‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 251 sur 308 · Dom Boistard. Voir plus haut, p. A · texte numérisé non relu

Dom Boistard. Voir plus haut, p. A

5. Dom Tassin nous apprend ce qui se fit dans la Congrégation de Saint-Maur contre D. Mège. « Comme les supérieurs des monastères de France n'y étaient point traités (dans son Commentaire) avec un certain ménagement, ils se déclarèrent contre l'auteur. Le P. Général, pour les satisfaire, pria D. Claude Martin de lire, retoucher et corriger cet ouvrage, après quoi on en ferait une seconde édition et l'on supprimerait la première. D. Martin y travailla en effet; mais le P. Mège, qui était protégé du Général, ne voulut pas déférer à ses corrections, et le Commentaire resta tel qu'il était. Cependant l'évêque de Meaux continuait à. demander satisfaction pour l'Abbé de la Trappe réfuté dans ce livre. Pour apaiser le prélat, la diète annuelle de 1G89 fit un règlement dont on lui donna copie le Ier jour d'août. Par ce règlement, le Commentaire du P. Mège est proscrit et la lecture en est interdite » (Histoire littéraire de la Congrégation de Saint- Maur, Bruxelles et Paris, 1770, in-4, p. i34).

Mais Bossuet n'avait pas attendu cette satisfaction. Dès que le livre du P. Mège eut paru (l'achevé d'imprimer est du i5 octobre 1687), avec les approbations du P. Noël Alexandre, dominicain, et du P. Clivier, augustin, sous ce titre : Commentaire sur la règle de saint Benoît, par Dom Joseph Mège, Paris, 1687, in-4, M. de Meaux le fit supprimer par l'autorité publique. Voici ce qu'on écrivait, à ce propos, de Paris à un cardinal résidant à Rome : « Le P. Mège a fait un commentaire sur la règle de saint Benoît, dans lequel il réfute M. l'Abbé de La Trappe sans le nommer. M. l'évèque de Meaux ayant eu avis que ce livre était imprimé, l'a fait supprimer par M. le Chancelier, qui en avait donné le privilège. Quoique j'aie une grande vénération pour la vertu de M. l'Abbé de La l'rappe, je ne puis approuver

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faire faire sur la Règle quelque chose de plus correct. J'apprends la même chose par une lettre du P. Mège, qui se justifie en même temps de l'envoi des exemplaires dans les provinces, en rejetant la faute sur son libraire, qui la fait à son insu. Je ne me payerai pas de cette excuse, et je m'en plaindrai au P. Général. Mais ce qu'il y a de meilleur à faire,

que, pour conserver la réputation d'un si grand personnage, on fasse injustice à un libraire et qu'on note un auteur » (Lettre du 17 novembre 1687, citée par D. Claude Estiennot, Ribliothèque Nationale, fr. ig644, f° 0,3). Le zèle de Rossuet n'était donc pas approuvé de tout le monde. On le voit encore par une lettre de l'abbé de Pontchàteau: « J'ai appris l'histoire du P. Mège. M. de Meaux, qui est un des approbateurs du livre de M. de la Trappe, ayant appris qu'il paraissait un livre d'un P. bénédictin qui parlait contre celui de M. de la Trappe, alla s'en plaindre au Général, qui lui donna le P. Mège au lieu du livre qu'il demandait. Mais ce prélat ayant emmené avec lui le P. Mège à la campagne, et ayant fort disputé l'un contre l'autre, il ne fut pas satisfait du bénédictin, de sorte qu'à son retour, il alla chez M. de La Reynie et chez M. le Chancelier pour faire supprimer le livre du P. Mège. On alla donc chez le libraire, qui laissa enlever tout ce qu'il avait d'exemplaires, disant en même temps qu'on était venu trop tard, parce qu'il avait déjà débité la moitié de l'édition. Cela est bon, car il y en a donc déjà par le monde, et on pourra en avoir. J'avais appris que le P. Mège avait fait des commentaires sur la règle, et je voulais les acheter sans savoir qu'il y fût parlé de M. de la Trappe. Mais quoi que j'aie pu vous dire de ceux qui écrivaient contre cet abbé pour soutenir les relâchements contre lesquels il a parlé, je vous avoue néanmoins que ces manières violentes me déplaisent. Elles ne font point du tout un bon effet ; naturellement on se révolte contre ceux qui agissent de la sorte, et on croit qu'ils emploient ces moyens au défaut de la raison qui n'est pas de leur côté ; la suppression d'un livre donne une envie enragée de le voir, et tel qui n'aurait jamais su que le P. Mège a écrit contre M. de la Trappe en voudra présentement être éclairé et voir son livre. Ce n'est pas l'inquisition de Goa, mais en vérité cela n'est guère raisonnable. Un moine défend sa pinte de vin et ses autres adoucissements ; qu'on lui réponde, à la bonne heure, et qu'on ne prenne pas ces voies qui ne sont pas propres à persuader les gens, au moins ceux qui sont comme moi » (Cité par M. A. Gazier, Mélanges de littérature et d'histoire, Paris, 190/i, in- 18, p. 87).

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c'est d'imprimer au plus tôt votre explication : je ne perdrai pas de temps à la voir, si vous êtes toujours dans la pensée que je l'approuve. Tout ce qu'on pourra faire pour diligenter, c'est d'envoyer toujours à l'imprimeur pendant que j'achèverai la lecture. Je serai, s'il plaît à Dieu, samedi prochain à Paris pour très peu de jours, mais assez pour donner les ordres qu'il faudra ; et de là, je vous écrirai plus amplement.

