‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 19 sur 308 · On ne voit pas que Bossuet ait fait ce voyage · texte numérisé non relu

On ne voit pas que Bossuet ait fait ce voyage

Lettre 302. — Deforis et les éditeurs qui l'ont suivi qualifient Mme de Tanqueux de « supérieure >>, comme si elle eût été elle-même religieuse. C'est une erreur : Mme de Tanqueux était engagée dans les liens du mariage et ne faisait point partie de la communauté qu'elle avait fondée, bien qu'elle conservât sur elle une certaine autorité. On ne sait rien de la famille de Mme de Tanqueux. Cette dame s'appelait Anne Perrin, et elle était devenue la femme de Pierre Courtin, écuyer de la petite écurie, sieur de Tanqueux, en Brie, à qui son père, dans son testament du 1 1 décembre i65~, reproche de lui avoir désobéi en contractant celte union. Le mariage avait été célébré, le 26 août i656, à Montrouge, en présence de deux témoins seulement (Jacques Martin, avocat au Parlement, et Hensible, avocat au Conseil), et il ne fut réhabilité à Saint-Gervais que le 8 juin 1676. Mme

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que j'en eusse, de trouver letemps d'aller à La Ferté1.

de Tanqueux eut d'abord un fils qui mourut à l'âge de deux mois (23 mai 1657) et après lequel on ne lui connaît point d'autre enfant qu'un second fils, dont il sera parlé plus tard (Bibl. Nationale, Extraits des registres de la paroisse Saint-Gervais, fr. 32838 ; Pièces originales et dossiers bleus, et Carrés d'Hozier, au mot Coirtin). Son mari était fils de Germain Courtin, sieur de Tanqueux, secrétaire du Roi, maison et couronne de France, puis contrôleur des guerres et propriétaire des carrosses établis sur les routes de Bourgogne, de Champagne et de Picardie ; il avait eu pour mère Marie Le Bel, qui mourut le 12 juin 1637 (Germain Courtin devenu veuf, épousa le 1 1 février 16^0 Catherine de Laffemas, de qui il eut plusieurs enfants, et qui était fille du fameux maître des requêtes et lieutenant civil Isaac de Laffemas).

A Paris, Mme de Tanqueux semble avoir résidé la plus grande partie de sa vie sur la paroisse Saint-Gervais, où elle fut inhumée, le 16 février 1718, à l'âge de quatre-vingts ans; elle habitait, en 1670, rue des Rosiers; en 1692, rue Saint-Louis-au-Marais, et, en 1696, rue du Pont-aux-Choux. Elle vécut longtemps dans l'intimité de Mme Hélyot, femme d'un conseiller à la Cour des Aides, morte en réputation de sainteté le 3 mars 1682, et qui s'était mise comme elle sous la direction du P. Crasset, jésuite.

1. La Ferté-sous-Jouarre (appelée alors aussi La Ferté-au-Col). Les protestants y étaient en assez grand nombre. Mme de Tanqueux avait conçu le projet de doter d'une école gratuite pour les petites filles pauvres de cette ville, où il n'y avait, paraît-il, pour les enfants des deux sexes qu'une classe, tenue par un maître appartenant à la religion protestante. Elle a raconté comment elle fut encouragée et aidée dans cette entreprise par son amie, Mme Hélyot : « Elle (Mme Hélyot), qui ne respirait que la gloire de Dieu et le salut des âmes, approuva fort mon dessein que j'avais recommandé à ses prières, et la veille de Pâques de l'année 1677, me donna cent livres en me disant que c'était pour commencer l'établissement, et me quitta au même moment. Quelques jours après, je retournai chez elle pour lui rendre son argent, lui disant que je ne voyais aucun moyen d'exécuter mon dessein, et que l'entreprise m'en paraissait téméraire. Elle me répondit que, si je ne le remportais, elle allait le mettre dans le premier tronc, qu'il était temps de commencer cet établissement, et que Dieu y mettrait la main. Mais, comme je lui eus représenté que mon mari ne voulait pas que je m'en chargeasse, ni que je disposasse des charités qu'on ferait pour cette communauté, elle me dit qu'elle prierait Dieu qu'il le fît changer de volonté et qu'il consentît à ce que je me mélasse de cet établissement. En effet, elle en vint à bout, et j'attribue à ses prières

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Je pars lundi2 pour Crécy3, où j'achèverai le mois ; s'il reste quelque beau temps après la Toussaint, je ferai ce que j'avais projeté, sinon je pourvoirai d'ailleurs à votre satisfaction.

J'ai revu très soignement vos règlements4, où j'ai réformé quelque chose, rien dans la substance. J'aurai quelque chose à considérer avec vous sur le

son commencement et ses progrès ; car il y a maintenant dans cette petite ville une communauté considérable, qui enseigne gratuitement aux petites filles à lire, à écrire et à gagner leur vie du travail de leurs mains. Les fêtes et les dimanches, les Sœurs font des conférences spirituelles aux filles et aux femmes plus âgées, et, pendant l'année, leur font faire des retraites, ce qui produit un bien qu'on ne saurait exprimer » (Dans la Vie de Mme Hélyot [par le P. Grasset], Paris, 1 683, in-8, p. i47)- C'est encore Mme Hélyot qui assura le service religieux dans la chapelle de la communauté.

Mme de Tanqueux trouva à La Ferté et dans les environs des personnes résolues à entrer dans ses vues, et l'école fut ouverte au mois d'avril 1678 par deux Sœurs prêtées par la communauté de Crécy, qui, au début, devait veiller sur la nouvelle fondation. L'œuvre ayant donné des résultats satisfaisants, le Roi l'approuva par lettres patentes du mois de juillet 1680, au nom de Michelle Grandremy, d'Anne- Catherine Champion et d'Anne Foulon (Voir ces lettres patentes dans D. Toussaints Duplessis, Histoire de l'Eglise de Meaux, Paris, 1781, in-4, t. II, p. 4io). Dès lors, la communauté de La Ferté semble avoir été indépendante de celle de Crécy. En mai 1690, elle fut agrégée à l'Union chrétienne, mais cette agrégation ne fut pas de longue durée, et le 4 juillet i6g5, les Sœurs de La Ferté se mirent, comme on le verra, sous la direction des Miramionnes (Voir la Vie de Mme Hélyot par le P. Crasset ; D. Toussaints Duplessis, Histoire de l'Église de Meaux, Paris, 1781, in-4, t. I, p. 468, et t. II, p. 4io; Almanach de Seine-et-Marne, Meaux, 1878, in-12 ; Bulletin de la conférence d'histoire du diocèse de Meaux, t. I (i8g4), p- 72 ; E. Griselle, Bourdaloue, Histoire critique de sa prédication, Paris, 1901, in-8, t. I, p. 359). La fondation de Mme de Tanqueux aura sa place dans l'Histoire de La Ferté-sous-Jouarre, que prépare M. G. Darney.

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