‹ Correspondance de BossuetChapitre 117 sur 192 · Voir t. III, p · texte numérisé non relu

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20. m. et Rev. Episcopi Vcnciensis epistola ad Alexandrum VIL Pontificem maximum, de formai œ fidei subscriptione, s. 1. n. d., in-4 (Ld'* 3 16), p. 2.

286 CORRESPONDANCE [juilî. 1700

Lorsque Luther et Calvin commencèrent à semer leurs erreurs dans l'Europe, on ne cria pas plus contre eux et contre leurs sectateurs qui se séparaient visiblement de l'Église, décriaient sa doctrine, se moquaient de ses sacrements et profanaient toutes les choses saintes. Si l'on veut décréditer quelqu'un auprès de V. M., ou l'exclure de quelque prétention, on lui dit que c'est un janséniste. On diffame même de ce nom ceux qui n'espèrent rien dans le monde et qui servent utilement l'Église dans leurs fonctions, soit de vive voix, soit par écrit, et, en les rendant suspects, on les rend inutiles. Les vierges qui vivent dans leurs monastères comme dans des tombeaux, ne peuvent pas même se défendre de cette calomnie. Mais, si V. M. voulait prendre la peine de s'informer où sont ces hérétiques, qu'est-ce qu'ils croient et où ils font leurs assemblées, elle reconnaîtrait bientôt que ce sont des MONSTRES IMAGINAIRES, ct qu'il n'y a nulle nouvelle hérésie dans son royaume, nulle séparation de l'Église... Sire, au nom de Dieu, par qui vous régnez et pour qui vous voulez régner, que V. M. se serve de ses lumières en cette grande occasion, qu'elle éloigne un peu de son esprit cette chimère dont on lui fait tant de peur ; qu'elle écoute sa modération naturelle, qu'elle garde une oreille à ceux que l'on noircit continuellement auprès d'elle comme hérétiques, et qu'elle ne lâche pas la foudre sans considérer sur quelles tètes elle doit tomber. »

Le même évêque encore, dans une autre lettre écrite au Roi, au mois d'août 1662, s'exprime en ces termes : « Personne, Sire, ne soutient ces propositions condamnées... S''il plaît à V. M. se donner ta peine de considérer cette affaire, elle reconnaîtra qu il ne s'agit pas tant aujourdliui de Verreur que du nom de celui à qui on V attribue et que fon vent n toute force déshonorer pour se venger de son livre, etc. '^^ . »

21. Lettre écrite au Roi par Mcjr l'évêque de Vence touchant la signature du Formulaire, s. 1. n. d., in-^, p. i et 3 ; Réponse de Mgr l'évêque de Vence à la lettre du Roi pour la signature du Formulaire pure et simple, s. 1. n. d., in-4, p. 2 el 3 (Ld'^ 3^3 et 335).

juîll. 1700] DE BOSSUET. 287

Personne ne devait mieux connaître les prétendus jansénistes que M. de Coininingcs^^, depuis évècpie de Tournay. Pendant une année entière, il fut occupé, par ordre du Roi, à les entendre, à présider à leurs conférences avec le P. Ferrier--^ et à examiner leurs écrits avec tout le soin possible.

22. Gilberl de (^hoiseul du Plossis-Praslin avait pris le bonnet de docteur, après avoir obtenu le huitième vanf^ à la licence de 16/43 ; il était monté en i64A sur le siè{je de Comminges, d'où il passa en 1670 sur celui de Tournay. Il mourut k Paris le 3i d«''cembre

1689, à soixante-seize ans, laissant la réputation d'un évéque aussi cliaritable que zélé. Ayant entrepris d'apaiser la querelle du jansénisme, il déplut aux deux partis et n'aboutit qu'à se compromettre lui-même. Il joua aussi un rôle important dans l'assemblée de 1682, où il se signala par l'ardeur de ses convictions grallicanes : le rapport qu'il présenta en celte occasion a été imprimé à la suite de la Defensio de Bossuet, Paris, 17/15, 3 vol. in-Zj. On a encore de lui : Éclaircissement touchant le sacrement de Pénitence, Lille, 1679, in-12 ; Mémoires touchant la religion, Paris, i68i-85, 3 vol. in-12 ; Epistola ad Martinum Steyaert de Potestate ecclesiastica, Lille, 1688, in-4 ; Lettre pastorale sur le culte de la Vierge, en faveur et en tête des Avis salutaires de la Vierge à ses dévots indiscrets, de Baillet, Tournav, 171 1 , in-12 ; etc. (Consulter le Journal des savants, du 27 février

1690, nO 9 ; Ant. Arnauld, Œuvres, t. I, p. S/ia-S/jg ; les Mémoires de Rapin et de Godefroi Herraant ; Sainte-Beuve, Port-Royal, passim ; H. Dumas, Histoire des Cinq propositions, Lièg;e, 1C99, in-12 ; les ouvrages de MM. Gh. Gérin et J.-Th. Loyson sur l'Assemblée de 1682).

23. Le P. Jean Ferrler, né le 20 janvier i6i4 à Valady, dans le Rouergue, entra le 22 avril i632 dans la Compagnie de Jésus, enseigna la philosophie et la théologie à Toulouse, succéda en 1670 au P. Annat comme confesseur du Roi, et mourut à Paris le 29 octobre 1674. II pril une part très active aux discussions soulevées par le

jansénisme. Ses principaux écrits sont : Réponse à une lettre de M, Arnauld, Toulouse, i656, in-4 ; les Sentiments des plus considérables casuistes sur la probabilité des opinions de la morale, Toulouse, 1659, in-4 ; Relation fidèle et véritable de ce qui s'est fait depuis un an dans l'affaire des Jansénistes, Paris, 166^, in 4 ; la Soumission apparente des Jansénistes à la décision de l'Eglise touchant le droit, Toulouse, 1666, in-4. On trouvera dans la Bibliothèque du P. Soramervogel la liste des réponses opposées à ces différents ouvrages. Cf. Ant. Arnauld, Œuvres, t. XXI et XXII ; Conférences entre les sieurs Lalone et Girard, docteurs en théologie, et le R. P. Ferrier, jésuite.

