C'est évidemment Fénelon lui-même
l\. On a vu plus haut que, le l\ décembre, Bossuet s'apprêtait à quitter Paris pour retourner dans son diocèse.
5. Nous ignorons de quelle traduction veut parler Fénelon. S'agirait-il d'une version latine de la Conférence avec Claude, ouvrage que Fénelon appelle, dans son Instruction pastorale du 20 avril 1705 (Edit. Versailles, t. XII, p. 22^), « le plus célèbre qu'il {Bossuet) ait composé dans toute sa vie »? Une seconde éditioa du texte original venait de paraître en 1687. Si Fleury commença cette traduction, il faut croire qu'il ne l'acheva pas : elle n'a point paru et on n'en voit pas trace dans ses manuscrits.
déc. 1687] DE BOSSUET. 453
je n'oserais dire, à cause que vous avez défendu à mes lettres tout compliment.
Paris, dimanche 7 décembre [1687 ?]6.
hbl\. — A. P. Daniel Huet.
A Meaux, 7 décembre 1687.
Trouvez bon, Monseigneur, que je vous donne la peine de consulter Messieurs de l'Académie sur une difficulté dont la résolution m'est absolument nécessaire, à savoir s'il faut écrire la Vie de Henry ou la Vie d'Henry. Je sais la règle de M. deVaugelas1; mais peut-être pourrait-on douter si ces mots, dont l'origine est allemande, y peuvent être compris, ou, en tous cas, si l'usage n'y a pas dérogé. Car il me sem-
6. L'éditeur de Versailles fixe cette lettre en 1681 ou 1687. Dans chacune, en effet, de ces deux années, le 7 décembre fut un dimanche. Mais, le 9 décembre 1681, Bossuet, retenu par l'Assemblée du Clergé, n'a pas quitté Paris ; du reste, comme il ne prit possession de son évèché qu'en 1682, il n'avait pu en 1681 y recevoir la visite de Fénelon. Il faut donc nous en tenir à l'année 1687.
Lettre 454. — L. a. s. Bibl. Laurenziana. Publiée par Ch. Trochon, avec la fausse date du 16 décembre, dans le Correspondant du a5 décembre 1876.
1. Claude Favre de Vaugelas, né à Meximieux, en Bresse, en i5g5, mort à Paris en i65o. Il était fils du président Favre, l'ami de saint François de Sales. Il fut attaché à la maison de Gaston d'Orléans, et fit partie de l'Académie française. Il a laissé une traduction de Quinte-Curce et des Remarques sur la lancjue française, publiées en 16^7, e*- 1u' on* longtemps fait loi. Sur le point particulier qui préoccupe ici Bossuet, Vaugelas enseigne que, sauf exceptions, Yh est muette dans les mots venus de mots latins commençant par cette lettre, et aspirée dans les autres (Remarques, édition Chassang, Paris, 1880, 2 vol. in-8, t. I, p. 33a et suiv.). Cette règle a été adoptée par Richelet dans son Dictionnaire .
454 CORRESPONDANCE [déc- l687
ble que nous disons tous les jours dans le discours familier du temps d'Henry IV, et ainsi du reste. Il me semble que quelques auteurs approuvés, et entre autres le P. Bouhours2, si je ne me trompe, ont écrit ainsi quelquefois ; d'autre côté, il est certain que la plupart des écrivains sont contraires : Mézeray 3 écrit partout de Henry ; le traducteur de l'Histoire de la réformation anglicane de M. Burnet 4 en use de même. Moi-même, en d'autres rencontres, ai suivi cet usage, et je crois encore que c'est le meilleur, et que l'autre manière de prononcer doit passer pour une de ces négligences du langage familier qu'on ne doit pas suivre en écrivant. Je vous supplie, Monseigneur, de me donner sur cela une décision de l'Académie, fréquente senatu*, et de me pardonner la peine que je vous donne sur une si petite question, vous que je consulterai toujours avec joie sur les plus importantes.
2. Le P. Bouhours (voir t. I, p. 23 1) a publié en 1692 la Suite des Remarques sur la langue française. Dans cet ouvrage (p. 3g8 et suiv.), quoiqu'il trouve raisonnable l'usage de ceux qui aspirent Vh dans le mot Henri, néanmoins il préfère suivre l'usage contraire.
3. François Eudes, dit Mézeray, d'un hameau voisin de Ry (Orne), lieu de sa naissance (i6io-i683). Il était frère du célèbre P. Eudes, fondateur des eudistes, que l'Eglise vient de déclarer bienheureux. Il entra à l'Académie française, dont il fut secrétaire à la mort de Conrart. Son ouvrage le plus connu est une Histoire de France (Paris, i6^3-i65i, 3 vol. in-fol.), qui lui valut la charge d'historiographe du Roi.
4. Gilbert Burnet (Voir p. 359). ^a traduction dont parle Bossuet est de Rosemond ; elle parut à Londres, i683, 2 vol. in-4, et à Amsterdam, 1687, 4 vol. in-12.
5. On ne trouve pas trace d'un avis émis à ce sujet par l'Académie en corps, et son Dictionnaire n'en dit rien. Furetière est d'avis de faire Vh aspirée dans le style soutenu, et muette dans le langage familier et dans la conversation.
déc. 1687] DE BOSSUET. 455
J'achève la lecture d'un auteur anglais où il est fort parle' de vous et du P. Petau6: c'est la défense des Pères qui ont précédé le concile de Nicée par Bullus 7. Cet ouvrage est considérable et me paraît mériter que vous y fassiez quelque attention.
Je suis, Monseigneur, comme vous savez, avec respect et cordialité, votre très humble et très obéissant serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Au bas de la 4e page : Mgr de Soissons.