‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 247 sur 308 · Galat., v · texte numérisé non relu

Galat., v

M\2 CORRESPONDANCE foct. 1687

apparence que la foi puisse être méritoire, ni doive agir dans l'homme justifié, sans la charité, qui en est l'âme et la forme8, du consentement unanime de toute l'Ecole.

Mais enfin, demandiez-vous, que sera-ce donc qu'un acte de foi détaché de l'exercice de la charité ? Serait-il bon ? serait-il mauvais ? serait-il indifférent? Il est encore aisé de répondre qu'il serait bon ; mais qu'il ne s'ensuit pas qu'il fût immédiatement méritoire. Il en serait comme d'un acte de foi qu'un homme ferait hors de l'état de grâce. Il est bon, sans doute, parce qu'il met toujours dans le cœur de bonnes dispositions. Ainsi cet acte de foi, que vous présupposez dans l'homme juste, le disposera sans doute à rendre la charité plus active ; et je crois même bien difficile qu'un homme juste exerce un acte de foi sans que son cœur soit excité à aimer la Vérité éternelle, et à s'attacher à Celui qui est l'auteur comme l'objet de la foi.

Quoi qu'il en soit, je ne comprends pas la théologie qui semble donner à la charité habituelle quelque chose pour nous exempter d'en exercer les actes, au lieu qu'elle n'est donnée que pour nous y incliner et pour nous les rendre faciles, ce qui rend l'obligation de les exercer plus étroite. En un mot, je conclus, Monsieur, que la charité n'influe dans

8. Application par analogie de la doctrine scolastique sur le rôle de la forme ou principe actif et déterminant, dans les êtres composés. De même, en effet, que l'àme, qui est la forme du corps, est le principe de sa vie, de même la charité anime la foi, la rend vivante et méritoire du ciel (Cf. saint Thomas, Summa theolog . 2-2œ, q. 4, a- 3, Utrum caritas sit forma fidei?).

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nos bonnes œuvres que d'une manière vivante et vitale ; d'où il s'ensuit qu'elle ne fait rien dans ceux qui n'y pensent pas, c'est-à-dire qui n'agissent point par ce motif. Vous entendez bien, au reste, qu'il ne s'agit pas ici d'avoir toujours l'esprit actuellement tendu pour penser à Dieu ; vous savez trop ce que c'est que l'intention virtuelle9, pour vous arrêtera une si légère difficulté.

Voilà, Monsieur, mon sentiment et une partie de mes raisons. Je vous exhorte à entrer dans ces vrais et solides principes ; mais, sans mes exhortations, vous saurez toujours bien faire et penser tout ce qu'il y a de meilleur.

Une petite fluxion à l'épaule, qui fait que j'ai peine à écrire, m'oblige à emprunter une main qui ne vous est pas inconnue 10.

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