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Cet habile prélat fut si fortement persuadé de la pureté de leurs sentiments qu'il voulut bien se rendre leur caution auprès du pape Alexandre VII, en envoyant à Sa Sainteté les cinq articles, et voici de quelle manière il parle au Roi dans la lettre qu'il lui écrivit le 22 janvier i664 •' « Les choses ainsi démêlées. Sire, et que je m'offre de soutenir à la face de toute la chrétienté, V. M. peut, quand il lui plaira, donner la paix à l'Église de France, en suivant le généreux dessein que sa piété lui avait fait former ; car il n'y a point de théologien en France qui ne déclare qu'il condamne les erreurs que le Pape a condamnées et qui ne dise anathème aux Cinq propositions 2*. »

Il résulte de tous ces témoignages, Monseigneur, que les plus grands évêques de France et ceux pour la mémoire desquels on sait que vous avez le plus de vénération, ont été convaincus que le jansénisme était un fantôme que l'on ne pouvait entretenir sans calomnier les ecclésiastiques les plus vertueux et les plus savants, et sans noircir la réputation des communautés les plus distinguées par leur piété. Après cela, voudriez-vous. Monseigneur, faire faire à l'Assemblée une décision si contraire à tout ce que ces saints prélats ont

touchant les contestations présentes, en présence de Mgr l'évêqiie de Comminges, s. 1., i663, in-4 ; Réfutation de la fausse relation du P. Ferrier, 166A, in-4 ; Histoire ecclésiastique du XVlb' siècle, t. II, p. 588

2 li. Lettre de Mgr l'évêque de Comenge au Roi, s. 1. n. d., in-4 (Ld'* 363), p. 8 Un correspondant de Quesnel, l'avocat Brunet, lui fournissait à l'appui de celle ihèsc un autre argument : « Il y a une pièce excellente sur le fantôme, qu'il ne faudrait pas oublier; c'est la lettre de M, l'archevêque de Paris sur l'affaire de Cambrai. Elle a paru premièrement en français, et M. l'archevêque la fil traduire en latin pour Rome ; or, dans les endroits où il s'est servi du mot de jansénisme dans léditlon française, il y a dans rédition laline, qui est postérieure, fabula Jansenismi ou Janseniana » (Lettre du 9 juillet 1700, Bibliothèque Nationale, fr. 15796, f° 364). L'avocat Brunet alla défendre Quesnel arrêté à Bruxelles el contribua sans doute à l'évasion de ce célèbre janséniste, dont il a écrit une relation imprimée dans la correspondance de Qiiesnel, édition de Mme Le Roy, I. H, p. 197 ; cf. p. i42.

juin. 1700J DE BOSSU ET. uSg

pensé ? Et de semblables variations feraient-elles beaucoup d'honneur au clergé de France ?

Remarquez, s'il vous plaît, Monseigneur, que, pour prouver que le jansénisme n'est point un fantôme, il ne sufBt pas de citer deux ou trois personnes sans nom, sans liaison entre eux, sans aucun des caractères qui forment une secte, qui se soient exprimés dans des livres obscurs d'une manière trop dure ou trop vive sur les contestations présentes ; s'il se trouve une ou deux personnes coupables de cette témérité, on ne prétend point faire leur apologie. Mais, pour prouver que le jansénisme n'est point un fantôme, il faut faire voir qu'il y a des gens dans l'Église qui croient et qui dogmatisent que quelques commandements de Dieu soient impossibles aux justes lors môme qu'ils veulent et qu'ils s'elîorcent de les accomplir selon leurs forces présentes, et que la grâce qui rend les commandements possibles leur manque ; il faut qu'il y ait des gens qui soutiennent que, dans cet état, on ne résiste jamais à la grâce intérieure, etc.

Or, je ne pense pas qu'on soit encore parvenu à faire voir qu'aucune des Cinq propositions fût contenue dans aucun livre. Il est vrai qu'une partie factieuse de la Faculté de théologie de Paris a voulu faire croire que la première proposition avait été renouvelée dans un ouvrage de M. Arnauld ^^ .

35. Ici, le défenseur des jansénistes fait allusion à la Seconde lettre de M. Arnauld à un duc et pair, du 10 juillet i655 (dans les Œuvres d'ArnauId, t, XIX), dans laquelle le P. Annat avait relevé ces mots : « que les Pères nous montraient en la personne de saint Pierre un juste à qui la grâce nécessaire pour agir avait manqué. » L'influence de Nicolas Cornet et du docteur Le Moine fit censurer cette phrase par les docteurs de Paris le 3i janvier i656, comme renouvelant la première des Cinq propositions. Cette censure fut l'occasion d'incidents tumultueux au sein de la Faculté et amena l'exclusion d'ArnauId et des soixante et quelques docteurs qui refusèrent de souscrire sa condamnation. Sur ce point des querelles religieuses du xvii® siècle, voir les écrits concernant la vie d'ArnauId, Port-Royal et les Cinq propositions, tels que les mémoires d'Hermant et de Rapin, et de plus : M. L.-E. de Sainte-Beuve, Jacques de Sainte- Beuve, Paris, 1860, in-8 ; Port-Royal de Sainte-Beuve, et l'abbé

