Le grand Condé, mort le 11 décembre
3. Floquet: Monseigneur. C'était le prince Henri-Jules de Bourbon. Avant de publier son écrit Du grand et du sublime, le P. Rapin avait eu la précaution de faire soumettre par le P. Berger au grand Condé les pages où il parlait de lui et de Turenne, s'offrant à changer et à retrancher tout ce qui serait de nature à choquer. Le prince n'y avait rien trouvé à reprendre. Mais l'ouvrage une fois paru, on fit comprendre à M. le Duc que son père y était moins bien traité que Turenne. L'auteur se défendit dans des explications qu'il donna de vive voix et fit présenter par Mme de La Fayette ; de plus, dans un article visiblement inspiré par le P. Rapin, Bayle (Nouvelles de la République des lettres, mars 1686) exposa que les louanges données à Turenne n'étaient qu'un moyen ingénieux de célébrer le Roi ; que si l'auteur insistait moins sur les talents militaires de Condé que sur ceux de Turenne, c'était de sa part une autre habileté : « Le sublime de M. le prince de Condé dans le champ de Mars est une chose si connue par elle-même que ce serait aller trop le grand chemin et ne rien dire de nouveau, rien qui ne fût superflu, que de faire de la valeur de ce grand guerrier la matière principale de son éloge... Il faut lui trouver un sublime d'un genre tout particulier, mille fois plus rare et plus difficile à acquérir que celui qui se rencontre à la tète des armées ou dans l'agitation des affaires. Ce sublime dans le repos et dans la gloire, de jouir heureusement d'un repos accompagné de la grandeur de l'esprit, de la raison, de la sagesse, de la politesse, de la magnificence, forme un caractère d'âme, le plus grand, le plus accompli qu'on puisse voir ; et comme la gloire du repos dans les Bienheureux surpasse celle de leurs combats, on peut dire aussi qu'un prince qui, dans la retraite et le repos, jouit noblement de toute la gloire qu'il s'est acquise dans ses actions, a plus de gloire que quand il était encore dans la vie active... » Enfin le P. Rapin comprit qu'il n'avait point d'autre moyen de faire sa paix avec M. le Duc, devenu M. le Prince par la mort de son père, que de composer un autre livre qui fût exclusivement consacré à l'éloge du grand Condé. Telle fut l'occasion du Magnanime (Voir la Correspondance de Bussy, t. V, p. 546, 554 et 577 ; t. VI, p. 42).
août 1687] DE BOSSUET. 4l5
sera pas difficile de lui dire beaucoup de bien d'un ouvrage pour qui j'ai toute l'estime possible.
Je vous serai très obligé de faire mes remerciements très humbles à Monsieur et à Madame d'Entraigues4.
[\. Bossuet écrit d'Entregue, et Saint-Simon d'Entreigue, preuve qu'on ne prononçait pas d'Entrague. Il ne s'agit pas de Camille de Crémeaux d'Entraigues (ou d'Entragues), gouverneur de Mâcon, mort le 19 octobre 167g, ni de sa femme, Catherine de Courtavel de Saint-Remy, sœur utérine de Mme de La Vallière (Saint-Simon, édit. Chéruel, t. XVI, p. /J3o et suiv.). Bossuet entend parler de Pierre Gorge, seigneur d'Entraigues en Berry (aujourd'hui dans le département de l'Indre) et de La Chapelle, près de Crécyen-Brie, et de sa seconde femme, Julie d'Estampes de Valençay, qu'il avait épousée le 12 février 1 685, et qui était, par sa mère, nièce du maréchal de Luxembourg. Ce mariage avait causé de l'étonnement, étant donné la naissance obscure de l'époux (Voir La Bruyère, des Biens de fortune : « Sylvain, etc. » ; Boileau, Satire X, vers 461-469). D'Entragues, dit Saint-Simon (éd. de Boislisle, année 1709, t. XVII, p. 170), « avait été petit commis, et bien pis auparavant, chez M. de Frémont, beau-père de M. le maréchal de Lorges et grand-père de Mme de Saint-Simon. » Il était originaire de Nantes et se nommait Pierre Gorge. D'abord intéressé dans les fermes unies, il avait été nommé visiteur lesteur et délesteur des vaisseaux sur la rivière de Nantes, le 7 août 1668. Il fut receveur général des aides de Paris, de 1 668 à 167^. Il acheta, en mars 1669, une charge de secrétaire du Roi, qui devait lui conférer la noblesse et qu'il garda vingt ans, tout en étant associé avec des fournisseurs de l'armée d'Allemagne. Il avait de plus acheté en i683 une charge déconseiller au Parlement de Metz, et s'était rendu possesseur de la terre de La Chapelle-sur-Crécy, qui appartenait alors au duc de Luynes. Il mourut le 21 mars 1723, à quatre-vingts ans. La recommandation ici faite par Bossuet à son correspondant prouve que le P. Rapin était alors l'hôte de M. d'Entraigues. Et, en effet, le célèbre jésuite et son confrère le P. Bouhours, pour se remettre de leurs incommodités, faisaient des séjours prolongés, soit à La Chapelle, soit à Auteuil, dans une maison que louait le financier et qui plus tard fut possédée par Dancourt. « J'ai passé plus de trois mois (à Auteuil) chez un financier qui a le cœur mieux fait que tous les princes de ma connaissance », écrit Rapin à Bussy, le 6 septembre 1680 (Cf. lettres du 22 mai i685, et Bouhours, lettre du i!\ juillet 1688, dans la Correspondance de Bussy, t. V et VI). Le jésuite, par reconnaissance, célébra Auteuil en vers latins: Autolii, pagi ad Luteliam cseli temperie... pernobilis, de-
4l6 CORRESPONDANCE [août 1687
Je suis, de tout mon cœur et avec toute l'estime d'un mérite comme le vôtre, mon Révérend Père, votre très humble serviteur,
J. Bénigne, é. de Meaux.
Suscription : Le Révérend Père Rapin, de la Compagnie de Jésus.