‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 67 sur 308 · C'est la lettre précédente · texte numérisé non relu

C'est la lettre précédente

Lettre 339. — Bossuet répond à une lettre de Mabillon qui ne nous est point parvenue. Celle-ci fut mise au jour pour la première fois dans une Dissertation sur la validité des ordinations anglaises, Bruxelles (Nancy), 1728, in-8, t. II, Pièces justificatives, p. 1, parle P. Le Courayer, de la Congrégation de Sainte-Geneviève, à qui elle avait été communiquée par sou ami, le bénédictin D. Vincent Thuillier.

1. En italien, le mot virtu, comme en latin virtus, signifie toute sorte de mérite. D. Mabillon était alors à Rome. Il fit, du mois d'avril i685 au mois de juillet 1686, un voyage de recherches dans les bibliothèques d'Italie, dont la relation et les résultats se trouvent consignés

Il4 CORRESPONDANCE [août 1 685

vous y ouvrait les bibliothèques plus qu'on n'ajamais fait à personne : ce qui nous fait espérer de nouvelles découvertes, toujours très utiles pour confirmer l'ancienne doctrine et tradition de la Mère des Eglises.

Nous attendons l'événement de l'affaire de Molinos2, qui n'a pas peu surpris tout le monde, et particulièrement ceux qui l'avaient connu à Rome. J'en connais de si zélés pour lui qu'ils veulent croire que tout ce qui se fait contre lui est l'effet de quelque secrète cabale, et qu'il en sortira à son honneur ; mais ce que nous voyons n'a pas cet air.

Pour l'affaire d'Angleterre, outre la difficulté des premiers évêques auteurs du schisme, il y en a encore une grande du temps de Cromwell, où on prétend que la succession de l'ordination a été interrompue3. Les Anglais soutiennent que non, et,

dans le Musœum italicum, seucollectio veterum scriptorum ex bibliothecis ilalicis eruta, Paris, 1687-1689, 2 vol. in-4-

2. Michel Molinos, prêtre espagnol, né à Patacina dans le diocèse de Saragosse en 1627, était venu à Rome, et s'y était acquis la réputation d'un grand maître de la vie intérieure. Il avait formulé sa doctrine dans un livre intitulé La Guide spirituelle et imprimé (Rome, i6~5, in-12) en espagnol avec approbation des docteurs. Dénoncé en 1681 par le P. Segneri, jésuite, mais protégé auprès du Pape par la reine Chris- •tine, la princesse Rorghèse, Favoriti et quelques autres personnages, il ne fut pas d'abord inquiété. Sur de nouvelles plaintes l'Inquisition se saisit de sa personne (18 juillet i685) et emprisonna une foule de ses disciples. Des faits scandaleux furent établis par l'enquête à laquelle se livra ce tribunal. Aussi, le 28 août 1687,1a Guide spirituelle fut-elle censurée comme contenant les détestables erreurs du quiétisme, et son auteur condamné à faire abjuration publique de ses doctrines et enfermé pour le reste de ses jours dans une étroite prison, où il mourut, le 29 décembre 1696.

3. Il s'agissait de savoir si la formule de la consécration épiscopale dans l'Eglise anglicane conservait ce qui est essentiel à la validité du sacrement de l'ordre, et, d'un autre côté, si les évêques consacrés au

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pour la succession dans le commencement du schisme, ils soutiennent qu'il n'y a aucune difficulté ; et il semble qu'ils aient raison en cela4. Cela dépend du fait, et le Saint Siège ne manquera pas d'agir en cette affaire5 avec sa circonspection ordinaire6.

temps de Cromwell l'avaient été par des prélats qui fussent eux-mêmes validement ordonnés et par conséquent successeurs des Apôtres. Ce point était de la plus haute importance, car de là dépendait l'existence d'un sacerdoce véritable dans l'Eglise anglicane.

Rome avait récemment réordonné deux prêtres de l'Église anglicane, Goft, aumônier de Charles Ier, et Alexandre Witte. Le cardinal Casanata ayant demandé l'avis de Neercassel, celui-ci (janvier i685) jugeait nulle l'ordination de Parker, de qui les évêques anglicans tiennent leur consécration. Il se fondait sur ce que Parker avait été ordonné par des laïques, lesquels, d'ailleurs, n'avaient pas prononcé une véritable formule d'ordination (Dans les OEuvres d'Arnauld, t. II, p. 489).

4- Bossuet, on le voit, était plutôt favorable à la validité des ordinations anglaises, bien qu'il n'en fût pas certain et qu'il réservât la décision du Saint-Siège. Lorsque l'avocat des ordinations anglicanes, Le Courayer, eut cité cette lettre à l'appui de son sentiment, elle souleva des protestations du côté de ses contradicteurs, et en particulier du P. Le Quien, dominicain. Mais Le Courayer revint à la charge dans sa Défense de la dissertation sur la validité... (Bruxelles, 1726, in-12, t. IV, Preuves, p. m). Il apporta d'abord un certificat du P. de Riberolles, alors supérieur général de la congrégation des Génovéfains, et qui avait été longtemps à la tête du séminaire de Meaux.

Le Courayer citait en outre une lettre de M. Caldaguès, chantre de l'Eglise de Montferrand, qui contenait les lignes suivantes : «... J'aurai l'honneur de vous dire que M. Bossuet parlait plus affirmativement sur la validité des ordinations anglicanes en 1699 °iu'en i685. Car je me souviens très distinctement qu'ayant eu l'honneur d'aller chez lui cette année-là avec feu M. Marcel, curé de Saint- Jacques-du-Haut-Pas, et la conversation étant tombée sur l'Eglise anglicane, ce grand prélat nous dit en poussant un grand soupir que, si Dieu faisait la grâce aux Anglais de renoncer à leurs erreurs et à leur schisme, leur clergé n'aurait besoin que d'être réconcilié à l'Eglise et réhabilité, et il ajouta qu'il s'était expliqué de cette manière devant le Roi... »

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