Mais vous n'ignorez pas, Monseigneur, avec quelle force il repoussa celte imposture et justifia la pureté de sa foi, en sorte que toute l'Église a été persuadée que c'était une manifeste oppression : vous pouvez vous souvenir de toutes les intrigues que l'on employa pour faire confirmer par le Saint Siège la censure de Sorbonne, mais on n'y put réussir. La dissertation théologique de ce savant docteur, dans laquelle il expliquait sa proposition fut jugée très exacte et très orthodoxe par les plus habiles théologiens de Rome -^ ; à la paix de l'Église, on ne pressa point M. Arnauld de rétracter sa proposition, il a toujours continué d'être dans la communion des évêques et du Saint Siège, et les brefs obligeants qu'il a reçus des papes ^^ sont entre les mains de tout le monde.

Férel, la Faculté de Théologie, époque moderne, l. III, p. i-j et suiv.

26. Dissertatio theologica quadripariita (avril i656), dans les Couvres d'Arnauld, t. XX. — Rome néanmoins mit à l'Index, le 3 aoiit i656, des ouvrages apologétiques d'Arnauld : Epistola et scriptum. ad sacram Facultatem Parisiensem in Sorbona congregatam die 2 decemb. i655 ; Scripti pars altéra ad sacram Facultatem Parisiensem ; Epistola et alter Apologeticus ad sacram Facultatem Parisiensem in Sorbona congregatam die ly jan. anni i656; Epistola ad Henricum Holdenum ; Vera sancti Thomœ de gratia sufficienti et ejjicaci doctrina dilucide explanata ; Propositiones theologicœ duœ de quibas hodie maxime dispulatur clarissime demonstratœ. Ces écrits étaient tous antérieurs à la censure de Paris, et Hermant (t. III, p. laS) doit être corrigé sur ce point. Voir l'Histoire des Cinq propositions de Dumas, p. 125, et les réflexions de Quesnel, dans la Justification de M. Arnauld. reproduites dans les Œuvres de celui-ci, t. XX, p. 833.

27. Nous ne connaissons aucun « bref » de cette sorte, mais ou trouve dans les Œuvres d'Arnauld, t. I, p. 772, une lettre fori élogieuse, du 2 janvier 1677, écrite à ce docteur sur l'ordre d'Innocent XI par le cardinal Cibo, en réponse à des félicitations pour l'élévation de ce pape, et à l'envoi du dernier volume, de la Perpétuité de la foi ; on y lit entre autres choses : « Laeto benignoque vullu excepit et attente legil S. S. litteras quibus ipsi magna cum gaudii et filialis obsequii tui significatione, pontificatum maximum gratiilatus fuisti ; in iisque congruentes mœrori suo ob labefactatam lioniiiium temporumque injuria Ecclesiae discipllnara pietatis tuœ sensus libenter

juiU. 1700] DE BOSSUET. 291

Il est encore plus incontestable qu'il ne s'est jamais trouvé personne qui ait été convaincu d'avoir cru ou d'avoir enseigné les Cinq propositions, quelque véhément désir ou quelque intérêt que certains évèques aient eu de trouver des jansénistes. Tout s'est terminé à des soupçons injustes et à des déclamations vagues ; il n'a pas été possible, depuis plus de cinquante ans qu'on parle de jansénisme, de convaincre juridiquement une seule personne d'avoir tenu la doctrine des Cinq propositions. Tous les évoques qui vivent aujourd'hui n'ont-ils point de zèle pour le salut des âmes et pour la doctrine de l'Église P Vous êtes présentement. Monseigneur, dans une assemblée où toutes les Églises de France se trouvent réunies par leurs députés. Ayez la bonté de les presser de vous dire si, comme ils ont trouvé des sectateurs de Calvin et des quiétistes, ils ont vu aussi des personnes qui aient soutenu les Cinq propositions, et l'on est assuré que les plus prévenus conviendront cju'ils ont, à la vérité, trouvé des ecclésiastiques accusés d'enseigner les propositions condamnées, mais qu'ils n'en ont pu convaincre aucun.

Vous pouvez savoir que Mgr l'archevêque de Sens^% qui

agnovit... » (Cf. t. II, p. 9, 10 et 30). On peut voir aussi (t. II, p. 63) une lettre du i3 décembre 1679 écrite par le cardinal Ottoboni (qui fui plus tard Alexandre VIII), pour remercier Arnauld de l'envoi du livre de la Perpétuité de la foi. On a même prétendu que, si Arnauld ne s'était pas prononcé en faveur des quatre articles de 1682, il eût reçu la pourpre d'Innocent XI. Après sa mort, il fut loué en plein consistoire par les cardinaux d'Aguirre et Casanata (Justification de M. Arnauld contre la censure de 1606, Liège, 1702, 3 vol. in-12; Vie de Messire Antoine Arnauld^ Lausanne, 1782 et 1783, 2 vol. in-8 ; Sainte-Beuve, Port-Royal, t. V, p. 477 ; E. Mlchaud, Louis XIV et Innocent XI, t. IV, p. 43o-45o). Arnauld et ses amis rapportent qu'Alexandre VII accueillit avec bienveillance la Lettre à une personne de condition, ainsi que la Seconde lettre à un duc et pair (Œuvres d'Arnauld, t. XIX, p. xxxix-xli, 34o et 563 ; t. XX, p. 79^ et 833; Mémoires de G. Herraant, t. II, p. 673, 67^, et 719 à 722).

