Voir la lettre de Condé à Bossuet, du l3 octobre, p
7. C'est donc à tort que la Gazette du 21 octobre i684 fixe au 8 la mort de Cordemoy.
LETTRES D'ANTOINE BOSSUET 53g
Je ferai tenir à mon frère la lettre que V. A. S. lui fait l'honneur de lui écrire8.
Il a plu, Monseigneur, à Monseigneur le Duc9 de nous faire espérer à l'occasion de la mort de M. Basin 10, la continuation des mêmes bienfaits que V. A. S. nous avait accordés. J'en suis pénétré de reconnaissance, et serai toute ma vie avec une fidélité inviolable, de V. A. S., Monseigneur, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,
Bossuet.
Samedi, i!\ octobre i684, à minuit.
[Paris, du \l\ au 19 octobre i684]
Monseigneur, Le mauvais état de la maladie de M. de Cordemoy, dont j'eus l'honneur de rendre compte à V. A. S., eut bientôt après la suite funeste que V. A. a su. Je n'osai lui en rien dire davantage ; et je me contentai de prier M. de La Bruyère11 de la lui faire savoir. Le défunt laisse cinq fils12, parmi les-
8" C'est la lettre du i3 octobre, p. 28.
g. Henri Jules de Bourbon, duc d'Enghien, fils du grand Condé.
10. Claude Bazin de Bezons, mort le 20 mars 16814, conseiller d'État après avoir été intendant de Soissons et du Languedoc. Il appartenait à l'Académie française depuis i643. En 1678, il avait rendu hommage au prince de Condé pour sa terre de Bezons.
11. La Bruyère, l'illustre auteur des Caractères, chargé d'enseigner l'histoire au petit-fils de Condé, vivait dans la familiarité du prince.
12. De ces cinq fils, quatre nous sont connus avec certitude. Outre Louis Géraud de Cordemoy, abbé de Féniers, alors du diocèse de Clermont, ce sont : l'abbé Jacques de Cordemoy de Narcé ; Joseph de Cordemoy, seigneur des Tournelles et de l'Epine-au-Bois, marié en 1690 à Catherine Moreau ; Adrien de Cordemoy, seigneur de La Saudaye, époux de Marie Grouard (celle-ci, en 171 1, était veuve et habitait Loudun). De plus, Ledieu (t. III, p. 433, 27 août 1706) mentionne M. de Cordemoy, prieur de Saint-Nicolas, près de La Ferté-sous-Jouarre, qui pourrait bien être le cinquième fils du lecteur du Dauphin. Il figure dans les registres paroissiaux de La Ferté-sous-
54o APPENDICE I
quels il y en a qui seront capables de continuer son ouvrage13, au jugement de feu M. d'Ormesson 14 et de M. de Fleury15. Je rends très humbles grâces à Votre Altesse Sérénissime, Monseigneur, des nouvelles assurances qu'elle a la bonté de me donner de sa protection. Mon frère me mande qu'il va témoigner sa gratitude à V. A. S. et a Monseigneur le Duc, des dernières obligations16 que nous vous avons, et qu'il prendra la liberté de vous présenter mes fils17. Il est temps qu'ils connaissent leurs bienfaiteurs ; et j'ose assurer V. A. S. qu'ils seront, avec la même fidélité et avec le même profond respect que je suis, Monseigneur, de V. A. S. le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,
Bos
Monseigneur, Les extrêmes bontés avec lesquelles V. A. S. continue de
Jouarre sous le nom de Jean-Louis de Cordemoy, prieur-curé de Saint-Nicolas. C'est chez lui que mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le 3i décembre 1713, Nicole de Cordemoy, veuve de Clément Galra des Combes. (Voir Bibliothèque Nationale, Dossiers bleus ; André Lételié, Fénelon en Saintonge, Paris, i885, in-8, p. 3, 19, 21, etc.)
i3. L'Histoire de France. Cf. plus haut, p. 3o.
i^. Le Fèvre d'Ormesson.
i5. L'abbé Claude Fleury.
16. On sait qu'Antoine Bossuet, trésorier receveur général des Etats de Bourgogne en i652, perdit un instant ce poste, qui lui fut rendu en 1662, par la protection de Condé. La même année, ce prince lni fit épouser la fille d'un de ses plus braves compagnons d'armes, Renée Madeleine de Gaureaux du Mont.
17. Louis et Jacques Bénigne Bossuet. Louis Bossuet, né à Dijon le 22 février i663, filleul du grand Condé. D'abord conseiller au Parlement de Metz, il fut nommé en 1699 maître des requêtes à Paris. Il épousa, le 22 février 1700, Marguerite de La Briffe, et mourut en 17^0. Jacques Bénigne Bossuet, né a Dijon le n décembre i66£, fut nommé en 1716 évêque de Troyes. Il mourut en 1 7^3, après avoir résigné son siège. Une Vie de ce prélat a été publiée par M. E. Jovy, Vitry-le-François, 1901, in-8.
LETTRES D'ANTOINE BOSSUET 5£l
marquer l'estime qu'elle avait pour M. de Cordemoy, et la protection dont elle veut bien honorer sa famille, a touché ceux 18 qui sont ici d'une si vive reconnaissance et leur a été d'une si grande consolation, que j'ai cru que V. A. S. voudrait bien encore me permettre de lui en rendre compte. Sitôt que les deux aînés, qui sont l'un19 en Auvergne, l'autre à Lyon, seront de retour, on fera paraître le premier volume de Y Histoire, où il reste peu de chose à faire. Le second suivra d'assez près, et puis l'on verra s'il y aura quelques mesures à prendre pour la suite20.
Je suis bien glorieux, Monseigneur, que mes enfants aient eu l'honneur de paraître devant V. A. S. et qu'ils ne lui aient pas déplu. Mon frère m'écrit les bontés qu'il a plu à V. A. S. de leur témoigner; et surtout il me mande les circonstances des obligations infinies que j'ai à V. A. S. et à Monseigneur le Duc. Quelles grâces très humbles puis-jevous rendre pour un si grand bienfait ? Je ne puis qu'avouer, Monseigneur, que je suis redevable à \os A. A. S. S. de l'établissement de ma famille, et être, comme je serai toute ma vie, avec la fidélité et les soumissions respectueuses que je dois, Monseigneur, de V. A. Sérénissime le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,
Paris, ig octobre 1 684 •