Louvois A Bossuet
A Versailles, le 17 novembre 1688.
Pour satisfaire à ce que je vous ai promis, je vous dirai que j'ai reçu ce matin un mémoire des journées que Monseigneur prétend faire en s'en revenant, sur lequel il est marqué qu'il doit venir coucher de Verdun à Épernay, etd'Épernay à Versailles, dînant à Meaux1. Je suis...
A l'Abbé Renaldot.
A Meaux, 22 décembre 1688.
Si nous faisions bien, à l'Académie, ce serait, Monsieur, des gens comme vous qu'il y faudrait appeler1 ; mais cela se mène d'une manière qu'il n'est
Lettre 485. — Inédite. Archives du Ministère delà Guerre, t. 81 3, p. 16. Minute.
1. Le Dauphin rentra à Versailles le 28 novembre. En passant par Meaux, «. il fut reçu et complimenté par l'évêque, ci-devant son précepteur, qui le traita à dîner avec une extrême magnificence. » (La Gazette du 4 décembre 1688, p. 644; cf. la Revue Bossuet du 25 juillet igo4, p- ï64-)
Lettre 486. — Publiée par Deforis, non à la place exigée par la chronologie, mais à la fin des Lettres diverses, t. X, p. 569.
1. Bossuet semble ici mécontent des derniers choix de l'Académie, et probablement de l'élection de l'abbé Testu de Mauroy, précepteur de Mademoiselle. Ce personnage, nommé le 16 février 1688, n'avait d'autre bagage littéraire qu'un recueil de mauvais vers, et d'autres titres aux suffrages de l'Académie que la faveur de Monsieur. Ce prince avait envoyé officiellement son premier valet de chambre demander à la Compagnie d'élire le précepteur de sa fille. (Registres de l'Académie française, t. I, p. 286.) Boileau avait d'abord mis Mau-
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pas possible de vous en rien dire de si loin. Tout ce que je puis vous assurer, c'est que, si la chose est en son entier à mon arrivée, qui sera avant la fin de l'année2, je serai de tout mon cœur pour vous, et j'attirerai à ce parti ce que je pourrai de mes amis.
Je ne fais que gémir sur l'Angleterre3.
Je suis, Monsieur, à vous de tout mon cœur. J. Bénigne, é. de Meaux.
roy au nombre des poètes ridicules ; mais, dans la suite, ce nom a disparu des Satires VII et IX. La même année, l'Académie avait nommé, à la recommandation du prince de Conti, le secrétaire de ses commandements, Jean de La Chapelle, auteur dramatique. (Ibid., p. 286.)
2. Renaudot fut cependant nommé à la place de Jean Doujat, le lendemain, 23 décembre, et sans que Bossuet eût pu venir voter pour lui. (A. Villien, l'Abbé Eusèbe Renaudot, Paris, igoi, in-18, p. 92 ; Registres de l'Académie, t. I, p. 291 et 292.) Il fut reçu le 7 février 1689, le même jour que Callières, qui succédait à Quinault (Ibid., p. 2g3).
3. Le prince d'Orange, soutenu par les protestants du parti whig, avait débarqué à Torbay le 5 novembre et forcé Jacques II à se replier sur Londres. Dès lors, ce malheureux roi n'avait songé qu'à sauver sa vie, et, dans la nuit même du 22 décembre, ayant fait voile pour la France, il aborda à Ambleteuse.
Lettres d'Antoine Bossuet.
Nous donnons ici plusieurs leltres du frère de Bossuet. La première, adressée à Pierre Taisand ' , a passé pour être de l'évêque de Meaux. Les quatre autres sont adressées au Prince de Condé et sont relatives à la mort de Cordemoy.
i° Lettre d' 'Antoine Bossuet à Pierre Taisand2. Je fus bien fâché, Monsieur, de n'avoir pas été assez dili-
i. Voir t. I, p. 196.
2. Cette lettre a été publiée par E. Miller dans le Correspondant du 10 janvier 1869, comme étant de l'évêque de Meaux. La signature et le contenu indiquent plutôt qu'elle est d'Antoine Bossuet. D'un autre côté, la lettre du 2 juin i684 (plus haut, p. Zj) fait bien voir que l'évêque de Meaux n'était pas à Paris le 28 mai. Enfin, nous avons de Taisand une lettre du 18 mai 1 684 adressée à Antoine Bossuet et à laquelle il semble bien que celle-ci réponde. La voici.
« J'ai lu l'excellente pièce que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, et que M. le Conseiller Poufier a pris la peine de me remettre de votre part et de celle de M. de Meaux. J'y ai remarqué ces grands traits qui distinguent toujours avantageusement l'éloquence de ce prélat incomparable et qui font connaître partout ce génie élevé, fait exprès pour parler avec la majesté et la pompe due à l'histoire des rois et des reines. Je vous ai beaucoup d'obligation, Monsieur, et je vous remercie très humblement de la grâce que vous m'avez faite en me faisant ce beau présent. Je le conserverai pour le revoir de temps en temps avec les autres ouvrages que j'ai de M. votre frère. » (Voir Ch. Urbain, Un cousin de Bossuet, p. 67).
gent pour vous envoyer l'Oraison funèbre de la Reine3 par la voie que vous m'aviez marquée; mais cela est réparé, puisque vous l'avez reçue de ma part 4 et que vous me témoignez en être content. Je ferai voir à mon frère, à son retour de Meaux, en quels termes vous m'en écrivez, sachant l'état qu'il fait de votre approbation. Je vous supplie de m'aimer toujours et de me croire parfaitement votre très humble et très obéissant serviteur.
Paris, 28 mai 1684.
a0 Lettres d'Antoine Bossuet au Prince de Condé* .
Monseigneur, J'ai un compte bien triste à rendre à Votre Altesse Sérénissime pour obéir à ses ordres6, touchant la maladie de M.deCordemoy. Il avait passé la journée assez doucement pour donner un peu d'espérance ; mais, depuis les neuf heures du soir, il est tombé dans un état tel qu'on n'ose plus s'en rien promettre. Je viens de le quitter à minuit ; il parle encore et il connaît, mais il paraît épuisé7. Ce n'est pas sans douleur que je rends compte à V. A. S. de cette mauvaise nouvelle, à laquelle elle prend part avec tant de bonté.
3. Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, reine de France et de Navarre, prononcée à Saint-Denis le premier septembre i683. Paris, i683, in-4-
4. Taisand note que les ouvrages de son illustre parent lui étaient envoyés par Antoine Bossuet ou, à son défaut, par l'évêque de Meaux lui-même ou par Mme Foucauld, sœur du prélat.
5. Ces lettres se trouvent dans les archives de Chantilly, papiers Condé, série P, t. 97, P° 260, 288 et 354, et celle qui n'est pas datée est placée à la fin des lettres d'octobre, t. 98, f° 54 (Elles ont été publiées pour la première fois, et avec plusieurs inexactitudes, par A. Floquet, Eludes, t. III, p. 54o et suiv.).