‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 273 sur 308 · Voyez la quatorzième remarque · texte numérisé non relu

Voyez la quatorzième remarque

ai. Ou de quelqu'un qui satisfasse pour lui.

22. Pourvu qu'une victime plus digne de la grandeur et de la justice de Dieu reçoive cette punition ; et comme c'est ce que Jésus- Christ a fait, la conséquence est absolument nulle.

a3. Il ne peut pas se dispenser de prendre l'un des deux partis: l'ordre l'exige, et cet ordre n'est nullement arbitraire ; et ainsi la conséquence qui suit est encore parfaitement nulle.

476 CORRESPONDANCE [janv. 1688

Sur la cinquième proposition : La grandeur du péché est infinie, et sur la preuve qui en est tirée du second axiome, je l'admets avec la restriction que j'ai apportée à cet axiome.

Sur l'éclaircissement où il est dit que le péché est un néant infiniment opposé à Dieu, et que l'homme, quoique incapable de l'infini qui vient de l'être, ne l'est pas de l'infini qui vient du néant, j'admets la distinction, en remarquant seulement que le péché est un néant à la vérité, mais un néant dans un sujet qui, lorsqu'il pèche, a un objet et une manière d'y tendre : nous verrons tantôt quelle conséquence on tire de cette vérité.

Sur la sixième proposition : Dieu ne peut pas se dispenser de punir le péché d'une peine infinie, ou du moins selon la capacité de souffrir qui se trouve dans le coupable, je dis que cette proposition, qui dépend nécessairement de la quatrième, ne subsiste plus après qu'elle est détruite24; et je dis encore que, tant la quatrième proposition que celle-ci, en prenant comme l'on fait dans toutes les deux la peine du péché pour la souffrance, enferme une contradiction manifeste dans l'alternative qu'on met en disant que Dieu doit punir le péché ou infiniment, ou du moins selon toute la capacité du sujet : car ou le principe ne conclut rien, ou il conclut absolument pour l'infinité sans l'alternative20. On n'a osé dire

2/i. Comme la quatrième proposition n'a pas souffert le moindre petit effort, ainsi qu'il paraît par les remarques précédentes, il est aisé de juger que la sixième ne se porte pas mal, puisqu'elle dépend de la quatrième.

25. Le principe, par lui-même et considéré en général, conclut

janv. 1688] DE BOSSUET. £77

néanmoins que Dieu doit punir le péché infiniment26, parce qu'on sait que le pécheur n'est pas capable d'une souffrance infinie, et que la justice ne permet pas qu'on lui demande plus qu'il ne peut avoir. Il a donc fallu apporter l'alternative 27 de le punir du moins selon toute sa capacité. Mais cette alternative n'est pas moins impossible que l'autre28; puisque, Dieu ne pouvant jamais épuiser sa puissance, il peut toujours faire souffrir le pécheur de plus en plus jusqu'à l'infini 29. Donc il n'est pas pos-

pour l'infinité : mais comme l'application ne peut s'en faire que sur une créature en particulier, et que toute créature est finie, il conclut nécessairement pour toute la souffrance dont la créature est capable.

26. C'est une retenue bien forcée que celle-là, et dont l'auteur ne se fait guère d'honneur. Il faudrait être bien extravagant pour oser dire qu'il y a dix mille écus dans une bourse où l'on sait qu'il n'y en a pas mille.

27. Assurément cette nécessité n'a rien eu de fâcheux pour l'auteur.

28. On ne sait pas de quelle autre alternative on veut parler en cet endroit.

[Bossue/, dit Deforis, veut parler d'une peine du péché actuellement infinie, dont il s'agit dans le premier membre de la sixième proposition qu'il réfute.]

29. Si ce n'est pas là une contradiction, on n'entend rien à tout ceci. On vient de dire que la capacité du pécheur est finie, qu'il ne peut pas souffrir à l'infini ■ et l'on ajoute ici que « Dieu le peut faire souffrir jusqu'à l'infini » : pouvoir souffrir à l'infini et ne pouvoir souffrir à l'infini, rien peut-il se contredire plus formellement?

[M. Bossuet, remarque Deforis, n'a pas dit que le pécheur ne peut souffrir à l'infini ; mais qu'il n'est pas capable d'une souffrance actuellement infinie; ce qui est bien différent.]

Il faut donc dire que, quoique la puissance de Dieu soit infinie, elle se trouve quelquefois bornée dans ses effets par les limites du sujet sur lequel elle agit. En voilà assez pour juger de la justesse des deux conséquences qui suivent ici, dont la première fait encore une évidente contradiction avec ce qui a été dit de la capacité finie du pécheur.

478 CORRESPONDANCE [janv. 1688

sible qu'il le punisse selon toute sa capacité : et ainsi cette alternative est autant impossible que la première, et l'on retombe dans l'absurdité que l'on avait voulu éviter.

