Les évêques
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choix soit égal, car certainement le plus sûr est le meilleur; mais je veux dire que, si nous pouvions rendre les choses égales par notre choix, nous devrions nous attacher très peu à tous les motifs des passions humaines, qui entrent dans quelque part de cette affaire.
J'avoue que je trouve plus étonnant qu'un religieux devienne un saint, que je ne m'en étonne d'un paysan. Ce ne sont pas les règles ni les modes qui mènent au ciel; et, à mon avis, Thomas A-Kempis " n'aurait pas travaillé à empêcher qu'un pays ne reçût les bénédictions attachées à l'établissement d'un bon évêque pour y gouverner l'Église, afin de conserver ce gouvernement dans sa Congrégation12. L'état présent de nos affaires me donnerait lieu de faire sur ce sujet plusieurs semblables réflexions douloureuses. Cependant je suis obligé de dire que les religieux parmi nous sont de fort bonnes gens ; mais la moindre chose leur fait ombrage, et ils sont si entêtés de leur Ordre, que cela les empêche d'examiner les choses avec exactitude. Car je suis sûr qu'ils sont fort capables d'être employés et très disposés à s'appliquer à tout ce qui concerne le bien de l'Église, lorsque ce zèle pour leur corps ne les en détourne pas. Mais il faut prendre patience, prier et être content que la sainte volonté de Dieu soit faite.
Je dois dans chaque lettre vous remercier très humblement des grandes obligations que je vous ai pour la grande bonté que vous témoignez à mon fds. Je suis fort aise que vous soyez content de ceux qui ont soin de son éducation 13. Je suis sûr qu'ils l'aiment, et que c'est un grand moyen pour les rendre soigneux, pourvu que l'amitié ne dégénère pas en une trop
11. Thomas Hemerken, né à Kempen, et pour cela dit A-Kempis (i38o?-i47t); chanoine régulier de l'Ordre de Saint-Augustin, l'un des auteurs présumés de l'Imitation de Jésus-Christ.
12. Des historiens rapportent l'opposition des religieux, et en particulier des Jésuites, au rétablissement de la hiérarchie en Angleterre. On sait aussi que Jacques II avait donné une place dans son conseil privé à un jésuite, le P. Peters, son confesseur.
13. Louis Innés et les autres maîtres qui tenaient le collège des Ecossais.
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grande complaisance. La bonté que vous leur témoignez leur donne beaucoup de courage à bien faire, et je suis fort assuré qu'il n'y a personne au monde qui vous honore davantage. Mme de Groly, ma belle-sœur u, qui porte cette lettre, vous rendra compte, quand elle aura l'honneur de vous voir, de l'état des affaires de notre Eglise.
Je n'ai plus rien à ajouter, Monseigneur, sinon de me prosterner à vos pieds pour vous demander très humblement votre bénédiction, en vous témoignant ma reconnaissance des obligations infinies que je vous ai, et en vous assurant que je serai jusqu'au dernier soupir votre très humble et très obéissant serviteur.
Perth
!\(\\ . — Aux Religieuses de la Congrégation Notre-Dame, a Coulommiers.
A Germigny, 10 septembre 1687.
Mes chères Filles, la paix et la charité de Notre- Seigneur soient avec vous à jamais, et qu'elles y soient en particulier dans l'action qui se présente à faire, qui est la réception ou le refus des postulantes ' .
1^. Anna Gordon, sœur du duc de Gordon et de Marie Gordon, troisième femme du duc de Perth, avait elle-même épousé Marianus O Croully, l'un des agents de Jacques II en France, dont le nom est écrit en français Crosly, Crolly ou Crollys (Voir à la Bibl. Nationale, Dossiers bleus, au mot Crollys, et A. Villien, l'Abbé Eusebe Renaudot, Paris, io,o4, in-i8, p. 4o, et 5o).
Lettre 441 . — Il existe de cette lettre une ancienne copie faite par Ledieu et conservée dans la collection de Mme de Saint-Seine (Cf. l'article de M. le chanoine J. Thomas dans la Revue Bossuet du 25 juin 1906, p. 2/1).
1. Les postulantes n'étaient admises à faire leur noviciat que sur un vote des religieuses, ou du moins de celles d'entre elles qui, ré-
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Après avoir lu les lettres des Mères conseillères et maîtresses, et de quelques autres de vous, je n'ai qu'à laisser agir chacune des Sœurs selon les mouvements de sa conscience : prenez garde seulement de ne laisser entrer dans vos cœurs aucun esprit de parti, ni aucune pique ; car l'action étant de telle importance, je vous déclare encore une fois qu'on ne peut agir par ces motifs sans péché mortel. Je défends étroitement à toutes les Sœurs, et même sous peine d'inobédience2, d'user de reproches ou de censures les unes envers les autres, voulant que chacune demeure tranquille pour donner lieu au Saint-Esprit, et lui laisser gouverner son cœur. Surtout qu'on se garde bien de faire dépendre le refus ou la réception de l'une de celle de l'autre, vu même que les qualités des sujets sont si différentes, qu'il ne paraît nulle conséquence à tirer de l'un à l'autre, et que, si on le faisait, ce ne pourrait être que par pique3.
