La Séduction : de cette conduite
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ce qui s'est passé à l'égard des ariens, des nestoriens et des pélagiens, auxquels nous joindrons encore, si vous voulez, les manichéens et les donatistes ; l'autre est cette conséquence que vous tirez de là, que les princes ont donc droit de faire servir leur épée à l'avancement de la religion. J'ai à vous dire là-dessus, Monseigneur, que dans toute l'histoire ancienne et moderne, tout ce qu'il y a eu de voies de fait exercées par les princes en matière de religion, n'a jamais été regardé que comme des spectacles d'horreur, et que le nom de ces princes-là ne se profère encore aujourd'hui qu'avec exécration. Tout le monde sait que le fameux supplice de Priscillien 35 et de ses compagnons, sur la fin du ive siècle, fut généralement désapprouvé, au rapport de Sulpice Sévère36 ; au reste, je ne nommerai point ces princes persécuteurs, car, outre que j'aurais mauvaise grâce à faire une parade de quelque science d'histoire devant un prélat qui m'en ferait lui-même des leçons, je ne veux point être soupçonné de vouloir faire des comparaisons et des applications odieuses. Je prévois là-dessus, Monseigneur, que vous voudrez séparer ces malheureux princes, qui ne sont regardés que comme des monstres, d'avec ceux dont la mémoire est en bonne odeur et en bénédiction, et que vous demanderez qu'on ne confonde pas les Pharaon et les Antiochus avec les Constantin, les Théodose et les Marcien ; mais je vous dirai, pour me retrancher dans 31 vos seules citations, de peur de vous être trop importun, que les ariens et leur secte n'ont point été éteints par voie de persécution et de carnage ; d'où il s'ensuit qu'on ne peut rien inférer de louange ou de blâme à l'égard d'aucune puissance ; comme c'était une fausse Eglise, elle est tom-
35. Priscillien, accusé de renouveler les erreurs des manichéens et des gnostiques, fut condamné par deux conciles, de Saragosse en 38o, et de Bordeaux en 383; puis en ayant appelé lui-même au tribunal de l'empereur Maxime, il fut condamné de nouveau et exécuté à Trêves, en 384-
36. Sulpit. Sever., Historia Sacra, 1. II, 46-5i [P. L. t. XX, col. i55-i58].
37. La Séduction : pour me retrancher à vos seules citations.
i!\'a CORRESPONDANCE [mai 1686
bée d'elle-même, et les seuls rayons de la vérité du soleil de justice ont dissipé tous ces nuages de ténèbres de la superstition et de l'erreur. Voici comment.
De tous les peuples de l'Empire, depuis qu'il avait été converti au christianisme sous le grand Constantin, aucun ne s'était laissé infecter si fort38 du venin de l'hérésie arienne que celui des Goths, et comme ils étaient partagés en deux branches, celle d'Espagne et celle d'Italie, ces deux nations avaient été les deux grands théâtres où ces malheureux avaient également répandu le poison de leurs pernicieuses erreurs et le sang de leurs persécutions outrées. Je continue à dire, Monseigneur, qu'en l'une et en l'autre, ils étaient les insultants et les persécuteurs, comme, en effet, leurs souverains faisaient profession de cette secte, qui par là était la religion dominante ; que les catholiques ont toujours été, à leur égard, les insultés et les persécutés, et que, tant la puissance ecclésiastique que la temporelle, ne les ont attaqués que par le bras de la chair 38. L'arianisme a pris fin chez l'un et chez l'autre de ces deux peuples, mais imperceptiblement et sans massacre, comme sans abjurations forcées ; ou si les armes mondaines y ont eu lieu, ce ne fut que comme il arrive d'ordinaire dans tous les grands mouvements des Etats, où les grands et ceux qui gouvernent font entrer la religion parmi la politique, pour servir de prétexte à leur ambition et de leurre aux peuples. L'empereur Justinien, qui, aussi bien que ses prédécesseurs, ne voyait qu'avec douleur l'envahissement qui avait été fait de l'Italie par les Ostrogoths, ayant enfin trouvé leurs affaires en assez grand désordre pour en espérer l'achèvement de leur ruine et la réunion de ce beau morceau à l'Empire, y envoya Narsès40, qui, comme étant un capitaine accompli, exécuta bientôt ce grand des-