Sur la septième proposition : Le péché n'est puni dans les hommes damnés, ni infiniment, ni selon toute la capacité qu'ils ont de souffrir30. L'auteur tombe ici dans une erreur manifeste, faute d'avoir pris garde que la difformité du péché se tire de deux endroits : l'une du côté de Dieu, dont elle nous prive ; l'autre du côté de son objet qu'on appelle spécificatif, et de la manière de s'y porter3'. C'est dans le premier égard32 qu'il est infini, et à cet égard aussi il est puni infiniment ; car l'auteur a mis l'infinité du péché dans son infini néant. Le pécheur sera donc de ce côté puni infiniment, si on le laisse dans ce néant infini, et qu'on le prive éternellement et nécessairement de Dieu, dont il s'est privé volontairement. Mais, du côté de l'objet spécificatif et de la manière de s'y porter, il n'est point vrai que le péché ait une difformité infinie ; autrement tous

3o. Cela effraie d'abord ; mais il faut suspendre son jugement.

3i. On se rassure en cet endroit : car enfin toute l'erreur ne serait donc que de n'avoir pas pris garde à cet objet spécificatif; erreur qui assurément ne serait pas contre la foi. Mais d'où sait-on qu'il n'y a pas pris garde ? C'est qu'il n'a parlé que de Pénormité qui se tire de la dignité de la personne. Quelle conséquence ! Si cette seule énormité lui suffisait, a-t-il dû parler d'une seconde ? si de cette seule difformité il pouvait inférer la nécessité d'une peine infinie, a-t-il été obligé d'en chercher encore une seconde? Mais enfin, qu'on en cherche tant qu'on voudra, plus l'on en trouvera, plus le péché méritera d'être puni, et par conséquent plus l'auteur aura ce qu'il prétend.

3a. [Dans le premier égard, sous le premier point de vue].

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les péchés seraient égaux33; et il n'est point vrai par conséquent que Dieu le doive punir infiniment à cet égard : autrement Dieu serait injuste en punissant les péchés inégalement ; d'où il s'ensuit encore que l'auteur se trompe, en disant que Dieu doit punir le péché par une souffrance infinie, ou du moins par une souffrance qui égale la capacité du sujet. Car l'infinité du péché, comme néant, est suffisamment punie par la perte du bien infini qui est Dieu ; et, pour ce qui est de l'autre partie de son énormité, ni on ne la doit punir par une peine infinie, puisqu'en ce sens elle n'a point d'infinité ; ni on ne la doit punir selon la capacité, mais selon l'indignité du sujet.

A la forme, je réponds donc que, du côté que le péché est infini, il est aussi puni infiniment 34 ; et du côté qu'il est fini, il est vrai qu'il n'est pas puni infiniment, ni même selon toute la capacité du sujet, parce qu'il ne le doit pas être, et que ce n'est pas la capacité, mais l'indignité du sujet qui est la règle de la peine.

Je tourne ma réponse en démonstration contre

33. On ne voit pas la raison de cette conséquence ; car entre deux infinis il peut y avoir une fort grande inégalité. Entre une infinité d'hommes et l'infinité des cheveux de ces hommes, il y a une extrême différence.

34- Si du côté que le péché est infini il est puni infiniment, pourquoi l'auteur, qui le regarde principalement de ce côté-là, se trompet-il, en disant que Dieu doit punir le péché par une souffrance infinie ? Est-ce que Dieu punit le péché plus qu'il ne doit? Il est malaisé de sauver ceci de contradiction ; à moins qu'on ne prétende qu'être puni infiniment, c'est ne rien souffrir. Ce serait certes une étrange punition.

48o CORRESPONDANCE [janv. 1688

l'auteur, en cette sorte : Celui qui peut punir le péché dans le pécheur même, selon tout ce qu'il y a de malice, en peut tirer une parfaite satisfaction ; or est-il que Dieu peut punir le péché dans le pécheur même selon tout ce qu'il a de malice, en le punissant, du côté qu'il est infini, par la soustraction du bien infini qui est lui-même, et, du côté qu'il est fini, par divers degrés de souffrances proportionnées aux divers péchés30 selon les règles que Dieu sait ; par

35. Je me doutais bien qu'on regardait ce qu'on appelle ici punition infinie, c'est-à-dire la soustraction du bien infini qui est Dieu même, comme n'étant ni douloureuse ni pénible : cela paraît assez de ce qu'on l'oppose aux souffrances. C'est l'idée vulgaire que les hommes grossiers se forment de l'enfer : ils regardent le feu matériel comme terrible, et la privation de Dieu comme un rien, ou du moins comme quelque chose qui ne leur sera pas fort incommode, ne se trouvant pas fort incommodés d'être privés de Dieu dans cette vie au milieu de leurs désordres. De sorte que, si avec cela on vient à regarder le feu de l'enfer comme fabuleux, ainsi que font quelques prétendus esprits forts, la privation de Dieu n'ayant rien de pénible, tout l'enfer ne passera plus que comme un vain fantôme, dont il n'y a que les enfants qui se laissent effrayer. Mais, en vérité, il serait bien étrange qu'un prélat infiniment éclairé ne regardât pas la privation de Dieu comme la dernière de toutes les souffrances, qu'il ne la regardât que comme une pure privation de plaisir, et non pas comme causant une insupportable douleur. Quoi ! l'absence et la privation d'une misérable créature sera quelquefois si pénible et si douloureuse à un homme, qu'il en séchera sur les pieds ; et la privation d'un bien infini, qui est Dieu, n'aura rien de pareil ? Que les saints ont eu bien d'autres sentiments de cette privation de Dieu ! Sainte Catherine de Gênes, si éclairée sur l'état des âmes après la mort, ne regarde les feux terribles de l'enfer et du purgatoire que comme un rafraîchissement, que comme un pur rien, en comparaison de ces amertumes insupportables, de ces douleurs cuisantes, de ces flammes intérieures et dévorantes, dont l'âme des pécheurs est pénétrée et tourmentée par la seule privation de Dieu.