28. Hardouin Fortin de La Hoguette était, par sa mère, Louise de Péréfixe, neveu de Péréfixe, archevêque de Paris. Son père était Philippe Fortin de La Hoguette, seigneur deChamouillac et capitaine

292 CORRESPONDANCE [juill. 1700

n'est pas suspect de favoriser les prétendus jansénistes, avoua au Roi, il n y a pas longtemps, que, quelque recherche qu'il eût pu faire, il n'avait pas trouvé un seul janséniste dans son diocèse. Pesez, s'il vous plaît, Monseigneur, toutes les circonstances de ce témoignage. Il s'agit de ce diocèse, gouverne si longtemps par M. de Gondrin^^, où les jésuites ont été interdits

de la citadelle de Blaye, dont M. Tamizey de Larroque a donné les Lettres inédites (La Rochelle, 1888, in-8) et qui avait publié un curieux livre intitulé : Testament ou Conseils fidèles d'un bon père à ses enfants, Paris, i6/i8, in-12. L'abbé de La Hoguette, né en i643, avait pris le bonnet en 1670, après avoir obtenu le premier rang à la licence de cette année-là. Il avait été chanoine de Paris en i6G5, archidiacre de Josas en 1668, archidiacre de Parisis en 1670, et en même temps agent du clergé, avant d'être élevé (1675) sur le siège épiscopal de Saint-Brieuc, d'où il passa (1680) à celui de Poitiers. Il fut nommé à Tarchevêché de Sens le i3 novembre i685; mais les difficultés pendantes entre Louis XIV et la cour de Rome retardèrent ses bulles jusqu'en 1693. Il mourut le 28 novembre I7i5, fort regretté des pauvres. Il avait possédé en commende (1671-17 i3) l'abbaye de Sablonceaiiv, diocèse de Saintes. Son humilité lui avait fait refuser, malgré les instances de Louis XIV, le cordon du Saint-Esprit, en 1701 ; toutefois il consentit à remplacer Bossuet au conseil d'État (Huet, Commentarius, p. 171 ; Ledieu, t. II, p. i83 ; Saint- Simon, t. VIII et XII ; Legendre, xMémoires, p. io3 et sulv.).

29. Louis Henri de Pardaillan de Gondrln, fils d'Antoine Arnaud de Pardaillan, marquis de Montespan et d'.\ntin, et de Paule de Saint- Lary de Bellegarde, né en 1620, au château de Gondrin (Gers). Après avoir étudié chez les Jésuites de La Flèche, il entra, à Paris, au séminaire Saint-Sulpice, d'où les fantaisies de sa dévotion le firent congédier par M. Olier. Il n'en devint pas moins, en i644, et grâce aux jésuites, coadjuteur de son oncle Octave de Bellegarde, archevêque de Sens, à qui il succéda de plein droit dès le 26 juillet i646. Il est resté célèbre par ses démêlés avec les jésuites et les capucins de sa ville archiépiscopale, comme par la bienveillance qu'il témoigna aux jansénistes. Il travailla activement à la « paix de l'Eglise », et prescrivit dans son diocèse une discipline sévère qui contrastait avec les galanteries de sa jeunesse : ÏNIme Gornuel a dit de lui qu'il « faisait pleurer ses péchés aux autres ». Il mourut dans son abbaye de (Chaumes (Seine-et-Marne) le 19 septembre 167^. Il avait encouru la disgrâce de Louis Xl\ pour avoir blâmé ouvertement la conduite de Mme de Montespan, femme de son neveu (Voir, outre les historiens de la paix de l'Eglise, Retz, Grands écrivains, t. II, p. 38 ; les

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pendant vingt-cinq ans pour leur rébellion scandaleuse contre les règles établies par leur arcbevèque ; de ce diocèse enfin que le P. Daniel a eu l'insolence d'appeler le Bureau d'adresse des jansénistes^^, et cependant M. de La Hoguetle, neveu de M. de Pcrélixe, ami intime du P. de La Chaise, déclare au Roi même qu'il n'a pas trouvé dans le diocèse de Sens la moindre trace de cette hérésie chimérique. Voulez-vous qu'on publie que, pendant que M. l'archevêque de Sens rend ce témoignage authentique à la vérité, vous êtes si convaincu qu'il y a des jansénistes dans l'Église que ceux qui osent le nier sont dignes, selon vous, de censure et méritent d'être traités de téméraires etdeschismatiques? Croyez-vous que le contraste, mis dans tout son jour, vous fît beaucoup d'honneur?

Il est vrai que les jésuites étant répandus partout, comme ils ont intérêt de faire valoir le vain fantôme du jansénisme, ils appliquent ce masque sur tous ceux qui ne leur sont pas dévoués et qui n'adoptent pas leurs erreurs. Mais, sur ce

Mémoires de Fontaine, t. II, p. 377-887, de G. Hermant et de Rapin, les Lettres du cardinal Le Camus, édit. Ing-old ; Sainte-Beuve, Port- Royal, t. IV).

