‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 111 sur 308 · A La Haye · texte numérisé non relu

A La Haye

janv. 1686] DE BOSSUET. 1 85

d'elle, par votre propre aveu, et la regarder que comme une fausse Eglise, si, en prêtant l'oreille aux préjugés, nous jetions les yeux sur l'inhumanité dont elle tyrannise les consciences et impose un joug au cœur contre les lumières de l'esprit. Tout le monde demeure d'accord que la douceur est le véritable caractère du christianisme, que la religion se persuade, mais qu'elle ne se force point; et, dans tous les siècles, il se trouvera bien que les fidèles ont été persécutés, mais jamais qu'ils aient été persécuteurs.

Vous m'exhortez, Monseigneur, à retourner et à ramener ceux que je pourrai, même M. Le Sueur b. Dieu me garde, s'il lui plaît, d'une telle prévarication ; si j'avais jamais à remettre le pied en France, ce serait pour en emmener ce que j'y ai de plus cher et de plus aimable*, bien loin d'y remener personne, et je suis assuré en tout cas que M. Le Sueur ne voudrait point être de ce nombre.

Vous me dites que je revienne à la pierre dont j'ai été séparé ; je vous répondrai, Monseigneur, mais en suivant l'Ecriture un peu plus à la lettre que vous n'avez fait, que j'ai seulement à me bien tenir à cette pierre dont j'ai été tiré1 , et que je n'ai pas besoin d'y revenir, puisque, par la grâce de Dieu, je n'en ai jamais été séparé. Il n'est donc pas nécessaire, Monseigneur, que j'aille chercher l'Eglise de Rome pour trouver Dieu et Jésus-Christ, l'unité et l'autorité de l'Eglise universelle, afin de me servir de vos termes ; je doute que j'y trouvasse Dieu, qui n'est point partout où n'est point la vérité, la bonne foi, la douceur et la justice ; et pour Jésus- C6rist, je suis fort assuré du moins que je ne le trouverais jamais sur les autels de l'Eglise romaine. Je chercherais aussi vainement l'unité dans cette Eglise, puisqu'elle est autant divisée en sectes qui se déchirent qu'aucune autre branche du christianisme, cette bienheureuse unité ne se devant espérer

5. François Le Sueur, ancien ministre à La Ferté-sous-Jouarre. Voir la lettre du 17 octobre i685, note 6, p. i5o.

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