Au Vicaire d'Étrépilly
A Meaux, ce vendredi saint, [3i mars] 1684.
Monsieur le Vicaire \ Sur le démêlé de Mlle de Lonvilliers 2 avec le sieur de Beuve, mon procureur fiscal3, pour prévenir le scandale qui en pourrait arriver et que vous m'avez représenté vous-même, j'ai été bien aise de savoir comment les choses avaient été pratiquées sous le défunt curé de bonne mémoire4.
Lettre 289. — L. a. s. Conservée dans la famille de Bernart d'Avernes et publiée par M. Jean Hanoteau dans la Revue Bossuet, du 25 décembre iqo5.
1. Ce vicaire était Alexandre Bonnart, qui signe comme « desservant la cure » à partir du 16 décembre i683, et qui fut remplacé le 7 juillet suivant par L. Morel.
2. Louise Henriette de Longvilliers, fille unique de Henri de Longvilliers de Poincy, ancien lieutenant de roi au Canada, et de Catherine de Courpon. Elle épousa, en 1688, Antoine de Bernart, marquis d'Avernes, et mourut en 1723 (Voir L. Benoist et Ronsin, Notice historique et statistique sur Étrépilly, Meaux, 1887, in-8). On peut voir aux Arcbives de Seine-et-Marne, G 284, le testament de Henri de Longvilliers, du 29 décembre 1670. Ce seigneur mourut le 3 1 du même mois. Une belle pierre tombale où est gravée son effigie, se voit encore dans une cbapelle latérale dédiée à saint Nicolas, dans l'église d'Etrépilly.
3. Ce procureur fiscal signait : Beufve, mais il est appelé le plus souvent Le Beuve, et c'est cette forme qu'adoptaient les membres de sa famille pour leur signature. Claude Beufve ou Le Beufve cumulait les fonctions de procureur fiscal avec une exploitation agricole. Il fut enterré dans l'église d'Étrépilly le 26 décembre 169A. La terre de Longvilliers faisait partie de la paroisse d'Etrépilly (canton de Lizysur-Ourcq), dont l'évêque de Meaux était seigneur, ce qui explique que Bossuet y ait en un procureur fiscal, chargé de la police. Bossuet visita la paroisse d'Etrépilly et y fit prêcher Fénelon, en juin i685 (Revue Bossuet du 25 octobre 1900, p. 233).
4- Ce curé était Michel Jullien, docteur en théologie, né au Mesnil- Amelot en 1624. H avait eu le troisième rang à la licence de l64o,
mars i684] DE BOSSUET. 6
Voici ce que j'ai reconnu par l'information qui en a été faite par mon ordre : que, pour l'eau bénite, le dit sieur curé, en allant jeter dans la chapelle Saint-Nicolas, au-dessous de laquelle était le banc de la dite demoiselle, il jetait de l'eau bénite à l'autel, selon la coutume, et, en passant, à la dite demoiselle, après quoi il en venait jeter aux chapiers et puis au reste des assistants.
Pour l'encens, qu'après en avoir donné aux autels et au crucifix, selon la coutume, il rentrait dans le chœur, où il encensait les choristes et ceux qui étaient dans le chœur ; puis, sortant du chœur par la chapelle Saint-Nicolas, il donnait un coup d'encens en passant à la dite damoiselle sans s'arrêter à elle plus qu'aux autres ; que, pour la procession et l'of-
ayant été prieur de Sorbonne de seconde année. En 16^1, il fut nommé à la cure d'Étrépilly, qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il s'entendait assez mal avec Beufve, dont il disait : A furore bovis libéra nos, Domine. Le sixième et dernier volume des Fastes et Annales des évêques de Meaux par Pierre Janvier, dont il sera parlé plus bas (p. 53), contient reliées éparses dans le manuscrit une vingtaine de lettres adressées à cet ecclésiastique par Michel Jullien. Le 17 février 1682, il lui écrivait au sujet de Bossuet : « Nous avons tous occasion de nous réjouir du bon choix que le Boi a fait pour le diocèse de Meaux. C'est le plus habile que nous ayons eu depuis Pinelle et Briçonnet. Et, outre cela, il aura du pouvoir pour soulager les peuples. » Michel Jullien mourut le 27 janvier i683. Dès le mois de février suivant, il eut pour successeur à la cure d'Ètrépilly Pierre Feuillet, qu'on voit en fonction seulement jusqu'à la fin d'octobre de la même année. Il ne saurait donc être question de lui dans la lettre de Bossuet ; car il résida trop peu de temps dans la paroisse pour que ses habitudes aient pu, dans l'affaire pendante, être prises en considération par l'évèque de Meaux. De plus il n'était pas mort, semble-t-il, à l'époque de notre lettre : ce ne fut qu'en 1687, qu'on lui donna un successeur, Philippe Bucbet, bachelier en théologie, professeur é mérite en l'Université de Paris, lequel mourut le 18 janvier 1702.
4 CORRESPONDANCE [juin 1 684
frande, la préséance a toujours été cédée à la dite damoiselle ; que, pour l'adoration de la croix5, quelquefois on en mettait plusieurs, et que par là on évitait toute concurrence.
C'est à quoi je désire que vous vous conformiez sans faire ni plus ni moins, sans préjudice du droit des parties au principal et seulement jusqu'à ce que la chose ait été mieux examinée : ce que vous déclarerez aux parties, auxquelles vous pourrez lire cette lettre, laquelle n'étant à autre fin, je finis en vous assurant que je suis, M. le Vicaire, votre bien affectionné serviteur.
J. Bémgne, é. de Meaux.
Suscription : Pour M. le vicaire d'Etrépilly.
29O. A UN AMI DE l'ÉVEQUE DE SaINT-PoNS.
A Meaux, 2 juin i684-
Monsieur, Je vous prie d'écrire à M. de Saint-Pons1 que