‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 46 sur 308 · Aux Ursulines de Meaux · texte numérisé non relu

Aux Ursulines de Meaux

Jeudi matin [19 avril i685].

Dans le déplaisir où je suis, mes Filles, de l'interruption de la visite1, et, dans le dessein que j'ai »de la reprendre le plus tôt qu'il me sera possible, Dieu me met dans le cœur de vous avertir sur quoi elle roulera principalement. Les choses sur quoi je désire que chacune de vous s'examine, et dont je veux qu'on me rende compte, sont : premièrement

Plessis-Grimoult. Saint-Martin de Colombelles était un prieuré-cure, desservi par un chanoine régulier de Sainte-Geneviève.

Lettre 323. — Dans les éditions, cette lettre porte la date : Jeudi matin 1688. C'est par erreur. En effet, elle a été écrite au cours d'une visite de la maison des Ursulines de Meaux. Mais on ne voit pas que Bossuet ait fait la visite canonique des Ursulines en 1688. Au contraire, la lettre dont nous nous occupons a été écrite pendant une visite interrompue; or ce fut le cas de la visite de i685, qui, commencée le 9 (et peut-être le 4) avril, fut interrompue à cause des offices de la semaine sainte et terminée seulement le 27 avril, vendredi après Pâques (Voir Bossuet, OEuvres oratoires, édit. Lebarq, t. VI, p. ig5, 2o3 et 217). De plus, les points sur lesquels Bossuet dit ici qu'il fera porter son enquête sont précisément ceux qu'il a touchés dans son exhortation de clôture et dans son ordonnance de visite en i685 (Lebarq, t. VI, p. 218 etsuiv., et p. 226). Notre lettre est donc du mois d'avril i685, et plus probablement du jeudi 19, car, le 18 de ce mois, Bossuet adressait aux religieuses une allocution.

1. La visite, croyons-nous, fut reprise dans la semaine de Pâques et close le vendredi 27 avril par l'exhortation qui se lit dans l'édit. Lebarq, t. VI, p. 217.

avril i685] DE BOSSUET. 77

sur le silence, si on le garde, si on l'aime, si on est bien persuadé que c'est le gardien de l'âme et la mortification de la langue, le moyen le plus nécessaire pour désarmer l'ennemi dont elle est l'instrument, selon saint Jacques2, puisque c'est l'enfer qui l'anime et qui l'enflamme ; sur l'office divin 3 et sur l'oraison4 : si on y est ponctuel, si on craint de perdre les précieux moments que l'on doit passer avec Dieu, et si on les emploie utilement sous ses yeux; sur la charité qui doit être entre les Sœurs : si on sait se supporter mutuellement comme on veut que Dieu nous supporte, et si, loin de se provoquer les unes les autres à la colère, on se prévient mutuellement en honneur3, si on rend bénédiction pour emportement ou pour outrage lorsqu'il arrive à quelqu'une de s'oublier assez pour s'y laisser aller ; sur la pauvreté6 : si l'on est véritablement dépouillé de tout et délivré à fond du désir de recevoir ou de donner, si ce n'est avec permission, et sans jamais se fâcher d'être refusé; sur les directions1 : si on

2. Lingua ig-nis est et universitas iniquitatis. Lingna constituitur in membris nostris, quae maculât totum corpus et inflammat rotam nativitatis nostra?, inflammata a gehenna (Jac, m, 6) (Cf. exhortations sur le silence, Lebarq, t. VI, p. 2o/|-2o5, 217 et a3i).

3. L' 'office divin, chanté ou du moins psalmodié à haute voix à certaines heures de la nuit et du jour dans les couvents.

4. L'oraison, le temps consacré chaque jour à une méditation pieuse.

5. Ici Bossuet traduit le mot de saint Paul : « Honore invicem prsevenientes » (Rom., xn, 10) (CP. Lebarq, t. VI, p. 222-225 et 249-2O0).

6. La pauvreté, l'un des trois vœux qui constituent l'essence de la vie monastique : il interdit de posséder rien en propre, sinon avec la permission du supérieur (Cf. Lebarq, t. VI, p. 246).

Page 1