Luc, xviii
Lettre 396. — L. a. s. Archives de Saint-Sulpice. — Dom Claude
juin 1686] DE BOSSUET. 283
répondre au ministre La Roque ' sur la communion sous les deux espèces ; et comme il m'a paru que je vous avais fait plaisir de vous envoyer un endroit du Cérémonial de Corbie2 sur la communion du vendredi saint, je suis bien aise aussi
Devert (il signe Devert, et non De Vert comme on voit le plus souvent dans les imprimés), né à Paris, le 4 octobre 1 645, mort au prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville, le Ier mai 1708. Entré à seize ans dans l'Ordre de Cluny, il fut envoyé au prieuré Saint-Martial à Avignon, où il fit ses études théologiques en suivant les cours du collège des Jésuites. Il visita ensuite l'Italie, séjourna à Rome, et là sentit s'éveiller son goût pour les études liturgiques. De retour en France, il fut l'un des personnages les plus influents de son Ordre, dont il fut nommé trésorier, visiteur, puis, en i6g4, vicaire général. En i6g5, il fut élu prieur de Saint-Pierre d'Abbeville. Claude Devert se distingua par l'aménité de son caractère non moins que par son érudition. Ses principaux travaux sont : Lettre à M. Jurieu sur les cérémonies de la messe, Paris, 1690, in-12 ; Explication du chapitre XLIH de la règle de saint Benoît, pour servir d'éclaircissement à la question des études monastiques, par Fr. Colomban. 1693, in-12 (ouvrage aussi intitulé : Réponse aux lettres écrites à M. l'Abbé de la Trappe); Dissertation sur les mots de messe et de communion, Paris, 1 6gd. in-12 ; Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l'Eglise. Paris, 1706-1718, 4 vol. in-8. Ses recherches avaient amené Claude Devert à réduire beaucoup la part du symbolisme et de l'allégorie dans l'explication des cérémonies. Dans la question des études monastiques, il prit parti pour l'abbé deRancé contre Mabillon (Voir Niceron, t. XI ; les Mémoires de Trévoux, août 1708; H. Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, i8g3, in-8, t. II, P- 93ç))-
1. Mathieu de Larroque, né en 1619, à Leirac, près d'Agen, fut pasteur en différents endroits et enfin à Rouen, où il mourut le 3i janvier t 684- Il fut père de Daniel de Larroque, dont nous parlerons plus tard. Il était très érudit. Ses principaux ouvrages sont : Histoire de l'Eucharistie. Amsterdam, 1669, in-4 ; Réponse (anonyme) au livre de M. l'Évêque de Meaux de la communion sous les deux espèces, s. 1., i683, in-12 ; Nouveau traité de la Régale, Rotterdam, i685, in-12 ; Adversariorum sacrorum libri très, Leyde, 1688, in-12 (Voir les Nouvellesde la République des lettres, 1 684 ; le Dictionnaire de Bayle ; les Mémoires de Niceron, t. XXI ; la Vie de Mathieu de Larroque, par son fils, en tête des Adversaria sacra ; J. Andrieu, Bibliographie générale de l'Agenais, Paris, 1886-1891, 3 vol. in-8).
2. Corbie, ville de Picardie, non loin d'Amiens, possédait une célèbre abbaye de bénédictins, fondée en 660,
28/1 CORRESPONDANCE [juin 1686
de vous dire que je lus l'année passée, mot pour mot, la même chose dans celui de l'abbaye de Saint-Denis3, qui me parut de sept ou huit cents ans. J'ai été cette année pour le revoir ; mais je ne l'ai plus trouvé, quoique je l'aie fait chercher, et il faut que quelqu'un l'ait enlevé. J'en fis même un extrait, qui est tout pareil à celui de l'abbaye de Corbie, et où il paraît visiblement que, quoique les moines fissent, ce jour-là, à l'égard du vin les mêmes cérémonies qu'ils faisaient, les autres jours, à l'égard du sang de Notre-Seigneur, néanmoins ils croyaient, comme il est précisément marqué dans ce cérémonial, que ce n'était que du vin, même après le mélange avec l'espèce du pain4.
Je suis avec tout le respect possible, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De vert, trésorier de Cluny.
A Paris, le 28 juin [i686sJ.
3. Saint-Denis-en-France, abbaye de bénédictins fondée par Dagobert vers 63o.
[\. A l'office du vendredi saint, appelé messe des présanctifiés, le prêtre communie avec une hostie consacrée la veille, et dont il mélange une parcelle au vin qu'il met sans le consacrer dans le calice.
5. L'autographe ne porte pas mention de l'année. C'est par erreur que Deforis et les aulres éditeurs ont mis la date de 1687. Il est clair que cette lettre fut écrite lorsque D. Devert venait d'apprendre le projet de réponse au ministre M. de Larroque ; elle ne peut donc être postérieure à celle du 26 septembre 1686, où il est fait allusion au projet de Bossuet et à l'ouvrage de Larroque. D'un autre côté, elle est antérieure à celle du 20Juillet 1686, dans laquelle D. Devert dit qu'il fait rechercher inutilement depuis six mois un manuscrit de Saint-Denis, qu'il désespère de retrouver, tandis qu'ici, il en parle de manière à faire croire que la recherche est récente, ce qu'il ne ferait pas s'il écrivait en 1687. (Voir la lettre du 20 juillet 1886, note 1, et celle du 2G septembre 1686, note 4-)
juill. 1686] DE BOSSUET. 285