Et il ne faut pas s'imaginer que ces peines, qui reviennent de la privation de Dieu, soient égales dans tous les damnés. Il est vrai que la privation est égale ; mais la peine de la privation est plus ou moins

janv. 1C88] DE BOSSUET. /j8l

conséquent il peut tirer du pécheur même une entière et parfaite satisfaction. Donc le recours à la satisfaction de Jésus-Christ n'est pas nécessaire, et toute la machine est en pièces.

grande, à proportion des divers degrés d'éloignement de Dieu renfermés dans le péché. Et c'est apparemment à quoi l'illustre prélat ne prend pas garde, lorsqu'il m'objecte si souvent que si l'énormité du péché se mesurait par la dignité de la personne offensée, tous les péchés seraient égaux.

\Dom Lamy, remarque Detbris, pour pouvoir raisonner à son aise, prête ici à M. Bossuet des sentiments bien opposés à ceux qu'il soutient, puisque plus la privation de Dieu sera une peine grande, douloureuse, insupportable, plus la justice de Dieu tirera du pécheur une satisfaction pleine et entière, sans avoir besoin de chercher un supplément dans celle de Jésus-Christ.]

Mais enfin, pour trancher en deux mots toute cette contestation, je me sers d'un dilemne que je puis opposer comme une démonstration à la prétendue démonstration de l'illustre prélat.

Ou la privation de Dieu, dont on punit le pécheur, est pénible et douloureuse à ce pécheur, ou non : si elle ne lui est pas douloureuse, quelle espèce de punition est celle qui ne cause nulle peine et nulle douleur ? et quelle apparence que l'ordre puisse être satisfait, si un homme qui par son péché mérite une peine infinie, ne souffre nulle peine ?

Mais, dira-t-on, s'il ne souffre nulle peine, du moins est-il privé d'un grand bien. D'accord ; mais c'est un bien qu'il a si fort négligé, qu'il s'en est privé volontairement ; c'est un bien dont il y a mille gens assez brutaux pour vouloir se passer pendant toute l'éternité, pourvu qu'ils puissent jouir des misérables créatures. Etrange punition que celle qui ne consiste qu'à priver les hommes d'un bien qu'ils ont été assez brutaux pour mépriser, et dont ils se sont fait un plaisir de s'éloigner ! Plaisante satisfaction que celle qui n'offre et qui ne sacrifie que ce dont on a bien voulu se passer! Un homme ne serait-il pas bien puni, qui, plein d'aversion pour son prince, après avoir refusé avec insulte sa bienveillance et ses faveurs, et s'être retiré de la Cour avec mépris, ne serait châtié que par une lettre de cachet qui lui défendrait simplement de paraître jamais devant le Roi ?

Mais, dira-t-on encore, cette privation de Dieu à une âme séparée du corps, lui sera bien autrement pénible et douloureuse qu'elle n'est en cette vie ; et c'est en cela que consiste leur punition. \ oilà donc où il en faut venir: il faut convenir que cette privation est pénible et douloureuse aux damnés, et qu'elle n'est même punition qu'autant

III — 3i

482 CORRESPONDANCE [janv. 1688

Qu'ainsi ne soit36, je le démontre ex concessis. L'auteur accorde dans sa lettre que sa proposition ni sa démonstration ne comprend pas le démon 37 ; or est-il que le péché du démon n'est pas moins infini que celui de l'homme, et il n'est pas plus infiniment puni que celui de l'homme 38 : par consé-

qu'elle est pénible : car assurément, qu'on en dise ce qu'on voudra, une privation dont on ne ressent nulle peine, n'est pas une punition-

Cela donc supposé comme la première partie de notre dilemme, voici de quelle manière je raisonne.

L'ordre demande que la punition soit proportionnée à l'énormité de l'offense ; or le péché est d'une énormité infinie du côté qu'il regarde Dieu, ainsi que le reconnaît l'illustre prélat : donc l'ordre demande que la peine qui revient au pécheur, de la privation de Dieu, soit infinie. Mais le pécheur n'est pas capable d'une peine infinie, comme je le suppose ; il ne sera donc jamais puni autant qu'il le mérite, ni selon toute l'énormité de son péché ; il ne peut donc par lui-même faire à Dieu une entière satisfaction ; Dieu ne peut donc tirer une pleine satisfaction pour le péché, si Jésus-Christ ne s'en mêle ; et par conséquent il est faux que le recours à la satisfaction de Jésus-Christ ne soit pas nécessaire, et il faut avouer qu'il l'est d'autant plus en cette rencontre, que si les damnés ne sont pas punis selon toute la capacité qu'ils ont de souffrir, ce ne peut être que parce que Dieu trouve en Jésus-Christ une pleine et entière satisfaction. Ainsi toute la Démonstration, avec la permission de l'illustre prélat, subsiste mieux que jamais.

