‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 176 sur 308 · C'est-à-dire J. Rou lui-même · texte numérisé non relu

C'est-à-dire J. Rou lui-même

280 CORRESPONDANCE [juin 1686

on ose vous supplier, Monseigneur, de ne pas trouver mauvais qu'on exige de vous pour la défense de votre cause une réplicfue aux raisons qu'on a eu l'honneur de vous représenter, et on le fait d'autant plus aisément, qu'on ne tient pas qu'une personne, qui reproche avec tant de confiance un prétendu silence à tous les ministres, puisse de bonne grâce en garder elle-même un véritable. Autrement, on ne vous cèle pas, Monseigneur, que ce silence, s'il arrive, sera regardé comme un aveu tacite de votre part, que vous n'avez rien à répondre, et il ne vous déplaira pas que l'on en tire contre vous dans notre parti tout l'avantage que la grande considération qu'on y a toujours eue pour votre mérite et pour votre caractère pourra permettre ; car vous devez compter, s'il vous plaît, qu'on a fort les yeux sur vous à cet égard3. Si vous jugez donc à propos, Monseigneur, d'honorer la dernière réponse qui vous a été faite d'une réplique, votre lettre sera fidèlement tenue, étant adressée chez A. T. L., à La Haye, et pour obvier à la répugnance que vous pourriez avoir d'écrire à un anonyme, vous n'avez, s'il vous plaît, qu'à continuer sous le nom de M. de Vfrillac], à qui votre silence jusqu'ici n'a pas peu servi pour l'affermir dans la résolution de rester en Hollande, contre l'ébranlement où il a été, pendant deux ou trois jours, d'aller prendre connaissance de ce qui se passait chez lui4.

Je suis avec respect, Monsieur (sic), votre, etc.

3. Rossuet ne répondit pas à cette mise en demeure. Mais dans son Histoire des variations, et dans les cinquième et sixième Avertissements aux Protestants, il donne la solution des difficultés ici proposées.

!\. P. de Vrillac avait eu, en effet, l'intention de retourner en France, mais y avait renoncé, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante qu'il avait écrite à J. Rou : « Je ne vous dirai point, Monsieur, mon cher et véritable ami, quelles raisons m'ont engagé à changer le dessein que j'avais de retourner en France ; elles viennent de vousmême et vous me les avez représentées si fortement et si éloquemment que, jointes au beau sermon que j'entendis hier de M. Mesnard avec toute l'attention possible, elles ont ce matin tout à coup, avec la grâce de Dieu, produit un effet le plus merveilleux du monde, en sorte que je suis à présent l'homme le plus content et le plus libre

juin 1686J DE BOSSUET. 281

A une Supérieure de Religieuses.

AGermigny1, 28 juin 1686.

Vous pouvez sans hésiter, ma Fille, procéder à la conclusion par suffrages de la novice2; et si elle est reçue, j'en louerai Dieu.

Quant [au voyage de M. André,] 3 je ne vois aucune apparence de le faire, ni même de le lui permettre. Je crois, et je dois croire selon ses lettres, qu'il attendra mes ordres sur cela ; et s'il les prévenait, je n'aurais pas sujet d'être content. Ces manières...

qui soit. Louez donc Dieu avec moi, mou cher Monsieur, pour les faveurs qu'il m'a faites, et qu'il ne permette pas que j'oublie jamais ses bienfaits, afin que je lui en rende toute ma vie les actions de grâce qui lui en sont dues. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur D[e] V[rillac]. A Amsterdam, ce 10 juin 1686 » (Dans la Séduction éludée, p. 7^). Mais, dans la suite, P. de Vrillac changea d'ais : il revint à La Ferté-sous-Jouarre, sans faire cependant abjuration. Il figure parmi les échevins de cette ville à partir de 1690. Mais, en i6g4, sa réélection ayant été l'objet de difficultés de la part du maire, il reprit, sans doute cette année-là, le chemin de l'étranger. (Registres du Conseil de ville, à la mairie de La Ferté-sous-Jouarre. Ces registres ne remontent pas au-delà de l'année 1690).

Lettre 395. — Il s'agit vraisemblablement des LTrsulines. La lettre du 18 juillet suivant, adressée à la Supérieure des Ursulines de Meaux, a des allusions évidentes à plusieurs des points ici traités.

1. Les éditeurs, sauf Deforis, disent: A Meaux; en quoi ils se trompent. La lettre du 26 juin nous apprend, en effet, que Bossuet dut arriver le 27 à Germigny et y rester au moins plusieurs jours.

2. C'est-à-dire procéder à un scrutin pour décider de l'admission d'une novice.

3. Ces mots manquent dans Deforis et les éditeurs qui ont reproduit son texte ; peut-être étaient-ils raturés. Mais d'après, la lettre du 18 juillet suivant, c'est ainsi très probablement que doit être comblée cette lacune.

282 CORRESPONDANCE [juin 1686

ne me plaisent guère ; et le compte que vous m'en avez rendu était assez nécessaire pour me faire connaître le personnage. Je vous verrai peut-être plus tôt que vous ne pensez.

Quant aux vérités dont je vous parlai dernièrement, je vous réitère encore que je ne vois ni joie, ni repos, ni adoration véritable, ni sincère amour, ni rien en un mot que dans ce haut abandon à la divine, suprême et inaltérable bonté, à laquelle seule il se faut fier, et non seulement plus qu'aux autres, mais incomparablement plus qu'à soi-même. Voilà4 tout ce que je connais dans le mystère de la piété : une grande attention et une grande vigilance quand Dieu commande, et par-dessus toute activité naturelle et surnaturelle, un repos inébranlable dans l'abandon à Celui qui seul est bon. Il n'y a de bon que Dieu, dit Jésus-Christ5, et par conséquent il n'y a que lui à qui on se doive pleinement fier pour le temps et pour l'éternité. Dieu vous donne cette confiance, ma Fille.

J. Bénigne, é. de Meaux.

3g6\ — Dom Claude Devert a Bossuet.

Monseigneur, On m'a dit que Votre Grandeur travaillait actuellement à

4. Voilà. Ce mot se rapporte ici à ce qui suit plutôt qu'à l'idée précédente. Bossuet ne distingue pas, comme nous, entre voici et voilà.

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