Dom Thierry Ruinart a Bossuet
Monseigneur, Voici ce que j'ai pu ramasser de divers auteurs sur le dessein que Votre Grandeur a touchant la communion sous une
Lettre 388. — L. a. s. Archives de Saint-Sulpice.
Deforis place cette lettre, dont il ne donne pas la date, à la suite d'une autre lettre du même personnage, du i4 juin 1686 ; les autres éditeurs la rejettent en note. Mais, à défaut de la date, qui est très visiblement marquée sur l'autographe, son contenu suffit pour la montrer antérieure à la lettre du 1 1 juin, dans laquelle l'évêque de Meaux remercie son correspondant de l'envoi mentionné en celle-ci. La présente lettre est donc elle-même une réponse à une lettre précédente de Bossuet qui ne nous a pas été conservée.
Dom Thierry Ruinart, né à Reims en 1657, mort à l'abbaye de Hautvillers,de la Congrégation de Saint- Vannes, le 27 septembre 1709, l'un des plus savants bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Il fut le disciple préféré de Mabillon, dont il a écrit la Vie et défendu la Diplomatique contre les critiques du P. Germon, jésuite. Parmi ses travaux, on remarque : Acta primorum inartyrum sincera et selecta, ex libris tum editis, tum manuscriptis collecta, eruta et emendata, Paris, 1689, in-4 ; Sancti Georgii, Florentii Gregorii episcopi Taronensis, opéra omnia, Paris, 1699, in-fol. ; Ecclesia Parisiensis vindicata adversus R. P. Bartholomsei Germon duas disceptationes de antiquis regum francorum diplomatibus, Paris, 1706, in-12. Ruinart a laissé en manuscrit un Journal où se trouvent relatés les incidents auxquels donna naissance l'édition de saint Augustin par les Bénédictins; ce journal a été publié par M. l'abbé Ingold dans son Histoire de l'édition bénédictine de saint Augustin, Paris, 1908, in-8. Une collection de lettres adressées à Ruinart se trouve à la Bibliothèque Nationale, fr. 19665 et ig666. On consultera sur Th. Ruinart: son éloge, en tête du tome V des Annales Ordinis sancti Benedicti, Paris, 1713, in-fol. ; les Mémoires de Niceron; t. II ; D. Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1770, in-4 ; Chavin de Malan, Histoire de Mabillon et de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, i843, in-12 ; H. Jadart, Dom Thierry Ruinart, Paris et Reims, 1886, in-8 ; Emm. de Broglie, Mabillon et la Société de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1888, 3 vol. in-8 ; J.-B. Vanel, Nécrologe de Saint-Germain-des- Prés, Paris, 1896, in-4; Mélanges et documents publiés à l'occasion du deuxième centenaire de la morlde Mabillon, Ligugé et Paris, 1908, in-8.
268 CORRESPONDANCE [juin 1686
seule espèce1. J'aurais souhaité que mon recueil eût été plus abondant, parce qu'il aurait été plus digne d'être présenté à Votre Grandeur ; et j'ai de la confusion de ce que je ne remplis pas assez l'obligation à laquelle je me suis engagé. Néanmoins, je n'ai rien négligé de ce que je croyais pouvoir servir à ce dessein. J'ai vu tous les auteurs dans lesquels je soupçonnais y devoir rencontrer quelque chose qui y eût du rapport; mais j'ai bien remarqué que des yeux plus clairvoyants que les miens y avaient déjà passé. Je n'ai pas cru cependant devoir laisser échapper les endroits que j'ai marqués dans ce petit recueil, afin d'avoir au moins la consolation d'avoir témoigné à Votre Grandeur que j'ai fait tout mon possible pour lui donner quelque satisfaction. Je n'ai rien marqué que je n'aie tiré ou conféré avec l'original, et je me persuade que, si Votre Grandeur n'y trouve pas ce qu'elle souhaite, elle aura du moins assez de bonté pour m'excuser, étant avec un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et très
obéissant serviteur.
F. J. Thierry Ruinart, m. b. ind.
De l'abbaye de Saint-Germain, ce 5 juin 1686.
1 Bossuet recueillait des renseignements en vue de la seconde édition de son Traité de la Communion sous les deux espèces, qui fut achevée d'imprimer le 26 septembre 1686 ; peut-être même songeait-il déjà à un ouvrage, qui parut seulement après sa mort sous le titre de : La Tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce (dans les Œuvres posthumes de M. Bossuet, publiées par Leroy, Paris, 1753, 3 vol. in-4, t. III).
Mabillon écrivait à Ruinart, en juin 1686: « Je suis bien aise que vous travailliez pour Monseigneur de Meaux; obligez-moi de lui présenter mes très humbles respects lorsque vous le verrez. » (Bibl. Nationale, f. fr. 19659, f° 100.) Plus tard, Bossuet ayant fait accorder à Ruinart un prieuré dépendant de son abbaye de Saint-Lucien, Mabillon écrivit à son disciple, de l'abbaye de Saint-Faron de Meaux, le 29 août 1687 : « Vous ne me mandez pas que Mgr de Meaux vous a donné le prieuré de Saint-Lucien. Il me l'avait promis ici pourvu qu'on lui nommât celui à qui on voulait donner ce titre. Il me promit qu'il irait pour cela à Saint-Germain ; c'est pourquoi j'en écrivis à nos Pères. Il faudra bien que vous m'aidiez à payer nos dettes sur le revenu de votre bénéfice ; on vous fera bien cracher au bassin. » (Bibl. Nationale, f. fr. 19649, f° 78.)
juin 1686] DE BOSSUET. 269