36. [Qu'ainsi ne soit, qu'il en soit ainsi que je le dis. Locution archaïque assez souvent employée par Bossuet, et qu'on peut expliquer seulement par une forte ellipse : Et pour qu'on ne dise pas qu'ainsi ne soit, qu'il n'en soit ainsi. Vaugelas donne cette locution comme exemple de la puissance de l'usage, qui va jusqu'à attribuer aux mots un sens contraire à leur signification propre (Remarques, édit. Chassang, Versailles et Paris, 1880, 2 vol. in-8, t. II, p. 33g et 34o.]

37. L'auteur dit seulement que, dans la proposition de question, il n'a voulu parler que des hommes damnés ; mais cela n'empêche pas que sa démonstration ne puisse prouver quelque chose de plus. Un homme qui entreprend de prouver qu'on lui doit dix louis, ne sera point trompé si sa preuve va à lui en assurer vingt.

38. Il y aurait quelque chose à redire à la forme de cet argument, si l'on voulait chicaner; mais rien n'est plus éloigné de mon esprit. Je m'arrête seulement à cette seconde partie de la mineure, dans la-

janv. 1688] DE BOSSUET. 433

quent, de deux choses l'une, ou Dieu ne reçoit aucune satisfaction suffisante pour le péché du démon, et tous les principes de l'auteur s'en vont en fumée; ou il est vrai que Dieu peut tirer une satisfaction suffisante du pécheur même, sans aucun rapport à Jésus-Christ ; et la démonstration tombe encore.

L'auteur n'a maintenant qu'à considérer d'où vient qu'il n'a osé comprendre le démon dans sa proposition. C'est qu'il a vu qu'en l'y comprenant, il faudrait dire que Jésus-Christ est le sauveur du diable et de ses anges, et qu'il satisfait pour eux 39 ;

quelle on dit « que le péché du démon n'est pas plus infiniment que celui de l'homme » ; car il est vrai qu'il Ve vZ pas Z ' £ ».«, paPee ni ,,(in „ ^ ne ^ .^ « P « p£ ■- ni

le démon n'étant pas capables d'une peine infinie

Ma.s premièrement, ne pourrait-on point soutenir que le démon est

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té de souffrir? C en serait assez pour faire voir que la Démonstr.t on n est pas auss, concluante pour les démons comme pour Te h mme damnés, contre ce que l'illustre prélat a prétend' au JZ£

Secondement, je veux néanmoins que le démon ne soit nas l

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434 CORRESPONDANCE [janv. 1688

or cette doctrine lui a fait trop de peine. Il doit donc détruire lui-même sa démonstration qui le mène là. Et certainement, si Jésus-Christ avait offert pour les démons sa satisfaction infinie, il faudrait qu'ils pussent être sauvés : car la satisfaction se fait à celui à qui on doit, à la décharge du débiteur. Tout ce donc qu'on supposerait que Jésus-Christ aurait payé pour les démons, devrait être à leur décharge ; et s'il avait payé jusqu'à l'infini, ils pourraient être déchargés jusqu'à l'infini, et par conséquent être sauvés ; ce qui étant une erreur manifeste, toute proposition où celle-là est renfermée est digne de

censure

dire • ie ne voudrais pas dire, sans quelque adoucissement, que ce soit 'pour l'amour de Jésus-Christ que Dieu punisse les démons audessous de leurs mérites, ni que les démons doivent cet ^u-emen aux mérites infinis de Jésus-Christ; ma1S seulement que Jésus-Chnst

"Tsatisfait à la justice divine dans la seule vue des intérêts de son Père, et saus nulle bonne volonté pour les démons Dieu pleinement sat s ait prend occasion de la satisfaction infime de Jésus-Chnst,

: mêler 'quelque adoucissement dans les peines des démon, a peu près comme j'ai dit des hommes damnés sur la fin de la Démonst.a

tion.

Et par là, secondement, l'on voit que je surs bien é b.gné de dire « que Jésus-Christ soit le sauveur des démons, et qu'il art sa tiefint poreux », puisque je soutiens qu'il n'a eu nulle bonne volonté pour eux S'il n'y e donc que cela qui me fasse de la peine, ou qui ^oblige à détruire ma Démonstration, je n'ai qu'à demeurer transie, et qu'à penser à édifier de pareilles démonstrations plutôt qu a

leS/oétC'eset à l'illustre prélat à se sauver et de cette erreur et de sa censure puisque assurément si cette erreur est renfermée dans que - „ W dépositions ou des miennes, il est facile e ^j„ ^ parallèle que l'en viens de faire, que c'est beaucoup plutôt dans sTeut Car enfin je ne dis point que '*^**Z££ démons sa satisfaction infinie: je nie même dans la Démonstration, S l'ait offerte pour les hommes damnés ; et je du seulement comme on l'a vu plus haut, que « Jésus-Chnst ayant satisfcut à la

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Je conclus que la doctrine de la quatrième, cinquième, sixième et septième proposition, avec celle des deux corollaires, ne peuvent pas êtres reçues dans la saine théologie 41.