3o. Dans la réponse aux Lettres provinciales (Note du ms.). Nous avons vainement cherché celte expression dans l'ouvragée indiqué. — Le P. Gabriel Daniel, né à Rouen le 8 février 1649 ^^ entré à dixhuit ans chez les jésuites, enseigna successivement la rhétorique, la philosophie et la théologie, et fut l'un des esprits les plus distingués et les plus actifs de sa Compagnie, il mourut à Paris, le 28 juin 1728. Il fit la critique du cartésianisme dans le Voyage du monde de Descartes, Paris, i6go, in-12, et entreprit de réfuter les Provinciales dans les Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe, Cologne, 1694, in-12. Il a en outre public les ouvrages suivants : Lettres au R. P. Alexandre en jaoeur de la nouvelle réponse aux Lettres provinciales, s. 1., 1696 et 1697, 10 vol. in-8 ; Histoire apologétique de la conduite des Jésuites de la Chine, adressée à MM. des Missions étrangères, s. 1., 1700, in-8; Traité touchant l'ejficacité de la grâce, Paris, 1706 et 1706, 2 vol. in-12 ; Histoire de France, Paris, 1718, 3 vol. in-fol. ; Histoire de la milice française, Paris, 1721, 2 vol. in-4 ; etc. (Voir le Mercure, août 1728 ; Cl.-Fr. Lambert, Histoire de la littérature du règne de Louis XIV, Paris, ï'J^i, 8 vol. in-4; Ledieu, t. II, p. i64 ; t. III, p. 26, 27, 82, 34 ; Legendre, Mémoires, p. 220 à 222 ; Sainte- Beuve, Port-Royal).

294 CORRESPONDANCE [juill. 1700

pied-là, Monseigneur, j ose dire que vous êtes vous-même un des plus déclarés jansénistes, et quoi que vous fassiez aujourd'hui pour effacer ce soupçon, vous n'empêcherez pas les jésuites de vous mettre au nombre de ces prétendus jansénistes. On n'attaque point impunément. Monseigneur, la doctrine delà probabilité, du péché philosophique et de l'attrition sans amour de Dieu. Quiconque ose s'élever, comme vous faites, contre la morale relâchée, il serait bientôt janséniste ^^

Mais apparemment que vous vous retrancherez. Monseigneur, au troisième sens de la proposition pour soutenir que le jansénisme n'est point un fantôme ; c'est ce qui reste à examiner.

On veut bien convenir avec vous. Monseigneur, qu il y a des gens qui ne croient pas le fait de Jansénius^^. Si ces personnes s'élevaient avec insolence contre la décision, vous auriez raison de les regarder comme des esprits inquiets et turbulents. Si le fait de Jansénius était certain et d'une notoriété évidente, vous auriez encore raison de regarder ceux qui en douteraient comme des aveugles et des téméraires. Mais sur quel fondement traiterez-vous d'hérétiques ceux qui doutent d'un fait qui n'a pas paru si évident à plusieurs grands théologiens qu'il vous paraît. Monseigneur ? Enseignerez-vous que l'Église est infaillible dans la décision des faits non révélés? Ce serait vous faire injure que de penser seulement que vous fussiez capable de renouveler sur ce point l'hérésie que les jésuites osèrent soutenir dans leurs thèses. En reviendrez-vous au paradoxe de l'inséparabilité du fait et du droit tant de fois renversé, et abandonné aujourd'hui par tous les théologiens ^^ Si vous convenez avec M. de Pérétixe

3i. Voir Ch. Urbain, Du jansénisme de Bossuet, p. 9 à la (Extrait •de la Revue du Clergé français, du i*"^ août 1899).

82. C'est-à-dire que les Cinq propositions soient de Jansénius.

33. Bien que ne croyant pas, comme Fénelou et les jésuites, que l'Eglise fût infaillible dans les questions de fait, Bossuet estimait que ses décisions en pareille matière exigeaient non seulement une obéissance extérieure ou silence respectueux, mais encore une entière soumission de jug-ement. Voir la note 35, à la page suivante.

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qu'il faudrait être malicieux ou ignorant^'' pour croire que l'Église exige la foi divine des faits non révélés, vous rédulrez-vous à la foi humaine? Mais ce dernier retranchement a encore été forcé par des écrits qui sont demeurés sans réplique depuis quarante ans ^'\

Repassez, Monseigneur, ce qui s'est fait dans l'Eglise, et

34. « ...Desquelles (constitutions) aussi bien que du formulaire, il est certain qu'on ne saurait prendre sujet, à moins que d'être malicieux ou ig^norant, de dire qu'elles désirent une soumission de foi divine pour ce qui concerne le fait, exigeant seulement pour ce re^jard, comme il a été si souvent dit, une foi humaine et ecclésiastique, qui obligée à soumettre avec sincérité son jugement h celui de ses supérieurs légitimes... » (Ordonnance... pour la signature du formulaire de foi, datée du 16 juin, Paris, i664, in-4, p- 4)

35. Apologie des Religieuses de Port-Royal ; Traité de la foi humaine de M. Nicole (^Nole du ms.). Le premier de ces ouvrages, publié, s. 1., i665, in-4, a pour auteurs Claude de Sainte-Martlie, Antoine Arnauld et Nicole ; le second parut en 166^, in-4- — La foi est une adhésion ferme donnée à une idée ou à un fait dont on a connaissance par le témoignage. Elle exclut tout doute et toute crainte d'erreur, et par là elle se distingue de Vopinion. La foi divine repose sur une révélation surnaturelle: telle est celle par laquelle on croit la Trinité. La foi humaine repose sur le témoignage des hommes, comme quand on croit à l'existence de Rome sans avoir vu cette ville. Lorsqu'une vérité révélée est proposée à la croyance par l'Eglise, elle est dite de foi catholique, et la nier est faire acte d'hérétique. Les théoloi',lens admettent en outre une foi ecclésiastique . fondée sur l'autorité de l'Eglise et portant sur des idées ou des faits non révélés de Dieu, de sorte que rejeter ces faits ou ces idées, c'est se rendre coupable, non d'hérésie, mais de rébellion et de témérité. Sur les faits dogmatiques, c'est-à-dire liés au dogme, tels que celui de l'existence de telle ou telle erreur dans tel ou tel ouvrage, les jansénistes soutenaient que l'Eglise ne pouvait exiger un assentiment intérieur excluant toute crainte d'erreur et méritant le nom de foi, parce qu'en pareille matière elle n'était pas infaillible : on ne lui devait donc que le silence et une soumission extérieure comme celle que, dans la société civile, doit à l'arrêt de la Cour suprême le condainné qui se croit innocent. Tout en ne croyant pas que l'Eglise fût infaillible sur les faits dogmatiques, Bossuet estimait que ces faits sont l'objet d'une foi ecclésiastique, que l'Eglise prononce sur eux avec certitude, et en conséquence a le droit d'exiger à leur égard un assentiment intérieur. A cela on objectait qu'une conviction excluant toute crainte d'erreur ne peut être commandée que par une autorité infaillible, car une telle convie-

