‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 93 sur 308 · Seignelay a Bossuet · texte numérisé non relu

Seignelay a Bossuet

[De Fontainebleau], ioc novembre 1 685.

Monsieur, j'ai rendu compte au Roi de la conversion des sieurs d'Arconville1, dont Sa Majesté a été très aise et a fort approuvé ce que vous avez fait en cette occasion.

Elle ordonne à M. de La Reynie de laisser encore pour quelque temps à Paris les ministres auxquels vous avez déjà parlé, afin de leur donner lieu à s'instruire lorsque vous y serez2.

Friedlingen, à l'âge de soixante-trois ans. En considération des services rendus dans ses troupes, le Roi lui avait fait don le 5 août 1686 de la commanderie de Saint-Oraer, réunie à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, située dans l'étendue du grand prieuré de Flandre (Archives nationales TT. 433) (Voir le Mercure galant, octobre 1702, p. 389 et suiv. ; Saint-Simon, Mémoires, édition de Boislisle, t. II, p. 1 43).

Lettre 355. — Publiée pour la première fois, d'après les registres de la seerétairerie d'Etat (Archives Nationales 0'2g, f° 5oi) par M. Ch. Read, dans Bossuet dévoilé, p. 28.

1. Sur une liste dressée en décembre 1686, de nouveaux catholi ques recevant une pension, figure pour 2000 livres un sieur d'Arconville converti par Bossuet (Douen, la Révocation de l'Edit de Nantes. Paris, 1892, 3 vol. in-8, t. III, p. 4l4)

a. Voir plus haut la lettre du 27 octobre. Le 29, le secrétaire d'Etat avait écrit à La Revnie... « M. de Meaux m'a parlé des ministres qui ont eu des conférences avec lui, et comme il paraît par ce qu'il en rapporte, qu'il y a espérance que ces gens-là prendront un bon parti, Sa Majesté veut bien que, sans qu'il paraisse rien de sa part, vous leur fassiez entendre qu'on leur donnera huit ou dix jours au delà du temps porté par l'Edit, pour continuer à s'instruire, et il faut que vous preniez la peine de me faire savoir ce qu'ils vous au-

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Je vous envoie les brevets que Sa Majesté a fait expédier

ront répondu sur ce sujet, parce que, si leurs bonnes dispositions continuent, il serait peut-être à propos de leur permettre d'aller trouver M. de Meaux chez lui, pour y demeurer pendant le temps qu'on leur permettrait d'y rester... » (Archives O^Q, f° 48o.) Ces ministres étaient Jean de Brissac, sieur des Loges, pasteur à Loudun, puis à Thouars ; son frère, Benjamin de Brissac, sieur du Vigneau, pasteur à Châtellerault, et leur beau-frère, Marchand, pasteur à Loudun. Du Vigneau s'était rendu chez Delamarre, commissaire au Chàtelet, en compagnie de son beau-père, Jean Catillon, orfèvre à Paris, pour demander, en son nom et en celui de des Loges et de Marchand, d'être autorisés à conférer avec M. de Meaux, se promettant de trouver en lui « toutes les lumières nécessaires pour éclaircir leurs difficultés », après quoi ils se soumettraient aux ordres du Roi et seraient suivis d'un grand nombre de personnes de leur parti. Avant la conférence, ils remirent à Bossuet la déclaration suivante revêtue de leur signature :

« Nous, soussignés, étant dans cette pensée qu'il n'y a point de plus grand mal parmi les chrétiens que d'être désunis les uns des autres, surtout lorsque la Providence les a tous faits sujets du plus glorieux monarque du monde, comme est le nôtre, et outrés de douleur d'être obligés de sortir de son royaume et de nous soumettre à l'autorité des étrangers, que nous ne saurions jamais regarder comme nos princes et souverains légitimes, déclarons que nous pouvons dès aujourd'hui promettre à M. l'évêque de Meaux que nous assisterons aux sermons et aux vêpres de l'Église catholique, donnant par là une preuve sensible de notre union aux archevêques, aux évêques et aux curés de France.

« Nous souhaitons même qu'on nous croie absolument dans les sentiments des puissances supérieures qui, conformément aux libertés de l'Église gallicane, donnèrent plusieurs articles, comme les historiens le rapportent, à MM. les ambassadeurs pour le concile de Trente, et jusqu'à ce qu'ils aient été arrêtés par l'autorité du Roi et signés par MM. du clergé de France, dans l'esprit de l'article XII du dernier édit (celui qui révoquait l'édit de Nantes) vérifié en Parlement le 22 de ce mois d'octobre.

Nous supplierions très humblement Sa Majesté de nous accorder la liberté de demeurer comme des simples particuliers dans son royaume, jurant de ne rien faire contre les déclarations, et de retenir au contraire par notre exemple les peuples dans l'obéissance fidèle que nous devons tous au Roi et à nos supérieurs » (Papiers de La Reynie, t. VI, Bibl. Nationale, fr. 7o55, f° 236).

Des Loges et Marchand abjurèrent et reeurent une pension (Ar-

nov. i685] DE BOSSUET. ibj

du don des maisons joignant le temple de Nanteuil et Mortcerf3, suivant la demande que vous en avez faite.

Sa Majesté n'estime pas que les temples dans lesquels se faisaient les exercices de fiefs4 soient démolis, parce qu'ils font partie des maisons des gentilshommes5 et en dépendent6.

Je suis, etc.

chives Nationales 0J3o, 26 avril 1686). Quant à du Vigneau, il revint sur la déclaration rapportée ci-dessus et fut mis à la Bastille, le 29 janvier 1686, puis, peu après, il reçut l'ordre de quitter la France. Sa femme, qui s'était convertie en février 1686, le rejoignit en Hollande. (0. Douen, l'Intolérance de Fénelon, Paris, 1875, in-18, p. 263 et suiv.)

3. Nous avons vu (lettre du 3o octobre i685) que le Roi avait précédemment accordé les matériaux provenant de la démolition des temples ; Bossuel crut devoir demander en outre les maisons jadis attenantes à ces édifices. Voici le brevet qui fut expédié à sa requête :

ce Aujourd'hui, 10 novembre i685, le Roi étant à Fontainebleau, ayant été informé qu'outre les temples de la R. P. R. qui étaient cidevant à Nanteuil et à Mortcerf, dont les matériaux ont été donnés à l'Hôpital général et à l'Hôtel-Dieu de Meaux, il reste encore deux maisons dépendantes desdits temples, S. M. a fait don de la maison de celui de Nanteuil à l'Hôtel-Dieu de Meaux ; et de celle de Mortcerf à l'église paroissiale dudit lieu de Mortcerf, S. M. permettant aux directeurs dudit Hôtel-Dieu de Meaux et au curé et marguilliers de ladite paroisse de Mortcerf de disposer desdites maisons en vertu du présent brevet qu'elle a signé de sa main et fait contresigner par moi, secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances.

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