Je ne trouve pas moins d'absurdité dans la huitième proposition, que voici : Dieu ne peut retrouver qu'en Jésus-Christ et dans ses satisfactions, ce qui manque à la satisfaction des damnés. Je dis que cette proposition est insoutenable dans le dessein de l'auteur : car encore qu'il ait trouvé à propos de nous le cacher par sa prudence, on voit bien qu'il en veut venir à la nécessité absolue de l'Incarnation42, pour suppléer à l'impossibilité où Dieu serait sans cela de satisfaire à sa justice. Or cette doctrine est insoutenable, puisqu'elle suppose qu'il était absolument impossible que Dieu laissât tous les hommes

justice divine dans la seule vue des intérêts de son Père et sans nulle bonne volonté pour les démons, Dieu, pleinement satisfait, en prend occasion de modérer leurs peines ». Si c'est là sauver les démons et rendre Jésus-Christ leur sauveur, sûrement l'illustre prélat peut se tenir certain qu'il a fait ce grand mal beaucoup plus formellement que moi.

4i. S'il n'y a que ce que l'illustre prélat m'a objecté jusqu'ici qui s'oppose à cette réception, il me permettra, après tout ce que je lui ai répondu, de conclure que ces propositions doivent être reçues dans la saine théologie.

42. Assurément l'illustre prélat voit plus clair dans mon cœur que je n'y vois moi-même ; car j'avoue que je n'y avais nullement aperçu ce dessein en aucun endroit de la Démonstration.

Mais enfin je veux que mon dessein ait été d'établir également la nécessité des satisfactions de Jésus-Christ et la nécessité de l'Incarnation. Ces propositions sont-elles absurdes et insoutenables ? Oui, diton, parce qu'il s'ensuit qu'il était absolument impossible que Dieu laissât tous les bommes dans la masse d'Adam. Mais je nie absolument cette conséquence. Il est aisé de faire voir qu'elle n'a nulle liaison avec les propositions dont on la tire. Il y a une fort grande diffé-

486 CORRESPONDANCE [janv. 1688

dans la masse d'Adam"; ce qui est combattu par saint Augustin et par toute la tradition.

Savoir maintenant si Ion peut dire que la satisfaction de Jésus-Christ apporte quelque soulagement aux damnés et même aux démons; je crois qu'on le peut résoudre par une opinion très commune dans l'Ecole. On y dit que Dieu récompense au-dessus, et punit au-dessous des mérites ; on apporte pour le prouver ce texte du psaume : Cum iratus fueris, misericordise recordaberis (Habac, m, 2), et quelques autres.

Je ne vois pas, dans cette opinion, qu'il soit mal de dire que les damnés doivent cet adoucissement aux mérites infinis de Jésus-Christ, auxquels Dieu a plus d'égard que ne méritait leur ingratitude ; et si l'auteur n'eût voulu dire que cela, j'aurais peutêtre laissé passer sa proposition " avec quelques adoucissements dans les termes. Mais si c'était là ce

rence entre satisfaire à Dieu pour les péchés des hommes, et vouloir que cette satisfaction soit favorable aux hommes. Les magistrats d'une ville peuvent fort bien satisfaire au Roi pour la révolte de quelques séditieux, sans prétendre parla les exempter du supplice. Ainsi Jésus- Christ a pu satisfaire à son Père pour le péché des hommes, sans prétendre par là les délivrer de la punition, ni les tirer de la masse de perdition. Et l'on voit assez souvent que, lorsqu'il est arrivé quelque profanation au Saint-Sacrement de nos autels, l'on fait à la justice divine toutes les réparations et toutes les satisfactions dont on est capable, sans prétendre par là décharger les criminels des peines qu'ils ont encourues par cette profanation.

43. [La masse d'Adam, et plus loin, la masse de perdition. « Una erat massa perditionis ex Adam », dit S. Augustin (Sermo xxvn, i3) faisant allusion à l'épître aux Romains, ix, 21, et il ajoute : « sunt vasa inde in honorem (pour la gloire éternelle) ex eadem massa ».]

Ixk. Laissez-la donc passer, Monseigneur; car assurément je n'en ai de mes jours tant prétendu.

janv. 1688] DE BOSSUET. 487

qu'il voulait dire, il n'aurait pas fallu nous parler de l'indispensable besoin d'une satisfaction infinie t3, puisque, cet adoucissement de la divine miséricorde envers les damnés n'allant nullement à ôter ce qu'il y a d'infini dans leurs peines v\ une infinie satisfaction n'y était pas nécessaire.

