De besoin. Tour vieilli
J'aurai soin De vous encourager s'il en est de besoin.
(Molière, Femmes savantes, V, n).
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si curieusement, et qu'on prend peine à faire valoir des choses si vaines.
Quant à la Sorbonne, je vous ai déjà dit les raisons pour lesquelles on n'a jamais seulement songé à en demander l'approbation. Parmi ceux que j'ai consultés, il y avait des docteurs de Sorbonne très savants, comme aussi des religieux très éclairés. Après avoir eu les remarques de ces savants amis, j'ai pesé le tout ; j'ai changé ou j'ai retenu ce qui m'a semblé le plus raisonnable. Il était bien aisé de prendre son parti, puisque je puis dire en vérité que jamais il ne s'est agi que de minuties. Comment des gens sérieux peuvent-ils s'amuser à de telles choses? Et après que tout le monde les a méprisées ici, quelle faiblesse de les aller relever en Angleterre ! Un ouvrage est bien àlépreuve. quand on est contraint d'avoir recours à de telles petitesses pour l'attaquer.
Pour ce qui regarde ma Lettre pastorale et ce que j'y dis de la réunion des protestants dans mon diocèse, cela est exactement véritable. Ni chez moi, ni bien loin aux environs, on n'apas seulement entendu parler de ce qui s'appelle tourments". Je ne réponds pas de ce qui peut être arrivé dans les provinces éloignées, où on n'aura pu réprimer partout
!\- Les tourments dont Claude fait le récit dans son livre La Plainte des protestants et auxquels le P. J. Johnston avait fait allusion dans sa lettre du 6 mai (Voir p. 234, note 9). Quant au logement de soldats chez les Réformés, Bossuet ne le regardait pas comme un tourment ou une violence au sens propre et rigoureux. On sait que, jusqu'à la fin du xvne siècle, les troupes étaient logées dans des forteresses ou chez les habitants. Le Journal de Dangeau annonçant, le 17 janvier 1692, la construction de la première caserne à Paris, observe que « ce sera
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la licence du soldat. Pour ce qui est de ce que j'ai vu, et de ce qui s'est passé dans mon diocèse, il est vrai que tout s'est fait paisiblement, sans aucun logement de gens de guerre, sans qu'aucun ait souffert de violence, ni dans sa personne, ni dans ses biens5. La réunion n'en a pas été moins univer-
un grand soulagement pour les habitants de la ville et des faubourgs de Paris ». Cette sorte d'impôt n'était pas vu de bon œil; aussi faisait-on fréquemment changer de résidence aux troupes pour ne pas surcharger les mêmes personnes; et les habitants cherchaient tous les moyens d'éviter cette charge ou de s'en délivrer le plus vite possible. On trouve aux Archives de la Guerre la trace de plus d'une pétition faite dans ce sens. En 1687, l'évèque de Saintes ayant demandé à Louvois d'exempter de ces logements sa ville épiscopale, ce ministre lui répondit, le i3 mars, que la ville de Saintes était plus en état de loger des troupes que les petites villes des environs, et qu'on pouvait les contenir dans la discipline portée par les ordonnances du Roi (Archives de la Guerre, t. 781. Voir plus haut, p. 171, note 1 et 2). A l'époque de la Révocation, Louvois imagina, pour les pays habités par les protestants, de faire porter cette charge exclusivement sur les dissidents. L'exécution plus ou moins rigoureuse de ses ordres dépendait du caractère des intendants.
5. S'il n'y eut pas de violence effective d'une manière générale, il y eut certainement intimidation (voir plus haut lettre 36i, note 2). La menace de logements de soldats fut pour beaucoup dans le retour de certains réformés de Meaux ou des environs. Mais Bossuet, à la suite de saint Augustin, acceptait en principe cette intimidation dans une certaine mesure. Il trouvait légitime, non « qu'on forçât à croire, mais qu'on amenât par la crainte à écouter une doctrine salutaire » (S. Aug., Epist. xem, 4). Il s'en est expliqué plusieurs fois, comme le rapporte Raveneau dans son Journal. « Si on se contentait, disait-il après saint Augustin, Epist. 48, De corrigendis hœreticis, de les effrayer par l'autorité royale sans les instruire, ce serait user d'une injuste domination ; si aussi on se contentait de les enseigner sans leur inspirer des sentiments de crainte, accoutumés à l'erreur, ils seraient trop lents à s'en retirer et demeureraient endurcis. » Dans le Synode de septembre 1686, « il remontra à ses curés, dit le même Raveneau, qu'il y avait bien de la précaution à apporter et nonobstant les violences apparentes qu'on leur fait de la part du Roi, il ne fallait que de la douceur de notre part ».
