Louvois a Bossuet
A Versailles, 19 avril 1688.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12e de ce mois en faveur de Philippe Lemaire, archer de la Maréchaussée deMeaux1. Le Roi a bien voulu oublier sa faute et a trouvé bon de le rétablir. Je vous adresse l'ordre de Sa Majesté nécessaire pour cet effet.
Je me ferai informer de la capacité de M. de Varignon2, et
Lettre 466. — Inédite. Archives du Ministère de la Guerre, t. 8o3, p. 3 18. Minute.
1. Philippe Lemaire devait appartenir à la même famille que Jean Lemaire, prévôt des Maréchaux de Brie, dont on relève la trace, de 1681 à 1693. En particulier, on voit Jean Lemaire haranguer Bossuet à Claye, le 7 février 1682, lorsque le prélat fit son entrée dans sa ville épiscopale. (Recueil de Rochard, dans la Revue Bossuet du 25 juillet igo4, p. i5a.)
2. L'abbé Pierre Varignon, l'un des plus grands géomètres de son temps. Il était né en i654 à Caen. Après avoir fait dans cette ville un cours de philosophie sous le célèbre Cally, il vint à Paris en 1686, et suivit au collège du Plessis les leçons de Mallemans. Il fut l'ami de l'abbé de Saint-Pierre, de l'abbé de Vertot, de Fontenelle, de du Verney et d'autres savants. Dès l'année 1687, il publia un Projet d'une nouvelle mécanique, avec un examen de l'opinion de M. Borelli sur les propriétés des poids suspendus par des poulies. En 1688, il entra à l'Académie des sciences : les Mémoires de cette Compagnie contiennent un grand nombre de travaux de Varignon. On lui doit une remarquable Démonstration de la possibilité de la présence réelle, insérée dans les Pièces fugitives sur l'Eucharistie, Genève, 1730, in-8 (Cf. Bibl. Nationale, latin 10278, f° 434 et suiv.). En 1704, Varignon fut nommé professeur de philosophie au Collège royal. Il mourut le 2 2 décembre 1722. Son frère, Jacques Varignon était entrepreneur des bâtiments du Roi (Voir Fontenelle, Eloges ; Niceron, t. XI et XX ; Goujet, Mémoires sur le Collège royal, Paris, 1758, 3 vol. in-12, t. Il, p. 3o3).
5o6 CORRESPONDANCE [avr. 1688
je vous supplie de croire qu'en votre considération, je lui ferai tout le plaisir que je pourrai3. Je suis...