Mme d'Armainvilliers
lettre du monde, je vous donne tout2 la plus grande assurance que je suis de bon cœur à vous.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Me de Faremoutiers.
/J56. — Dom François Lamy a Bossuet.
Proposition : Quon peut dire que la satisfaction que Jésus- Christ fait par ses souffrances à la justice divine supplée à la satisfaction que les damnés lui font pour leurs péchés.
Lorsque deux personnes font satisfaction pour la même
2. Tout est-il écrit, par inadvertance, pour toute, ou bien joue-t-il le rôle d'adverbe, avec le sens de tout à fait ?
Lettre 456. — Cette pièce et celles qui vont suivre sur le sujet de la satisfaction de Jésus-Christ, ont été publiées par Deforis (t. X, p. û-48) d'après un recueil manuscrit. Ce recueil semble bien être celui qui, dans la liste des ouvrages de Dom Lamy dressée par Dom Tassin (Histoire littéraire des bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Bruxelles, 1770, in-4, p. 365), est ainsi désigné: Histoire d'une contestation excitée depuis peu sur les satisfactions de Jésus-Christ.
Deforis y a pris aussi l'Avertissement suivant, qui est de D. Lamy et expose l'occasion des lettres échangées entre lui et Bossuet sur ce point de théologie.
« Une personne ayant fait depuis peu, en bonne compagnie, la lecture d'une lettre où on lui apprenait que le ministre Jurieu traitait de paradoxe cette proposition de l'auteur de la Recherche de la vérité, que « Jésus-Christ supplée ou ajoute par ses satisfactions ce qui manque à la satisfaction que les damnés font à la justice divine pour leurs péchés », chacun prit parti diversement, les uns pour l'hérétique et les autres pour le catholique.
« Un de ceux-ci (Dom Lamy) s'apercevant qu'on prenait cette proposition en des sens outrés, fort éloignés de l'esprit de son auteur, crut que, pour la faire recevoir plus agréablement, il n'y avait qu'à la proposer avec un peu plus d'étendue, et à la prouver par un seul raisonnement.
« En effet, il arriva que cette proposition raisonnée ramena un peu
injure, et que la satisfaction de l'un, insuffisante par ellemême, devient très suffisante jointe à la satisfaction de Taules esprits de ceux qui en étaient les plus éloignés. Cependant, un de ceux-ci persistant à la .combattre, on prit le parti de l'envoyer à M. l'Èvêque de Meaux, et de lui en demander son sentiment. La voici donc telle qu'elle lui fut envoyée. »
François Lamy, né au château de Montireau, dans le Perche (aujourd'hui dans le canton de La Loupe, arrondissement de Nogent-le- Rotrou) en i636. Il était fils de Charles Lamy, baron de Montireau, et d'Elisabeth, ou Isabelle, de Graffard, qui, devenue veuve, épousa en secondes noces Jean d'Angennes, seigneur de Fontaines-Riant, cadet de la maison de La Louppe. François Lamy eut pour précepteur Rohaut, qui depuis se fit un nom en physique et en philosophie; il se prépara ensuite au métier des armes et fit même campagne sous le duc de Richelieu. Mais, à la suite d'un duel, où la Règle de saint Benoît, dont il portait un exemplaire sur lui, l'avait préservé d'une blessure, il prit l'habit chez les Bénédictins en i658 et prononça ses vœux le 3o juin 1659. Il fut chargé d'enseigner la philosophie, puis la théologie dans son Ordre, et, après un séjour à l'abbaye Saint-Faron, de Meaux, où il connut intimement Bossuet, il fut nommé prieur de Rebais en 1687. Mais deux ans après, sur un ordre du Roi, motivé par l'attachement de Dom Lamy aux idées cartésiennes, il fut destitué de ce poste et déclaré inéligible à toute charge dans son Ordre. « De combien de lettres de cachet n'a-t-il point été chargé pour le cartésianisme et le jansénisme ? M. de La Sale, abbé de Rebais et maintenant évêque de Tournai, ne le fit-il pas déposer de la charge de prieur de Rebais pour des opinions et des conduites singulières qu'il reconnut en lui ? » (J.-B. Thiers, Apologie pour M. de la Trappe, p. 83). Comme il n'avait jamais accepté les dignités qu'avec répugnance, il supporta sans trop de peine cette disgrâce et vécut désormais dans l'abbaye de Saint-Denis, adonné à l'étude et à la piété. C'est là qu'il mourut le 11 avril 171 1.
Les principaux ouvrages de D. Lamy sont : La vérité évidente de la religion chrétienne, Paris, 169/i, in-12 ; De la Connaissance de soi-même, Paris, 1694-1698, 6 vol. in-12 ; Le nouvel athéisme renversé ou réfutation du système de Spinosa, Paris, 1696, in-12; Sentiments de piété sur la profession religieuse, Paris, 1697, in-12 ; Lettres... pour répondre à la critique du P. Malebranche, Paris, 169g, in-12 ; Lettres philosophiques sur divers sujets importants, Trévoux, 1703, in-12 ; La rhétorique de collège trahie par son apologiste, Paris, 170^, in-12; Les premiers éléments des Sciences, Paris, 1706, in-12. (Consulter Ellies du Pin, Bibliothèque des auteurs du XVIIe siècle, t. VI; D. Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Sainl-Maur et H. Wilhelm,
tre, il est vrai de dire que la satisfaction de l'un supplée à celle de l'autre. Or Jésus-Christ et les damnés font par leurs souffrances, quoique bien différemment, satisfaction à la justice divine pour les péchés des damnés ; et la satisfaction des damnés, d'elle-même insuffisante, devient très suffisante, jointe à la satisfaction de Jésus-Christ. Il est donc vrai de dire que la satisfaction que Jésus-Christ fait par ses souffrances à la justice divine, supplée à la satisfaction que les damnés lui font pour leurs péchés.