut m'eût entièrement fait perdre, et, s'il rejaillit encore sur moi quelques étincelles de l'embrasement dont je me suis sauvé, j'ai au moins cette consolation d'être fortement convaincu que je ne souffre que pour la justice, puisque la première et souveraine justice est de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Mais laissant-là, Monseigneur, mes intérêts particuliers, j'avoue que, pour ceux de votre cause, vous faites fort bien de me détourner des préjugés dans le même temps que vous me représentez les souffrances de la persécution ; car rien ne serait plus préjudiciable à la religion romaine, que si ceux qui professent la nôtre se conduisaient par cet esprit-là ; nous ne pourrions en effet juger que très désavantageusement

•2. Rétorsion. « Ce mot ne se trouve point dans les dictionnaires, mais il est difficile de s'en passer, et je connais de grands puristes qui le hasardent » (Note de J. Rou). « Rétorsion, action de rétorquer. Les Pyrrhoniens ne craignent point la rétorsion » (Bayle, dans le Dict. de Furetière). « La rétorsion que j'ai prétendu qui se peut faire contre M. Cudworth » (Id., lettre à des Maizeaux, 16 octobre 1705). Le mot a été admis dans le dictionnaire de l'Académie en 17^0.

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