‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 69 sur 308 · A P. Daniel Huet · texte numérisé non relu

A P. Daniel Huet

A Meaux, 5 septembre i685.

Je n'ai pu parler, Monsieur, à M. de La Reynie 1 de votre lettre 2 du 19 qu'un peu avant mon départ. Il m'a envoyé un livre intitulé Campegii Vitringse 3 Archisynagogus, où il y avait dessus : Pour M. Huet. Je vous le ferai tenir par la voie qu'il vous plaira me marquer. Il n'en connaît point d'autres qu'on ait réclamés sous votre nom. J'ai reçu de Hambourg un livre intitulé Antididagma. L'auteur est Daniel Severinus Scultetus ' . Le dessein est de réfuter mon Exposition, mon Traité sur les deux espèces, et la

Lettre 342. — L. a. s. Bibl. Laurenziana. Publiée par M. Gh. Trochon en 1876.

1. Gabriel Nicolas, sieur de La Reynie, mort le 1 4 juin 1709, à 85 ans. Il avait été maître des requêtes en 166 1, puis lieutenant de police en 1667. Il fut l'ami de Bossuet.

2. Cette lettre, que nous n'avons plus, parlait sans doute de livres à faire venir de l'étranger.

3. Les éditeurs ont écrit ce nom en le défigurant : Campegii intégra. Campège Vitringa (1659-1722), célèbre orientaliste protestant, était professeur à Franeker. Il a composé différents ouvrages, entre autres Anacrisis Apocalypseos Joannis apostoli, Franeker, 1705, in-4, réfutation des idées de Bossuet sur l'Apocalypse. Celui dont parle ici Bossuet est Archisynagogus observationibns nouis illustratus, quibus veteris Synagogœ constitutio tota traditur. inde deducta episcoporum presbyterorumque primœ Ecclcsiœ origine, Franeker, 1 685, in-^. Il y en a une seconde édition sous le titre de De Synagoga vetere libri très, Franeker, 1696, in-4- L'éloge de Vitringa se trouve dans la Bibliothcca historico-philologicotheologica Bremensis, t. VI ; cf. ÎSiceron, t. XXXV.

4- Antididagma quo probatur doctrinam ab episc. Bossuet expositam, ab Innoc. XI egregie laudatam, admitti non posse, Hambourg, 168^, in-12. L'auteur, de son vrai nom, Scbulze (i645-i 71 2), était fils d'un ministre luthérien de Hambourg.

120 CORRESPONDANCE [sept. 1 685

Conférence avec M. Claude. Il est parlé de vous en divers endroits ; mais il n'en dit rien qui me paraisse fort considérable5. Je crois que c'est celui dont nous avions parlé ensemble. Quoi qu'il en soit, si le[s] paquet[s] où sont les exemplaires que vous vous étiez chargé de faire venir, sont sous votre nom ou sous le mien, ils [vous] seront rendus. Mais M. de La Reynie n'en avait pas encore ouï parler ; du moins ne s'en souvient-il pas. Je l'ai prié de s'en faire informer, et je puis, Monsieur, vous assurer que ce qui vous regardera ne trouvera point de difficulté de son côté.

J'ai laissé à Versailles M. de Montausier avec un reste d'étourdissement dont il avait été fort agité. On le croyait en état d'être bientôt quitte de ce mal qui avait donné quelque alarme. Sans mon synode6, qui se tient demain, je ne l'aurais pas quitté. Vous aurez su le départ du Roi, lundi dernier, en bonne santé, après une légère incommodité qui l'obligea à se purger et à retarder son départ de deux ou trois j ours 7 .

Je suis, Monsieur, comme vous savez, très parfaitement à vous.

J. Bénigne, é. de Meaux.

5. Scultet combat (p. 780-812) la doctrine catholique sur les Livres deutérocanoniques, exposée par Huet dans sa Démonstration évangélique, Prop. IV.

6. Ce synode n'a pas, que nous sachions, laissé d'autres traces.

7. Le Roi, accompagné du Dauphin et de la Dauphine, de Monsieur et de Madame, partit de Versailles le 3 septembre pour se rendre à Chambord. Son départ avait été retardé par une légère indisposition, sur laquelle on peut lire le Journal de la santé du Roi, édit. Le Roy, Paris, 1862, in-8, p. i65. Cf. la Gazette de France du Ier et du 7 septembre i685.

sept. i685] DE BOSSUET. 121

Vous êtes fort loué par l'auteur de question 8, et, en courant le livre9, je n'y ai rien remarqué de considérable contre vous. Il paraît seulement fâché qu'un aussi habile homme que vous ne soit pas protestant. Il y a un autre livre intitulé : Critique de la Critique du P. Simon™, où vous êtes fort attaqué en divers endroits : et celui-là mérite que vous le voyez11, si vous ne l'avez pas encore vu. C'est un socinien assez déclaré, dont le nom ne m'est pas bien connu. On dit qu'il se nomme Leclerc12. Il est français et on dit qu'il a été obligé de quitter Genève.

Suscription : M. l'abbé Huet, à Caen.

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