‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 95 sur 308 · Jacques II, roi d'Angleterre · texte numérisé non relu

Jacques II, roi d'Angleterre

2. La conversion de Milord Perth avait d'abord été secrète. L'abbé Renaudot en avait fait mystère à ses amis de Rome. L'un d'eux, l'abbé Bernou lui écrivait le 23 octobre i685 : Le cardinal de Norfolk « nous expliqua votre énigme du grand seigneur dont la conversion n'était pas déclarée et devait avoir de grandes suites, et dit que c'était le comte de Perth, grand chancelier d'Ecosse. » (Bibl. Nationale, n. a. fr. 7497, f° 2b6.)

3. Deforis conjecture que cette parente était Mme de Crolly, Anne

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assez obligeant pour vous en rendre compte d'une manière trop avantageuse pour moi. Mais personne ne peut assez bien exprimer combien ma reconnaissance est grande envers ceux qui m'ont aidé à acquérir la connaissance de la vérité, dont le prix est infini.

Vos talents naturels, augmentés par la lumière divine, et maintenus en vigueur par un travail continuel dans la vigne du Seigneur, vous mettent au-dessus des autres hommes. Il faut fermer les yeux à la lumière pour ne pas reconnaître la vérité, de la manière dont elle est exposée par votre excellente plume. Vous êtes comme un autre saint Paul, dont les travaux ne se bornent pas à une seule nation ou à une seule province 4 : vos ouvrages parlent présentement en la plupart des langues de l'Europe, et vos prosélytes publient vos triomphes en des langues que vous n'entendez pas.

Je suis obligé, en mon particulier, de rendre grâces à Dieu, de ce que j'ai appris une langue par le moyen de laquelle j'ai reçu un si grand avantage. Si j'avais pu écrire en cette même langue5, j'aurais eu le bonheur de vous expliquer mes pensées sans le secours d'un interprète. Je suis donc obligé, Monseigneur, de prier M. l'abbé Renaudot, qui vous a fait connaître l'engagement que j'ai contracté avec vous, puisque

de Huntly, sœur de George de Huntly, premier duc de Gordon. Crolly ou Crosly (les documents officiels donnent la forme : ô Croully) fut un des agents les plus actirs de Jacques II en France ; il fut en rapport avec l'abbé Renaudot; il avait été capitaine-lieutenant des gardes écossais. Il mourut à Saint-Germain, le 2 octobre 1700 (Voir Bibliothèque Nationale, Dossiers bleus, au mot Ckollys; Fr. Michel, les Écossais en France; de Guilbermy, Inscriptions du diocèse de Paris, t. V, p. 188 et 607; Cf. À. Villien, l'Abbé Eusèbe Renaudot, Paris, igo4, in-18, p. 4g et 5o.)

4. Graecis ac barbaris, sapientibus et insipientibus debitor sum (Rom., 1, i4).

5. On a conservé de Milord Perth un certain nombre de lettres écrites en français (Bibl. Nationale, fr. 19636, fos 48-65 et 19666, fos 172 et suiv.). La plus ancienne, datée de Druinmond, 27 août 1687, est adressée à Mabillon.

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je suis devenu un de vos enfants, et par le moyen duquel j'ai reçu les offres charitables que vous avez faites de votre secours pour mon instruction, et pour me confirmer dans la connaissance de la vérité, de vous interpréter ce très humble témoignage de ma reconnaissance envers vous, à qui je suis redevable d'un si grand bien.

En vérité, Monseigneur, je le ressens autant que mon cœur en est capable. Si je pouvais vous aller trouver, j'accepterais très volontiers vos olfres généreux6, quoique, grâce à Dieu, il ne me soit pas resté le moindre scrupule touchant la doctrine de l'Eglise catholique, avant même que je fisse profession de cette sainte foi. Je puis dire, Monseigneur, que je l'ai embrassée contre tout ce qu'il y avait de considérations mondaines ; et que, si la force de la vérité ne m'avait pas porté à le faire, j'aurais eu le malheur de mourir dans l'incrédulité. Mais en étant pleinement convaincu, je crois qu'étant soutenu par la force de la grâce de Dieu, je l'aurais embrassée quand même il aurait fallu souffrir une mort cruelle un moment après.

Permettez-moi, Monseigneur, de dire que je bénis Dieu pour la grâce qu'il m'a faite de connaître la lumière de la vérité, et de vous rendre ensuite de très humbles grâces de l'avantage que j'ai reçu par votre moyen. Je suis incapable de vous rendre aucun service ; et même, au lieu de m'acquitter de ce que je vous dois, il faut que je m'engage à vous devoir encore davantage, en vous demandant votre bénédiction et vos prières, afin qu'avec la connaissance de la véritable religion, Dieu me fasse la grâce de vivre conformément à ce qu'elle enseigne, et que je ne déshonore pas une si sainte profession. Cette charité ajoutera à l'obligation que j'ai déjà

6. Offres. Les bons auteurs, au témoignage de Richelet, faisaient ce mot du féminin. Cependant on trouve de nombreux exemples contraires chez les écrivains même les plus purs.

Ah ! si d'une autre chaîne il n'était point lié, L'offre de mon hymen l'eût-il tant effrayé !

(Racine, Bajazet, III, vu.)

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