‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 246 sur 308 · Sess. VI, de Justificatione, cap. xvi · texte numérisé non relu

Sess. VI, de Justificatione, cap. xvi

3. On peut citer ces paroles du saint Docteur : « Non solum actus caritatis est meritorius, sed etiam actus aliarum virtutum, secundum quod gratia informantur, licet meritorii esse non possint, nisi secundum quod reducuntur in flnein caritatis. » (In II, dist. l\0, q. 1, a. 5, ad 3).

oct. 1687] DE BOSSUET. £4i

Et quant à ce que vous disiez, qu'il s'ensuivrait que les actes de foi et d'espérance, ou même ceux de la crainte des jugements de Dieu et des peines éternelles, ne seraient pas méritoires, la réponse est bien aisée. Si la charité ne pouvait pas exciter ou commander une œuvre de foi, saint Paul n'aurait pas écrit aux Corinthiens que la charité croit tout''. Si elle excite et fait agir la foi, elle peut bien faire agir la crainte, dont la foi est le fondement. Et qui doute qu'un homme qui aime Dieu ne soit bien aise d'abattre en lui-même la concupiscence en se représentant les motifs de la crainte, afin que la charité soit d'autant plus ferme qu'elle sera moins attaquée? Il en est de même de l'espérance, puisque saint Paul, qui a dit : La charité croit tout, dit aussi que la charité espère tout0. Il est vrai qu'on ne peut pas dire qu'elle craigne, puisque, au contraire, elle tend de sa nature à chasser la crainte. Mais comme elle n'opère ce grand effet que lorsqu'elle est parfaite, comme le dit expressément 1 apôtre saint Jean 6, elle peut bien, pendant qu'elle est infirme, se servir de la crainte pour se fortifier.

Mais on voudrait peut-être que l'exercice de la foi fût méritoire, sans que le motif de la charité y entrât. Je ne le puis croire, puisque saint Paul, après avoir dit tout ce qui ne sert de rien, ne compte, parmi les choses qui servent, que la foi qui opère par la charité '. Et, à vous dire le vrai, il n'y a nulle

!\. I Cor., xii, 7.

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