Je suis obligé de vous dire, par l'amour que j'ai
pondant aux conditions requises par la règle, devaient être consultées. La réception des postulantes était souvent une cause de brigues et, par suite, de malaise dans les communautés.
2. Deforis : désobéissance. Nous préférons inobédience fourni par la copie de Ledieu, ce mot se rencontrant souvent dans les écrits des canonistes et des théologiens du temps, et même dans les Plaidoyers de Patru : « Coupables tout à la fois de mensonge, d'inobédience et de parjure » (OEuvres, édit. de 1782, in-4, t. I, p. 3i5). Cf. : « Ils font les trois vœux substantiels de religion : chasteté, obédience, pauvreté » (Ibid., p. 2.S8).
0. Ceci nous laisse voir que la communauté était divisée au sujet des deux postulantes dont il va être parlé : la Sœur Chibert et la Sœur Grassot. Certaines religieuses ne voulaient recevoir l'une que si on consentait à l'admission de l'autre.
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pour la maison, qu'elle doit beaucoup aux soins de M. Chibert4 et de sa famille. A la vérité, ce n'est pas là une raison décisive pour conclure en faveur de sa fille, si elle avait des exclusions essentielles ; mais ce peut être un motif pour supporter certaines choses dont on peut espérer la correction. Pour ce qui est de ma Sœur Grassot5, je lui souhaite une entière satisfaction sans la connaître. J'estime tant le bonheur d'être retiré du monde et de vivre dans la maison du Seigneur, que j'aurais peine à en exclure personne par mon inclination. C'est à vous à examiner sous les yeux de Dieu ce qui convient aux sujets et à la maison, et à donner votre suffrage par le seul motif de la conscience, en vue de la re vision qui en sera faite un jour devant le tribunal de Jésus- Christ. Tous les jours, jusqu'à vendredi, que l'affaire se consommera, si tout y est disposé d'ailleurs, je vous offrirai toutes à Dieu au saint autel, afin qu'il vous inspire ce qui lui est agréable.
Je ne toucherai en aucune sorte aux Constitutions, ni à la délibération que vous ferez, à moins que je
h- La Sœur Chibert devait être fille de Louis Chibert, auditeur en la Chambre des Comptes, et de Marie Mégissier. Louis Chibert figure comme parrain dans les registres paroissiaux de Coulommiers en 1 684 - On lui connaît deux fils : Louis Ovide Chibert, né en 1666, conseiller à la Cour des Aides en i6g5, qui mourut en î^kk, et Antoine Philberl Chibert, sieur du Bignon, commissaire provincial des guerres, qui mourut à Paris le i^ février 1721 (Bibliothèque Nationale, Pièces originales et Dossiers bleus).
5. Cette Sœur Grassot pouvait être la fille de Nicolas Grassot, qui fut auditeur en la Chambre des Comptes, et la sœur de Claude Nicolas Grassot, qui, avant d'être lui-même auditeur des Comptes, fut avocat au Parlement de Paris, où il eut pour parrain Jean Issaly (Bibl. Nationales, Pièces originales).
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ne reconnaisse que les Constitutions aient été violées ; ce que je ne présume pas et ne croirai point aisément. Suivez-les en toutes choses avec une pleine liberté d'esprit et de cœur ; et gouvernez -vous de telle manière que j'aie sujet de rendre grâces à Dieu de votre conduite, et de vous en donner à toutes de justes louanges.
Je prie, mes Filles, Notre-Seigneur qu'il soit avec vous.
kki. — A P. Daniel H
UET.
A Paris, i3 septembre 1687.
Je vous envoie, Monseigneur, la présentation à la cure de Mondrainville ! pour le sieur Labbé2. La date est du 16, qui est environ le temps que je reçus votre lettre, et qu'en effet je donnai cette cure. Je suppose que Mgr de Bayeux3 expédiera promptement \ et il ne faudra point perdre de temps.
Je serai toujours très aise de faire paraître combien je défère à votre recommandation et à vos désirs.
Lettre 442. — L. a. s. Bibl. Laurenziana. Publiée par M. Guillaume et par M. Verlaque.
1. Mondrainville (du canton de Tilly-sur-Seulles, arr. de Caen), village du diocèse de Bayeux. Voir la lettre du 19 août précédent.