Les directions, allusion à la direction de conscience
78 CORRESPONDANCE [avril 1 685
entre véritablement dans l'esprit d'unité, ne désirant de communiquer avec des hommes spirituels8 que dans les cas marqués dans les constitutions, c'est-àdire lorsque les besoins sont véritablement extraordinaires et connus des supérieurs, sans s'abandonner au découragement, et encore moins, ce qui serait détestable, au murmure, lorsqu'on nous refuse ou qu'on nous diffère3 pour entretenir l'ordre et éviter les mauvais exemples; sur l'obéissance10: si on obéit de cœur, comme dit l'Apôtre11, comme à Dieu, et non pas aux hommes ; si on accepte, sans répliquer et sans murmurer, les obédiences 12, souhaitant de suivre les ordres de la supérieure, et non pas de la faire céder à nos désirs et à nos plaintes ; et en général si on pratique ce que dit saint Paul13 : Tout ce que vous avez à faire, faites-le de tout votre cœur, comme ayant à en rendre compte à Dieu, et non pas aux hommes.
Mes Filles, évitez l'oisiveté et les entretiens du monde : craignez les parloirs, où l'on se dissipe
8. Les hommes spirituels, versés dans la théologie mystique, ayant l'expérience de la vie intérieure. Il arrivait fréquemment que, non contentes des confesseurs de la maison, les religieuses désiraient s'entretenir avec des directeurs étrangers, dont les vues divergentes causaient souvent du désordre dans la communauté. Dans les paroisses mêmes, la multiplicité des directeurs n'était pas sans occasionner des troubles.
9. Lorsqu'on nous refuse ou qu'on nous diffère la permission de communier.
10. L'obéissance. C'est, comme la chasteté et la pauvreté, l'un des trois vœux dits de religion (Cf. Lebarq, t. VI, p. 247).
11. Servi, obedite per omnia dominis carnalibus, non ad oculum servientes, quasi hominibus placentes, sed in simplicitate cordis, timentes Deum (Coloss., 111, 22).
12. Les obédiences, voir t. II, p. 35i, note 7. i3. Coloss., m, 23.
avril i685] DE BOSSUET. 79
quand d'autres raisons que le devoir indispensable vous y conduisent.
Dieu soit en vous et avec vous toutes.
32 k- — A François Diroys.
A Germigny, 3o avril i685.
L'affaire que je croyais terminée \ Monsieur, par le bref de la Pénitencerie que vous avez obtenu, va encore repasser à Rome à cause des clauses de ce bref. Je vous en envoie copie, et en même temps deux suppliques qui vous feront connaître les difficultés de l'affaire, sur lesquelles on a encore recours à l'autorité du Saint-Siège. Les deux suppliques regardent la même personne : on en a fait deux, parce qu'on a cru qu'on ne pouvait sans embarras comprendre le tout en une seule. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien encore donner vos soins à cette affaire, et m'aider à tirer un homme très utile à l'Eglise d'un embarras de conscience d'où vous seul pouvez le tirer par l'application que vous aurez à faire entendre les choses. Je vous supplie aussi d'y employer, s'il le faut, l'autorité de Son Eminence2, et de faire qu'on en sorte cette fois : vous me ferez un plaisir sensible ; et, comme je sais que vous en avez un grand à m'en faire, j'espère tout de vos soins.
Lettre 324. — i. C'est l'affaire dont Bossuet a parlé plus haut, page 9.