Il y eut également intimidation à la porte de son diocèse, à Sois-
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selle 6. Nous travaillons présentement à instruire ceux
sons, où le frère de Bossuet, en sa qualité d'intendant, reçut des ordres dans le même sens. (Louvois à Ant. Bossuet, 23 nov. i685, dans C. Rousset, Louvois, t. III, p. 4go.) Lui-même constatait avec satisfaction le succès de ce procédé : « Ceux desdits religionnaires qui étaient à Laon, Vervins et Coucy ont tous abjuré ou promis de le faire au plus tôt, et les troupes vont parcourir tout ce pays-là pour obliger le reste à faire comme les autres. » « ... Les troupes qu'il a plu au Roi d'envoyer dans cette province l'ont parcourue tout entière avec le succès que S. M. s'en pouvait promettre, ne restant à convertir de tous les religionnaires qui y étaient en assez grand nombre que trois gentilshommes... » (Copie de lettres d'Antoine Bossuet du 2 et du i!\ décembre i685, Bibliothèque Nationale, fr. ~o!\h, fos 209 et 223.)
Il semble difficile de croire que Bossuet, à cette date, n'ait pas entendu dire ce qui se passait à Soissons. Mais il devait juger de ces logements de soldats autour de son diocèse comme en jugeaient en 1686 les auteurs qui répondirent au livre de Claude (voir p. 234)-
Dans quelques cas particuliers, on alla plus loin que l'intimidation. Ledieu (t. I, p. 189) avoue qu'il y eut des dragons placés par l'Intendant chez un gentilhomme de la Brie (Cf. plus loin, lettre ^23 ). Il y eut plus encore. Le conseiller Le Cocq avait reçu l'ordre de se rendre au Mans, et la femme de ce magistrat avait été enfermée aux Nouvelles-Catholiques. L'évêque put l'apprendre par son ami, Nicolas Payen, qui avait été chargé de remettre à Le Cocq les ordres de la Cour, commission qu'il avait exécutée en pensant mourir de douleur, comme il l'écrivit à l'Intendant Menars, le 18 janvier 1686 (Bibliothèque de Meaux, ms. 122, t. II, p. 2o3 et 2o5).
Bossuet paraît bien avoir lui-même sollicité des mesures de rigueur contre deux habitants de Claye, les nommés Cochard, père et fils, qui furent enfermés au mois de mars 1686 sur la requête du prélat (Archives Nationales O1 3o, fos io5 et 12/ij Ch. Read, Bossuet dévoilé, Paris, i864, in-8).
Pour dire si et jusqu'à quel point ces cas exceptionnels contredisent les affirmations générales de Bossuet, il faudrait en connaître toutes les circonstances et savoir si ces rigueurs spéciales n'étaient pas motivées par des raisons particulières, comme des conseils tendant à empêcher les autres de se convertir, ou à exciter à la révolte, etc.
6. La réunion n'avait pas été aussi universelle que le croyait Bossuet. Sans doute, en 1700, le nombre des protestants était singulièrement réduit. « Il n'y a plus un seul seigneur de paroisse de la Religion dans toute l'étendue du diocèse, et le nombre des particuliers, de compte fait depuis six mois, se réduit à deux mille quatre cents
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qui ne le sont pas encore assez, et on ne force personne à recevoir les saints Sacrements. On supporte les infirmes en patience 7 ; on les prêche, on les instruit ; on prie pour eux en particulier et en public ; et on attend le moment de Celui qui seul peut changer les cœurs.
J'espère vous envoyer bientôt la seconde édition de mon Traité de la Communion sous les deux espèces8. Je mettrai à la tête un Avertissement, où il paraîtra que la doctrine que j'enseigne est incontestable par les propres principes de ceux qui l'ont attaquée.
Je suis parfaitement, mon Révérend Père,... J. Bénigne, é. de Meaux.
personnes de tout âge, répandues en quarante ou cinquante paroisses, tous vignerons et artisans, entre lesquels il y a quelques fermiers ou laboureurs, et en très petit nombre. » Mais cette diminution était le fait de l'émigration, bien plus que des conversions. « Il y avait dans l'élection de Meaux environ quinze cents familles de huguenots ; il en est sorti mille familles, il en est resté cinq cents, qui font deux mille trois cents personnes, dont la plupart vivent comme ils faisaient auparavant leur conversion. » (Mémoire de la généralité de Paris (1700) dans les Mémoires des Intendants... dressés pour l'instruction du duc de Bourgogne, édit. de Boislisle, Paris, 1881, in-£, p. 77 et i53. Cf. Ledieu, t. I, p. 188-189.)
7. Allusion à : Suscipite infirmos, patientes estote ad omnes (I Tliess., v, il\).
8. Cette seconde édition, revue par l'auteur, fut achevée d'imprimer le 26 septembre 1686 ; elle ne contient pas l'Avertissement dont Bossuet parle ici.
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