On voit donc bien où l'auteur en voulait venir: c'était à la prétendue démonstration de la nécessité de 1 Incarnation ", pour procurer à la justice de Dieu une satisfaction dont il n'était pas possible qu'elle se passât. Et c'est là que je trouve trois erreurs 48 : la première, que Dieu ne puisse pas laisser les hommes dans la masse de perdition 49 ; la seconde, qu'il ait besoin de la satisfaction infinie de Jésus- Christ pour les damnés, sans qu'on en puisse excepter les démons 50, en sorte qu'il ne pût pas ne

45. C'était une nécessité d'en parler pour soutenir les intérêts de l'ordre et de la justice: car Dieu les aimant invinciblement, comme on l'a démontré, il ne peut pas abandonner leurs intérêts ; et ce principe, au reste, établit incomparablement mieux que celui que l'illustre prélat a emprunté de l'Ecole, l'indulgence qui revient aux damnés des mérites de Jésus-Cbrist.

46. Ce n'est nullement pour diminuer les peines des damnés, ni pour en ôter ce qu'il y a d'infini, puisqu'on ne les croit pas infinies, qu'on admet la nécessité de la satisfaction infinie de Jésus-Christ : c'est uniquement pour satisfaire à l'ordre et à la justice divine. Il faut voir ce qu'on a dit, dans la 3ie remarque sur cette prétendue infinité de peines.

ti"r J'ai déjà dit que ce n'était point là mon dessein. Mais enfin je veux que ce le soit : est-il si criminel ?

48. Oui, dit l'illustre prélat : « C'est là que je trouve trois erreurs. » C'est être bien libéral d'erreurs; mais encore voyons donc quelles elles sont.

4g. Mais j'ai fait voir, dans la [42e] remarque, que cette proposition n'est nullement comprise dans la nécessité de l'Incarnation.

5o. Est-il possible qu'on ne veuille pas voir qu'il y a une extrême

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pas satisfaire infiniment pour ceux à qui positivement il ne voulait pas appliquer sa satisfaction infinie ; et la troisième, où l'on veut venir par les deux autres, que, supposé le péché ou des démons ou des hommes, Dieu soit autant nécessité d'incarner son Fils51 que de s'aimer lui-même : en sorte que l'œuvre de la plus grande miséricorde et de l'amour le plus gratuit, soit en même temps l'œuvre de la plus grande et de la plus inévitable nécessité.

différence entre satisfaire pour la faute d'un criminel et satisfaire en faveur et à la décharge du criminel, entre satisfaire pour l'amour de la personne offensée et satisfaire pour l'amour du coupable, entre offriv à Dieu une satisfaction par un pur zèle de la justice et vouloir que cette satisfaction soit encore favorable aux criminels ? Cette différence saute aux yeux ; et il est, ce me semble, très aisé à comprendre qu'il se peut très bien faire que Dieu ait besoin de la satisfaction infinie de Jésus-Christ pour les péchés des damnés, sans que pour cela on puisse dire que Jésus-Christ ait satisfait en leur faveur, et sans qu'il ait eu nulle bonne volonté pour eux.

[Note de Deforis : Mais D. Lamy n'aperçoit pas lui-même quelle contradiction il y a à soutenir que Jésus-Christ ait réellement satisfait pour les péchés des damnés, qu'il ait acquitté leur dette envers Dieu et qu'ils restent encore éternellement redevables à sa justice. Et quelle espèce de satisfaction Jésus-Christ aura-t-il donc offerte, si Dieu n'est jamais satisfait ? Comment a-t-il réparé l'outrage que les damnés ont fait à la majesté divine, puisqu'elle ne cesse de le venger éternellement par des peines infinies dans leur nature et dans leur durée ?].

5i. Mais ce n'est pas là une troisième erreur comprise dans la proposition : ce n'est que la proposition même en question. Voici néanmoins quelque chose de différent qu'on y oppose. C'est, dit l'illustre prélat, qu'à ce compte il faudra que « l'œuvre de la plus grande miséricorde et de l'amour le plus gratuit soit en même temps l'œuvre de la plus grande et de la plus inévitable nécessité. »

Mais ce qu'on regarde là comme une contradiction, loin d'être une erreur, est ce qui fait une partie de la grandeur du mystère; en voici le dénouement. Le mystère de l'Incarnation, regardé par rapport à Dieu, est, dans cette supposition, d'une inévitable nécessité, parce que la justice, la loi éternelle, l'ordre inviolable le demandent ; mais il est en même temps l'œuvre de la plus grande miséricorde et de l'amour

janv. 1688] DE BOSSUET. 48g

Je condamne hardiment ces trois propositions °2 comme inouïes dans l'Eglise, et comme contraires à la tradition et à la théologie de nos pères.

