Maurice Le Tellier a Bossuet
Votre lettre de Coulommiers ', du 24, me fut rendue hier, mon cher Seigneur. Je suis bien aise de ce que vous êtes content de la lettre que j'ai écrite au Théologal 2 de Paris. J'ai trouvé ici par hasard un livre de prières, dont je vous envoie le titre3, dans lequel les oraisons de pace, du XIIIe dimanche et du XXIIe d'après la Pentecôte, sont traduites dans les mêmes termes qui sont censurés 4 dans la Sentence, comme ex-
3. Louis XIV venait de fonder (mars 1688) le Collège Mazarin. Sans doute, Bossuet avait recommandé Varignon au ministre pour la chaire de mathématiques, dont le savant abbé fut, en effet, le premier titulaire.
Lettre 461. — 1. Bossuet était en visite pastorale à Coulommiers, en compagnie de Fleury et de Phelipeaux (Revue Bossuet, a5 janvier iqoi, p. 27). Qu'est devenue cette lettre du 24 avril, dans laquelle Bossuet blâmait, comme on va le voir, la condamnation de la version française du bréviaire? C'était sans doute celle dont on trouve à la fin d'une lettre d'Arnauld à du Vaucel, du i3 août 1688 le court extrait que voici.
Extrait d'une lettre de M. de Meaux à M. l'Archevêque de Reims: « Ce serait à eux (il/. l'Archevêque de Paris et le sieur Chérori) de répondre au sieur Jurieu ; ou plutôt, on devrait leur imposer silence touchant une matière où ils n'ont écrit que pour scandaliser l'Eglise. » (Dans les Œuvres d'Arnauld, éd. de Lausanne, t. III, p. 120. Cf. t. VIII, p. ix.)
2. L'archevêque de Reims écrivit sur le même sujet deux lettres à Courcier, théologal de Paris, le 21 et le 28 avril 1688; elles se trouvent dans les Œuvres d'Arnauld, éd. de Lausanne, t. VIII, p. vu.
3. Prières chrétiennes, selon l'esprit de l'Eglise, pour servir d'instruction aux Nouveaux Catholiques sur les devoirs ordinaires de la religion, recueillies, imprimées et augmentées par l'ordre de M. l'Archevêque de Paris, seconde édition. A Paris, chez François Muguet, 1686, avec approbation et privilège de Sa Majesté. (Note de Deforis.)
4- M. Chéron, officiai de Paris, avait, le 10 avril 1688, condamné
traits de la traduction du Bréviaire. Je vous répète encore que j'ai ce livre entre les mains, que je l'ai lu plus d'une fois, et que les traductions des oraisons, dans ce livre et dans le bréviaire censuré, sont pareilles mot à mot. 11 faut, en vérité, que M. de Paris ait l'esprit de vertige. Ne pourrait-on pas bien lui appliquer ce passage de saint Paul aux Galates : « Je me convaincs moi-même d'être un prévaricateur, si je rétablis de nouveau ce que j'ai une fois détruit. » Si enim qu?e destruxi iterum hœc sedificabo, prœvaricatorem me constitue»'6.
Tout à vous, mon très cber Seigneur, et de tout mon cœur.
L'Archevêque duc de Reims.
De Reims, ce lundi 26 avril 1688.
Voilà un livre 5 curieux ; je vous prie de le lire et de m'en mander votre avis : c'est celui pour lequel on a tant fait de bruit à Marseille. Je ne m'étonne pas que les Jésuites aient fait tout leur possible pour le supprimer, car il peint bien l'esprit de leur Compagnie et il allègue des faits constants. Je joins à ce livre deux petites lettres 1 qui sont de M. Arnauld ; il promet à la fin de la seconde une réponse complète.
la traduction du Bréviaire romain publiée par M. LeTourneux. Deforis renvoie sur toute cette affaire à la Défense des versions en langue vulgaire et en particulier de la nouvelle traduction du Bréviaire, par Ant. Arnauld. Cologne, 1688, in-8 (dans ses Œuvres, t. VIII). Cf. Sainte- Beuve, Port-Royal, t. V, p. 228 etsuiv.