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vous conviendrez que la distinction du fait et du droit ne peut être révoquée en doute par un théologien. Mgr l'archevêque de Reims l'a nettement établie dans une lettre écrite à Rome, il y a quelques années ^^, imprimée par l'ordre de ce prélat, et dont il s'est fait grand honneur.

La lettre des dix-neuf évêques de France au pape Clément IX roule entièrement sur celte maxime, que l'Église n'exige autre chose sur les faits non révélés qu'un acquiescement de silence et de respect^'. Ce principe est prouvé par des raisons et par des autorités incontestables. Les dix-neuf prélats déclarèrent au Pape que c'est le sentiment des plus savants évêques et des plus habiles théologiens du clergé de France. C'est sur cette lettre, qui fut approuvée à Rome, que la paix de l'Eglise a été conclue. On ne vous citera point, Monseigneur, les évêques de France les plus illustres par leur

tion ne se contente pas d'une simple impossibilité morale d'erreur (Voir Damvilliers (^icole), les Imaginaires, IV, et Quesnel, fr. 18899, f° 4iy)- Bossuet répond qu'il n'est pas « obligé à résoudre cette objection )), et, sans chercher « quelle est la nature de l'autorité des jugements ecclésiastiques sur les faits non révélés )), il s'appuie sur la pratique constante des papes et et des conciles (Voir notre tome I, p. 122 et 128, et le traité de l'Autorité des jugements ecclésiastiques, édit. Lâchât, t. XXIV, p. 288 et suiv.). Fénelon admettait l'infaillibilité de l'Eglise sur les faits dogmatiques et fondait sur ce privilège la foi ecclésiastique (Voir ses écrits contre les jansénistes, dans ses Œuvres. t. X et suiv.). Au xvii^ siècle, les théologiens étaient partagés sur cette question (Cf. une lettre de Bissy, du i4 septembre 1706, dans les OEuures de Fénelon, t. XII, p. 291). Aujourd'hui, l'opinion de Fénelon est communément adoptée par les théologiens catholiques, et quoiqu'elle ne soit pas de foi, elle est dite théologiquement certaine (Hurter, Theologix dogmaticx compendium, Inspruck, 1876 et édit., suivantes, t. I, n. 288).

36. C'est la lettre de M. l'archevêque de Reims à M. Vivant alors à Rome, du 2 novembre 1696.

87. Cette lettre, du i*"^ décembre 1667, se trouve dans la Relation (par Varet) de ce qui s'est passé dans l'affaire de la paix de l'Eglise, s. 1., 1706, 2 vol. in-i2, t. I, p. 4o et 888, et dans la Paix de C/émertf /X, par Quesnel, Chambéry, 1700, in-12, p. 182. Elle a été imprimée d'abord sous le titre de Plurimorum Gallise antistilum ad summum Pontificem Clementem IX, de quatuor episcopis litterse, s. 1. n. d, (1667), in-/i.

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doctrine et par leur piété qui ont tous distingué le fait du droit, soit de vive voix, soit par écrit, soit par des mandements publiés dans leurs diocèses, soit par des discours faits à la tête de leurs synodes, dont nous avons encore les actes. Ce sont des faits trop connus pour allonger cette lettre en vous les rapportant. On ne craint donc point que l'on puisse jamais donner atteinte à la distinction du fait et du droit. Mais votre zèle. Monseigneur, devrait s'élever contre des téméraires qui osent condamner un principe si évident et qui a été si fortement soutenu par tant de grands évêques.

Dénoncez à l'assemblée du Clergé la réponse que les jésuites ont faite à la lettre de MM. des Missions étrangères ^'*, dans laquelle ils ont osé déférer M. Charmot comme suspect d'hérésie parce qu'il a établi que, pour n'être point janséniste, il suffit de condamner les Cinq propositions^ quoiqu'on doute si elles sont de Jansénius ou non. Il serait digne de l'Assemblée, Monseigneur, de réprimer une témérité si injurieuse au clergé de France; et cette proposition des jésuites: On est hérétique en doutant du fait, mériterait plus vos censures que ce qui regarde le fantôme du jansénisme. Mais c'est trop vous distraire de vos grandes occupations. Monseigneur, pour vous dire des choses que vous savez mieux que ceux qui ont l'honneur de vous les représenter.

On espère, Monseigneur, que vous ne désapprouverez pas que l'on vous avertisse encore d'une chose qui paraît incompréhensible dans votre conduite et dans vos discours, je veux dire, Monseigneur, ce langage si différent que vous tenez sur

38 Réponse à la lettre de MM. des Missions étrangères au Pape sur les cérémonies chinoises, in-^, p. 107. Cet écrit avait été provoqué par une Lettre de MM. des Missions étrangères au Pape, en date du 30 avril ijoo, sur les idolâtries et les superstitions chinoises, avec une addition à ladite lettre par MM. Louis Tiberg^e et Jacques Charles de Brisacier, in-8. Cette lettre est reproduite dans le tome IV de ['Histoire ecclésiastique du XVIh sièc/e (par Ellies du Pin). Outre la réponse citée plus haut, elle fut suivie d'autres écrits du parti adverse : Réflex ons générales sur la lettre qui paraît sous le nom de MM. des Missions élrunqères, etc., 1700, in-8 ; Histoire apologétique des jésuites de la Chine adressée à MM. des Missions étrangères, 1700, in-8.

