‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 239 sur 308 · Dont Rancé était l'auteur · texte numérisé non relu

Dont Rancé était l'auteur

3. \\ y avait à cette époque trois abbés de Lamet. Le plus jeune

oct. 1687] DE BOSSUET. £27

de Saint-Laurent* s'étaient excusés, par cette raison, de l'approuver. En même temps, j'écrivis de Versailles, où j'étais, au P. Prieur de Saint-Germain0, qu'il me semblait que cet ouvrage ferait tort à la piété en général et en particulier à la Congrégation de Saint-Maur . et je le priais de donner avis de cette affaire au P. Général6, afin qu'il en empê-

était Philippe de Lamet, reçu docteur de Navarre, le 26 octobre i684, curé de Saint-Laurent en 1706, après avoir été vicaire à Saint-Eustache. Nous ne croyons pas que Bossuet l'ait en vue ici. Les deux autres étaient presque contemporains : Adrien-Augustin de Lamet de Bussy, de la maison de Sorbonne, docteur du 3i mai i65o, ami du cardinal de Betz, et mort le 10 juillet 1691 ; et Léonard de Lamet, élève de Navarre comme Bossuet, docteur du 18 septembre 1 656, doyen de Saint-Thomas-du-Louvre, du temps où Bossuet y résidait, puis curé de Saint-Eustache, mort le iL'r décembre 1705, après avoir résigné, en i6gg, sa cure à son petit-neveu François-Bobert Secousse. Augustin de Lamet avait des opinions moins gallicanes que Léonard ; celui-ci suivait en tout l'avis de Bossuet, aussi supposons-nous que c'est de lui que parle ici l'évêque de Meaux. Voici ce qu'écrivait de Léonard de Lamet, en i683, un écrivain ultramontain : « Le sieur de Lamet, de la Société de Navarre, curé de Saint-Eustache, paroisse la plus grande et la plus riche de Paris, homme moribond depuis peu de toutes manières, et toujours prêt à faire à l'aveugle tout ce que les puissances peuvent désirer de lui ; de plus, curé du sieur Colbert et de toute sa famille ; et de plus encore, entièrement dépendant de l'évêque de Meaux, qui, pour l'obliger à faire tout ce qu'il veut, lui offre de temps en temps cet évèché qu'il voudrait en échange de sa paroisse » (Quarante-cinq assemblées de la Sorbonne, éd. V. Davin, Paris, s. d., in-8, p. 17).

[\. Nicolas Gobillon, de la société de Sorbonne, docteur en i654, resta curé de Saint-Laurent jusqu'en 1706. Ainsi qualifié, en 1 683, par le Docteur ultramontain : « Curé de Saint-Laurent, paroisse de grande importauce, homme vertueux et d'ailleurs bien intentionné, mais normand et craignant de s'attirer en ce moment des infortunes et des embarras » (Quarante-cinq Assemblées, p. 16).

5. Le P. Prieur de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, congrégation de Saint-Maur, était alors le P. Claude Bretagne.

6. Le Général de la congrégation de Saint-Maur était D. Evroul Claude Boistard, qui avait succédé à Dom Brachet mort le 7 janvier 1687; il resta en charge jusqu'en 1705, et mourut le 26 mars 170g.

428 CORRESPONDANCE [oct. 1687

chat le cours. Le P. Prieur m'envoya avec sa réponse une lettre du P. Mège, à qui j'écrivis, et de qui je reçus une seconde lettre. Je vous l'envoie avec la première, et par là vous pourrez juger de ce que j'avais écrit.

J'arrivai avant-hier de Versailles ; et ayant donné avis de mon arrivée à l'abbaye Saint-Germain, le P. Mège me vint voir hier. Nous convînmes qu'après que les Pères de la Congrégation qui doivent revoir son ouvrage auront fait les changements qu'il faudra, on me fera voir le tout ; et que nous tâcherions par ce moyen, en vous en donnant avis, de finir cette affaire à l'amiable. Je vois que tout roule principalement sur le silence, sur les humiliations et sur les études7. Le Père ajouta qu'il y avait beaucoup d'endroits du livre où vous les aviez fort maltraités, et m'ayant dit qu'il savait que vous deviez de votre côté faire imprimer une version de la Règle avec des notes, il vous priait de ne plus maltraiter sa Compagnie; je l'assurai fort que vous étiez très éloigné de cette pensée. Il me dit qu'il me donnerait les endroits, et nous nous séparâmes fort honnêtement. J'ai averti M. l'abbé Jannon 8 de tout cela, afin qu'après mon départ, qui sera demain, il puisse porter les paroles qu'il faudra, suivant les instructions que je pourrai lui envoyer de mon diocèse. Voilà,

7. D. Mège s'était efforcé de prouver, contre l'abbé de Rancé, que saint Benoît n'avait pas imposé un silence absolu et perpétuel à ses religieux, ni approuvé les liumiliations fondées sur des imputations arbitraires, ni condamné les études monastiques (Cf. t. II, p. 37).

8. Editeurs: Jannen. Sur l'abbé Jannon, très lié avec les Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés, voir p. 37.

oct. 1687] DE BOSSUET. 429

Monsieur, 1 état où je laisse cette affaire. Je veillerai à la suite. Je n'ai pas jugé à propos de prendre aucunes mesures avec M. le Chancelier9, ni de rien dire à M. de Reims10, qui se serait peut-être plus échauffe que je n'ai fait. Je vous prie de me renvoyer les lettres du Père11, quand vous m'en aurez dit votre sentiment.

Je suis, Monsieur, à vous comme vous savez. J. Bénigne, é. de Meaux.

Le livre est imprimé ; mais on fera des cartons.

l\ [\l\. — A Mme de Beringhen.

A Meaux, 6 octobre 1687.

Je vous prie, Madame, d'ordonner à votre procureur fiscal1 de faire ses diligences pour faire payer les reliquats des comptes de la paroisse de Jouy-sur- Morin2, et de lui bien faire entendre le plaisir qu'il

9. Louis Boucherat, avait succédé à Michel LeTellier en i685,et resta chancelier jusqu'à sa mort, en 1699.

Page 1