Je suis, Monsieur, à vous comme à moi-même. J. Bénigne, é. de Meaux.

45o. — L'Abbé de Rancé a Bossuet.

[23 nov. 1687.]

Il est vrai, Monseigneur, que les bruits desquels vous me faites l'honneur de m'écrire ' , sont répandus de toutes parts : il n'y a rien qu'on nous mande davantage ; la cause, je ne la connais point. Mais je puis vous dire que jamais ma conduite ne fut plus resserrée, ni plus irrépréhensible par rapport au monde, et qu'il ne m'est échappé sur ce sujet ni parole, ni action que l'on puisse condamner, et, si jamais j'ai donné des avis, je n'en ai donné aucun qui n'ait porté à la paix. Je crois qu'un bomme de ma profession ne doit point avoir d'autres vues, ni inspirer d'autres sentiments. Il se peut

Lettre 450. — Publiée pour la première fois par D. Serrant (l'Abbé de Rancè et Bossuet, p. 287), d'après la copie insérée par D. Gervaise dans sa Vie manuscrite de Rancé. L'année n'est pas indiquée ; mais on voit clairement que cette lettre a été écrite avant celle du 4 décembre 1687, qui y fait allusion.

I. On avait chercbé à indisposer le Roi contre M. de Rancé, en représentant cet abbé comme occupé à des intrigues.

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bien faire que l'on s'est fondé sur les visites que Son Altesse Royale Mme de Guise'2 a rendues à la Trappe. Je ne puis pas lui fermer les portes de notre monastère : outre que le rang qu'elle tient dans le monde les lui fait ouvrir3, elle est fille de Monsieur, qui a été mon maître4, et la vérité est que je ne lui ai jamais rien dit dont je n'eusse voulu que toute la terre eût été informée. Je ne me suis mêlé de rien. Je me suis attaché uniquement à ma profession, et je me suis éloigné de tout ce qui n'y avait point rapport. Ma principale et plus ordinaire occupation étant de recommander à Dieu la personne du Roi et la prospérité de l'État, avec toute l'application dont je suis capable, mon soin a été d'inspirer la même disposition dans le cœur de tous mes frères. Si, après cela, il m'arrivait ce que je ne me suis point attiré, il faudrait adorer la conduite de Dieu, s'y soumettre, l'aimer et s'y plaire. Le

2. Elisabeth d'Orléans, sœur consanguine de la grande Mademoiselle. Elle était née de Gaston d'Orléans et de sa seconde femme, Marguerite de Lorraine. Elle avait épousé, le i5 mai 1661, Louis-Joseph de Lorraine, due de Guise, dont elle resta veuve le 3o juillet 1671 ; elle mourut elle-même en 1696, âgée de cinquante ans. Cette princesse offrait un singulier mélange de vanité, de dévotion et de réelle bonté. Saint-Simon raconte avec quelle hauteur elle traitait son époux. Elle passait la moitié de l'année « à Alençon, où elle régentait l'Intendant comme un petit compagnon, et l'évêque de Séez, son diocésain, à peu près de même, qu'elle tenait debout des heures entières, elle dans son fauteuil, sans jamais l'avoir laissé asseoir, même derrière elle, en un coin » (Saint-Simon, Mémoires, éd. de Boislisle, t. III, p. 63 ; cf. p. 5g à 66).

Les séjours qu'elle faisait en Normandie étaient pour Mme de Guise l'occasion de voyages à la Trappe, dont elle estimait beaucoup l'Abbé. Celui-ci composa pour elle une Conduite chrétienne adressée à S. A. H. Mme de Guise, imprimée à l'insu de son auteur en 1697.

3. L'interdiction aux femmes de pénétrer dans les monastères d'hommes cloîtrés, ne s'appliquait pas aux princesses de sang royal.

4. L'abbé de Rancé était député à l'Assemblée du Clergé, lorsque Gaston d'Orléans le choisit pour son premier aumônier (i656). L'assemblée tout entière écrivit au prince pour le remercier de l'honneur qu'il faisait ainsi à un de ses membres (D. Pierre Le Nain, Vie de D. Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, Paris, 1719, 2 vol. in-12, t. I, p. 10 et suiv.).

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repos et la consolation de ceux qui sont à lui est d'être dans sa dépendance et de recevoir avec joie tout ce qui vient de sa main, dans laquelle je suis : c'est là ma situation. Il y a longtemps, Monseigneur, que vous savez le désir que j'ai de quitter l'état où je suis3, et de me voir délivré du poids qui m'accable, et je vous avoue que si, par quelque coup de tempête auquel je n'aurais point donné de fondement, je me trouvais dans la liberté où je me souhaite, je finirais mes jours dans une tranquillité que je ne puis espérer dans l'engagement et l'occupation où je suis. Dieu est le maître, il en fera ce qu'il lui plaira.

45 1. — Nicolas Payen a Bossuet.

Monseigneur, Ne pouvant plus supporter le désordre que causait en cette ville la permission qui a été donnée aux farceurs de monter sur le théâtre, et prenant toute la part que je dois au juste ressentiment que vous en avez témoigné, je viens de rendre une ordonnance1 dont je vous envoie la copie, par laquelle je leur ai fait défenses, à peine de cent livres d'amende et de prison, de plus jouer ; enjoignant au menuisier qui a fait leur

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