Seignelay a Bossuet
Du 3oe octobre i685 (à Fontainebleau).
Monsieur, je vous envoie le brevet de don des temples de Nanteuil et Mortcerf pour l'Hôpital général et l'Hôtel-Dieu de Meaux, ainsi que vous les avez demandés '. Je suis, etc.
Brevet de don à l'Hôpital général et à VHôtel-Dieu de Meaux des matériaux et emplacement des temples de Nanteuil et de Mortcerf.
Aujourd'hui, 29 octobre i685, le Roi étant à Fontainebleau, voulant employer le plus utilement qu'il sera possible pour le soulagement des pauvres les temples dont la démolition a été ordonnée par l'édit du présent mois, Sa Majesté a accordé et fait don à l'Hôpital général et à l'Hôtel-Dieu de Meaux des matériaux et emplacement des temples de Nanteuil et de Mortcerf pour être le tout partagé également entre lesdits Hôpital et Hôtel-Dieu, Sa Majesté permettant aux directeurs et administrateurs d'iceux d'en disposer, ainsi que des autres biens desdits Hôpital et Hôtel-Dieu ; et pour assurance de sa volonté, Sa Majesté m'a commandé d'en expédier le
Lettre 353. — Publiée d'abord par M. Ch. Read, d'après les registres de la Secrétairerie d'Etat (Archives Nationales 0*20, f° 484), dans Bossuet dévoilé, p. 27.
1. Le 29 octobre, le Secrétaire d'Etat avait écrit à M. de Menars : « M. l'évèque de Meaux ayant demandé au Roi la démolition {c'est-à-dire les matériaux provenant de la démolition) des temples de Nanteuil et de Mortcerf pour l'Hôpital général et pour l'Hôtel-Dieu de Meaux, je vous prie de me faire savoir votre avis sur cette demande, afin que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté » (O'ag, f° 462).
l54 CORRESPONDANCE [nov. i685
présent brevet qu'Elle a signé de sa main et fait contresigner par moi, conseiller secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances2.
35A- — Louvois a Bossuet.
A Fontainebleau, le 7 novembre i685.
Monsieur,
Je reçois présentement la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le deuxième de ce mois. Je vous rends mes très humbles grâces de la peine que vous voulez bien prendre de travailler à l'oraison funèbre de feu M. le Chancelier, et du compliment qu'il vous plaît de me faire sur sa mort1.
Le Roi a appris avec plaisir que M. de Bordes2 se doit rendre
2. Dans D. Toussaints Duplessis, t. II, p. 4i6 ; cf. Archiv. Nat., Ol2Q, f° 46i. — Le 6 novembre Bossuet publia un mandement ordonnant des prières pour la conversion des hérétiques (\oir Revue Bossuet, janvier 190^, p- 6).
Lettre 354. — Inédite. Minute aux archives du Ministère de la Guerre, t. y5 1 , p. 1^7-
1. Ce chancelier était Michel Le Tellier, père du marquis de Louvois. Il était mort le 3i octobre i685, et Bossuet prononça son oraison funèbre dans l'église de Saint-Gervais, le 25 janvier suivant.
2. M. de Bordes, officier appartenant à la religion protestante, et à la conversion de qui travailla Bossuet (Voir plus loin, p. i63). Louvois (t. 75i, p. 170), lui écrivait le 8 novembre i685 : et A l'égard de votre conversion, je vous vois en si bonne disposition d'y travailler que je m'attends que vous me donnerez bientôt le plaisir d'apprendre à S. M. que vous avez changé de religion. » En effet, M. de Bordes fit son abjuration avant la fin du même mois. « J'appris que Desbordes, lieutenant-colonel de Navarre, huguenot de grande réputation, s'était converti. » (Dangeau, Journal, Paris, i854, in-8, t. 1, p. 257, à Versailles, 26 novembre i685 ; cf. plus loin, au ih novembre i685). — Philippe d'Espoey, seigneur de Bordes, appelé le plus souvent des Bordes, était un gentilhomme du Béarn. Depuis 1680, il était lieutenant-colonel au régiment de Navarre ; il fut brigadier en 1686, gouverneur de Landau, puis de Philipsbourg ; maréchal de camp en 1691, lieutenant général en 1702. Il fut tué le i4 octobre 1702, à
nov. ifi85] DE BOSSUET. l55
près de vous. Il a promis à S. M. qu'il irait, en intention sincère de s'éclaircir. Aussi je ne doute point qu'il ne se fasse catholique auparavant que de vous quitter. Je suis...