A D. François Lamy
La satisfaction de Jésus-Christ peut être considérée quant à la suffisance du prix, quant à l'intention de Jésus-Christ, quant à l'application. Quant à la suffisance, tout y est compris ; quant à l'intention, elle n'a été que pour les hommes ; quant à l'application, elle n'est que pour les justes.
A proprement parler, les damnés ne satisfont pas ; mais Dieu satisfait lui-même à sa justice en les punissant en toute rigueur. Je ne crois point que Jésus-Christ satisfasse pour les démons, ni que, de sa satisfaction et de celle des damnés, il s'en fasse une seule et même satisfaction. La satisfaction de
Nouveau Supplément à l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint- Maur, Paris, 1908, in-8, t. I, p. 3 ig ; L. Batterel, Mémoires domestiques, t. IV, p. 35/j-355 ; Francisque Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne, Paris, i854, 2 vol. in-8, t. II, p. 3Ô2 seq. ; Paul Lemaire, Dom Robert Desgabets, Paris, i90i,in-8, p. 38i-386; Niceron, t. III, p. 355-365, et t. X, p. 122.)
Lettre 457. — Cette réponse de Bossuet à la question précédente est donnée par Deforis sous le titre : Observations de M. l'évêque de Meaux sur la proposition raisonnée.
1687] DE BOSSUET. 45g
Jésus-Christ est infinie, capable d'anéantir l'enfer et de sauver tous les damnés, si elle leur était appliquée. Il ne la faut donc pas regarder comme suppléant à celle des damnés, mais comme parfaite en tout point en elle-même.
Il semble pourtant que l'on veuille dire que la satisfaction de Jésus-Christ demande, pour être suffisante, d'être jointe à celle des damnés. Que si l'on veut dire que c'est la satisfaction des damnés qu'on regarde comme insuffisante, je réponds qu'on ne doit pas dire qu'elle devienne suffisante par la satisfaction de Jésus-Christ, puisqu'elle ne leur est pas appliquée. Les satisfactions que nous faisons à Dieu, insuffisantes par elles-mêmes, deviennent suffisantes avec celle de Jésus-Christ qui nous est appliquée. Ainsi la satisfaction de Jésus-Christ est le supplément de la nôtre ; mais je ne connais rien de semblable dans les damnés.
Je conclus donc premièrement qu'en prenant les damnés, y compris les diables, Jésus-Christ ne satisfait pas pour eux ; secondement, qu'en prenant les damnés pour les hommes, Jésus-Christ ne supplée pas à l'insuffisance de leur satisfaction par la sienne, qui ne leur est pas appliquée ; troisièmement, qu'il ne faut point regarder les deux satisfactions dont on parle ici comme n'en faisant qu'une seule parfaite, parce que celle de Jésus-Christ a sa perfection indépendamment de toute autre chose.
46o CORRESPONDANCE [1687