298 CORRESPONDANCE [juilL 1700

le jansénisme, selon les lieux où vous vous trouvez et selon les personnes à qui vous parlez. Vous vous moquez quelquefois des esprits prévenus ou passionnés contre le prétendu jansénisme, et vous faites l'éloge de ceux qui en sont accusés ^^ ; dans d'autres occasions, vous vous expliquez sur cette matière comme si vous étiez vous-même plein de préventions. Tantôt, lorsqu'on vous presse de dire ce que vous pensez de la foi de M. Arnauld et de M. Nicole, vous déclarez qu'ils étaient très catholiques, et ailleurs M. Arnauld est cité par vous-même comme une preuve que le jansénisme n'est point un fantôme. Dans un temps, vous avez justifié toules les propositions que l'on reprenait dans le livre du P. Quesnel sur le Nouveau Testament ^'^ ; vous avez même eu beaucoup de part aux quatre lettres publiées pour la défense de cet ouvrage**, que l'approbation authentique de Mgr l'archevêque de Paris met suffisamment à couvert de toute censure, et cependant l'on connaît des personnes auxquelles vous avez dit depuis que les Cinq propositions sont dans le livre du P. Quesnel. Vous n'aurez pas apparemment oublié, Monsei-

3ç). Voir, en particulier, pour ce qui est du cardinal de Noailles, la lettre de Bossuet à son neveu, du 9 février 1699 (Tome XI, p. 129 et i3o).

4o. Allusion à V Avertissement composé par Bossuet en vue d'une nouvelle édition du livre des Réflexions morales. ^ oir plus haut, p. 52.

4i. Ces lettres étaient de l'abbé de Beaufort : Lettres d'un théologien à un de ses amis à l'occasion du Problème ecclésiastique. Anvers, 1700, in-i3. Elles ont été reproduites sous le titre de Défense du mandement de Mgr l'Eminentissime cardinal de A'oailles portant approbation des Réflexions morales du P. Quesnel, Paris, 1700, iu-ia. Bossuet reconnaissait qu'elles contenaient toute la substance de son Avertissement, encore que l'auteur en eût laissé de côté ce qui était le plus décisif (Ledieu, t. II, p. 3o3, 3o4 et 383). En réalité, ces quatre lettres ne sont pas autre chose que l'Avertissement de Bossuet avec une disposition différente ; les paroles de Bossuet y sont reproduites littéralement, sauFles légers changements que devait entraîner la forme épistolaire, sous laquelle on avait cru devoir les présenter au public. (Ch. Urbain, Bossuet apologiste du P. ijucsnel, dans la Revue du Clergé français, janvier 1901).

juin. 1700] DE BOSSUET. 299

gneur, que vous avez encore avoué depuis peu à un archevêque de l'Assemblée que l'on trouvait dans ce livre le pur jansénisme. Le même prélat se vante qu'il tient de vous que les notes des P.P. bénédictins sur saint Augustin sont pleines du jansénisme. Cependant vous devenez, Monseigneur, le protecteur de l'édition de ces savants religieux, et vous avez revu leur dernier volume pour le faire recevoir à l'Assemblée*'-. Vous pouvez vous souvenir. Monseigneur, combien, dans 1 aflaire du quiétisme, vous avez recherché tous ceux qu'on traite de jansénistes. M. l'abbé Bossuet, qui agissait par vos ordres, les trouvait à Rome très catholiques*^. Gomment expliquer. Monseigneur, une conduite si différente? Lorsque vos amis, peines sur cet article, vous en ont parlé, vous leur avez avoué, pour vous justifier, qu'il y avait plus de vingt ans que vous travailliez sans succès pour persuader au Roi que vous n'étiez point janséniste** : c'est ce qu'on a appris d'un de vos intimes amis. Dieu veuille, Monseigneur, que ce ne soit pas encore la même vue qui vous ait fait prendre, aussi bien qu'à Mgr l'archevêque de Reims, des engagements avec S. M. pour réaliser le fantôme du jansénisme *"' !

42. Voir A. -M. -P. Ingoltl, Histoire de l'édition bénédictine de saint Augustin, Paris, 1908, in-8.

43. Nous avons à plusieurs reprises signalé ces relations de l'abbé Bossuet avec les jansénistes de Rome. Voir t. IX, p. 878, et t. X, p. 182. On voit dans la correspondance publiée par Mme Le Roy que Quesnel était à Paris pendant l'assemblée de 1700 et que le célèbre janséniste dîna à l'archevêché.

Mi. Ce propos fut rapporté à du Vaucel par l'abbé de Tourreil revenu de Paris à Rome (Lettre de du Vaucel à Quesnel, du 28 octobre 1699, citée par D. Bouix, dans son article de la Revue des sciences ecclésiastiques du 20 août i865, sur Bossuet et le jansénisme, p. 126 et 127. Cf. Mémoires de Legendre, p. 261^).

45. Vers la même époque, le P. Quesnel écrivait : « Il faut prier Dieu pour M, de Meaux, qui n'est ni pur aug^ustinien, ni pur thomiste, mais qui des deux a pris ce qui convient à ses idées. Il est aussi puissant dans sa situation présente qu'il y est dang'ereux. Rien que Dieu ne lui peut résister. Il continue à jeter léu et flamme contre le jansénisme » (Lettre du 2 4 juillet 1700, édit. de Mme Le Roy, t. II, p. 98).