Quand l'auteur se voudra réduire à soutenir seulement que Dieu, pour l'amour de Jésus-Christ, punit les damnés, et même, si 1 on veut, les démons, au-dessous de leurs mérites53, selon mes lumières présentes je ne m'y opposerai pas. Mais j'espère aussi qu'il voudra bien corriger cette proposition, que les satisfactions de Jésus-Christ soient un supplément de celle des damnés ; car ce terme de supplément est dur et odieux, pour deux raisons : l'une, à cause que c'est mal parler de la satisfaction de Jésus- Christ, qui pourrait acquitter la dette entière, de la faire considérer comme un supplément; l'autre est, mon Révérend Père, que, quoi que vous puissiez dire, ce qui est regardé comme un supplément ne fait qu'un seul et même paiement total avec la somme, dont il supplée le défaut. Avec ces deux correctifs, j'accorde sur ce sujet tout ce qu'il vous plaira54.

le plus gratuit, parce que Dieu a bien voulu que les hommes y eussent part, et que Jésus-Christ a bien voulu répandre son sang pour retirer de la damnation de misérables et d'indignes pécheurs, pouvant justement les y laisser.

5a. On espère que l'illustre prélat voudra bien lever ces censures, lorsqu'il se sera donné la peine de lire nos éclaircissements.

53. Je vous ai déjà dit, Monseigneur, que bien loin d'avoir peine à me réduire à cette proposition, je n'en demande pas tant, et que toute ma peine, en m'y réduisant, serait d'en dire peut-être trop et toujours plus que je ne voudrais.

54. Nous voilà donc, Monseigneur, parfaitement d'accord sur cette proposition, qui semblait d'abord m'éloigner de Votre Grandeur par de si prodigieux espaces. Car assurément le mot de supplément ne me tient nullement au cœur : et quoique, après les explications que je lui

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Mais si je devine bien, vous ne vous soucierez guère en cela de ma complaisance, puisque vous n'y trouverez pas votre Incarnation démontrée, qui est le but où vous tendez avec votre ami, et où je puis bien vous assurer que vous ne ferez jamais venir les orthodoxes 5\

Que si vous me demandez maintenant d'où vient donc que Dieu a pris cette voie de la satisfaction de Jésus-Christ ; quand je dirai que je n'en sais rien, et que j'aime mieux demeurer court sur cette demande que d'y chercher des réponses contraires à l'analogie de la foi56, il faudra en demeurer là. Je crois néanmoins pouvoir trouver dans les Ecritures et dans la doctrine des saints un dénouement plus

ai données dans la Démonstration et dans la lettre qui l'accompagnait, il ne doive faire nulle difficulté, néanmoins je vous l'abandonne, n'étant nullement d'humeur à disputer d'un mot.

55. Je me suis déjà expliqué là-dessus ; et assurément les orthodoxes ne devraient avoir nulle peine à se rendre à un sentiment qui paraît si avantageux à la religion, et d'une si grande force contre les libertins et les sociniens.

56. Est-il possible qu'il faille regarder comme contraire à l'analogie de la foi, de dire qu'il n'y a eu qu'un Homme-Dieu qui ait pu satisfaire en rigueur à la justice divine et nous réconcilier avec Dieu? Et n'est-ce pas ce que saint Paul insinue en tant d'endroits de son Epître aux Hébreux, et ce qu'il marque surtout par ces paroles : Talis enim decebat ut nobis esset Pontifex, sanctus, innocens, impollutas, segregatus a peccatoribus, et excelsior cœlis factus, etc. ? (Hebr., vu, 26.)

Le malentendu de tout cela, c'est que, dans l'Incarnation, on ne veut songer qu'à l'intérêt de l'homme, et point du tout aux intérêts de Dieu, ni de sa justice. Si cependant on voulait examiner les saintes Ecritures sous ces deux regards, on trouverait que, quelque soin qu'elles aient eu de nous rendre l'Incarnation aimable du côté de notre intérêt, elles n'en ont pas moins eu de nous la rendre vénérable du côté de la gloire de Dieu et de l'intérêt de sa justice. Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonse voluntatis : voilà les deux fins de

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solide et plus simple de toutes les questions de la satisfaction de Jésus-Christ. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit, et je ne veux pas m'engager dans cette matière : tout ce que j'en puis dire en trois mots, c'est que quiconque croira trouver dans les satisfactions de Jésus-Christ les règles d'une justice étroite, demeurera court en deux endroits essentiels : l'un, quand il faudra expliquer comment Jésus-Christ a satisfait à la seconde Personne de la Trinité57, c'està-dire à lui-même ; et l'autre, comment on sauve la justice étroite dans une satisfaction où ce n'est point le coupable même qui est puni en sa personne 68.

l'Incarnation nettement marquées par les anges qui eurent ordre d'en porter la nouvelle aux hommes : premièrement, la réparation de la gloire de Dieu avant toutes choses, Gloria Deo ; et puis la réconciliation des hommes, Pax hominibus.

[L'analogie de la foi, l'harmonie des vérités de la foi, qui permet de reconnaître ce qui est du domaine de la foi ou lui est étranger.]

57. On ne voit pas qu'il y ait là une fort grande difficulté, ni que rien de cela empêche que la satisfaction de Jésus-Christ ne soit parfaitement étroite. Car premièrement, comme le péché est opposé à la sainteté de Dieu et à l'ordre, qui, comme nous l'avons dit dans la Démonstration, consiste dans les rapports qui se trouvent entre les perfections comprises dans l'essence divine, il est visible que le péché regarde Dieu comme Dieu, et non pas comme Trinité, et qu'ainsi il suffit que la satisfaction regarde Dieu selon ce qu'il a d'absolu, et non pas selon ce qu'il a de relatif, sans qu'il soit besoin que la seconde Personne se satisfasse à elle-même comme Personne. Secondement, on ne peut pas imaginer une plus étroite justice que celle où l'on paie un prix infini, et que celle où c'est un Dieu qui satisfait.

58. Mais, dit-on, ce n'est pas le coupable même. Non, Dieu a jugé à propos de l'épargner dans la vue de son grand dessein : mais c'est une Personne divine, chargée de toutes les livrées du coupable, c'està-dire revêtue de sa nature, de ses faiblesses, de ses infirmités et enfin de tout ce qui lui appartient, le péché excepté. Peut-il y avoir une plus terrible justice?

On peut encore ajouter que Jésus-Christ a satisfait à la seconde Personne de la Trinité, c'est-à-dire à lui-même. Il est vrai qu'on ne con-

492 CORRESPONDANCE [janv. 1688

46 1. — Dom François Lamy a Bossuet.

[Janvier 1688.] Monseigneur,

J'ai reçu, avec la réponse que Votre Grandeur a bien voulu faire à la Démonstration1, des marques singulières de ses bontés pour moi 2. J'ai eu besoin d'être aussi sensible que je le suis à celles-ci, pour trouver quelque adoucissement dans vos censures. J'en ai néamoins trouvé à penser que vous me preniez pour un autre, et que je n'ai point les sentiments que vous censurez. Et une marque de cela, c'est que, laissant à part tout ce qui s'est dit jusqu'ici, je consens le plus agréablement

ooit pas qu'une personne qui ne subsiste qu'en une nature et qui ne termine qu'une nature, puisse se satisfaire à soi-même. Mais si elle subsiste en deux natures, et qu'elle termine deux natures, comme la Personne du Verbe termine la nature divine et la nature humaine, il est aisé de concevoir que cette adorable Personne, en tant que terminant la nature humaine, se satisfasse à soi-même en tant que terminant la nature divine.

Il ne faut pas une plus grande distinction pour une satisfaction étroite que pour une vraie obéissance. Or Jésus-Christ, quoique vraiment Dieu, a véritablement obéi à Dieu, et conséquemment à soi-même : il a donc pu aussi se faire satisfaction à soi-même.

[N. B. Outre les objections que nous rejetons en appendice, parce qu'elles ne sont pas de Bossuet, le manuscrit de D. Lamy, au témoignage de D. Tassin (op. cit., p. 365), contenait encore une « analyse du traité de saint Anselme Cur Deus homo, où il prouve la nécessité absolue de l'Incarnation, supposé le péché », et une preuve par saint Augustin de la nécessité d'un ordre essentiel, éternel et immuable. On sait que les Scotistes soutiennent que l'Incarnation aurait eu lieu même sans le péché (Scotus, in III, dist. 7, q. 3. et dist. g, q. unica. Cf. Suarez, disput. V ; saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu.]

Lettre 461. — Cette lettre sans date se place entre celles de Bossuet du 7 et du 36 janvier 1688.

1. C'est la pièce intitulée : Sentiment de Bossuet, qu'on a vue, p. 46g.

2. Les offres que lui a faites Bossuet dans la lettre du 7 janvier.

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du monde à m'en tenir à ce que vous me faites l'honneur de m'offrir sur la fin ; c'est-à-dire « à soutenir seulement que la satisfaction de Jésus-Christ apporte quelque soulagement aux damnés, et même aux démons; et que Dieu, pour l'amour de Jésus-Christ, punit les damnés, et même les démons, audessous de leurs mérites ; et qu'ils doivent cet adoucissement aux mérites infinis de Jésus-Christ, auxquels Dieu a plus d'égard que ne mérite leur ingratitude3. » En voilà, Monseigneur, plus qu'il ne m'en faut, et plus que je n'en voulais. Avec cela, j'abandonne le mot de supplément dans tous les sens que vous désapprouvez, et qui aussi bien ne m'étaient jamais venus dans l'esprit; et je n'en veux jamais ouïr parler, très persuadé surtout de cette maxime de saint Augustin, que « dès qu'on est d'accord sur les choses, il est inutile de disputer sur les mots : » Lbi de re constat, superflua est de verbo contentio^.

A l'égard des offres obligeantes que "Votre Grandeur veut bien me faire, je vous supplie très humblement d'être bien persuadé que je les reçois avec tout le respect et le ressentiment que je dois. J'avais mis la Réfutation de Spinoza au nombre des vieux registres qu'on ne veut plus regarder. Si néanmoins, Monseigneur, vous la jugez utile à la religion, vous en êtes le maître, comme de tout ce qui est à ma disposition ; et vous pouvez mieux que personne lever l'obstacle qui Fa jusqu'ici retenue, c'est-à-dire, ou délivrer M. Pirot 3 d'un fort léger scrupule0, ou faire passer la Réfutation par

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