3oo CORRESPONDANCE [juill. 1700

C'est avec une véritable douleur que l'on vous parle de faits qui peuvent vous faire de la peine ; mais c'est pour votre propre intérêt qu'on vous en parle. Ceux qui prennent la liberté de vous donner ces avis, Monseigneur, ne vous accusent point de trahir absolument votre conscience. On sait les elîets que d'anciennes préventions sont capables de produire, et combien l'envie secrète de tenir un langage qui plaise à la Cour peut éblouir les personnes les plus éclairées. Mais le public jugerait autrement s'il savait tous ces faits. Aussi, Monseigneur, je ne désire rien tant que de les ensevelir dans un éternel oubli. L'on vous assure que cette lettre ne sera envoyée qu'à Mgr l'archevêque de Paris et à Mgr l'archevêque de Reims, qui sont trop de vos amis pour la publier ^^. Voire réputation. Monseigneur, est précieuse à l'Église, et c'est pour cela même qu'on vous supplie de la ménager, car on serait inconsolable, si l'on se trouvait dans la nécessité de rien dire qui put la ternir. Mais on vous conjure encore. Monseigneur, par un intérêt plus pressant et plus important que le vôtre, de peser devant Dieu la démarche que vous allez faire en vous expliquant sur le fantôme du jansénisme. Vous aimez VÉglise, et Von ne croit pas que vous puissiez lui faire une plus grande plaie quen confirmant le

46. Quesnel (Correspondance, t. II, p. 1/J2) ayant demandé communication de c'ette lettre afin d'en faire usage pour une nouvelle édition qu'il projetait du Phantosme du jansénisme, il lui fut répondu : « M. l'abbé Dambez est fort mystérieux. Je n'ai pu le voir depuis votre dernière lettre, et je doute fort qu'il consente à l'impression de sa letlre. La raison en est que le procès-verbal de l'Assemblée n'ayant pas encore paru, MM. de Reims et de Meaux, qui seraient fort irrités de l'édition de celte lettre, pourraient retrancher ou ajouter quelque chose sur cette matière, parce qu'ils sont encore les maîtres absolus du procès-verbal. Ainsi il semble que l'on doive différer à ne rien publier contre cette assemblée jusqnes à ce que le procès-verbal en ait été Imprimé « (Lettre du 9 juillet 1701, Bibliothèque Nationale, fr. 15796, f° 36^). Le procès-verbal de l'Assemblée ne fut imprimé qu'en 1708 ; quant au Phantosme du jansénisme, il n'y en eut point de nouvelle édition avant celle qui fut donnée par les soins de Petitpied, s. 1., 171^, in-i2.

juin. 1700] DE BOSSUET. 3oi

Roi dans cette pensée quil y a des jansénistes dans son royaume. Feu M. Vialart*"', évêque de Châlons, prêt à paraître devant Dieu, crut ne pouvoir rien faire qui lui fût plus agréable que d'ccrire au Roi pour le désabuser sur le jansénisme'*. Cet illustre évèque, dont Dieu manifeste tous les jours la sainteté par des miracles éclatants*^, crut devoir employer les derniers moments de sa vie à faire un dernier efîort pour détruire dans l'esprit du Roi le fantôme du jansénisme que les jésuites et feu M. l'archevêque de Paris ont entretenu si longtemps pour satisfaire leurs passions. Cette lettre subsiste encore '", Monseigneur ; elle fit d'abord, comme vous savez, des impressions très fortes sur l'esprit du Roi ; mais l'on s'appliqua bientôt à les détruire par des calomnies. Ne craignez-vous point, Monseigneur, l'opposition que l'on pourrait faire entre votre conduite et celle de ce saint évèque mourant? Croyez-vous servir l'Église, croyezvous servir le Roi en l'empêchant de reconnaître que, depuis quarante ans, on a surpris en mille manières sa religion pour détruire de saintes communautés de religieuses^*, pour s'op-

47. On a vu (t. II, p. 24o et a/ji) que Bossuet avait projeté de faire auprès de lui un stage pour se former au ministère épiscopal. Il avait été (au témoignage de Ledieu, t. I, p. 173) demandé pour coadjuteur par ce prélat.

48. Dictée le 26 mai par le prélat à des Hayes, son secrétaire, cette lettre fut confiée à l'abbé Golfer avec mission de l'envoyer, aussitôt après la mort de son auteur, à Louis XIV. Vialart mourut le 10 juin 1680.

49. Voir le Recueil des pièces concernantes les informations juridiques faites par ordre de Mgr Gaston de Nouilles sur les miracles opérés par l'intercession de feu Messire Félix Vialart, Nancy, 1783, in-i2. Cette information fut faite en 1699, par Louis Ilabert, docteur de Sorbonue et vicaire général de GUâlons. Voir aussi dans les Œuvres posthumes de Mablllon, in-4, t. I, p. 5i5.

50. On en peut voir le texte dans la Vie de Messire Félix Vialart de Herse, Cologne, 1738, in-12, p. 3o8 à 3i6.

5i. L'auteur veut parler des religieuses de Port-Royal et de la congrégation toulousaine des Filles de l'Enfance. Celle-ci, suspecte de jansénisme, avait été supprimée par arrêt du Conseil du 12 mai 1686, et Mme de Mondonville, sa fondatrice, avait été exilée à Coutances, où elle mourut en 1708 ou 1704 {L'Innocm£«*9pp'tiîVâ'e"paT' la,

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