Vlnslruction pastorale sur les promesses de l'Eglise
266 CORRESPONDANCE [juin 1700
2010. — L'Abbé de Rangé a Bossuet.
Ce 20 juin 1700.
Il ne m'est pas possible, Monseigneur, de passer toute ma vie sans vous faire ressouvenir de moi et sans recevoir de vos nouvelles ; car, quoique votre personne me soit très présente devant Dieu, et que je ne passe point de jour sans lui demander qu'il continue de la favoriser de sa protection dans les affaires différentes où elle se trouve engagée pour sa gloire et pour son service, il manque encore quelque chose que je ne saurais m'empêcher de désirer, qui est de recevoir quelquefois des marques de cette bonté dont vous m'honorez depuis si longtemps.
J'ai loué Dieu bien des fois, Monseigneur, de ce qu'il a favorisé votre cœur, votre esprit et votre plume contre ceux qui s'étaient si visiblement élevés contre lui^ ; et il se peut dire que l'Église a trouvé dans votre personne tout ce qu'elle pouvait désirer pour la défense des vérités qui étaient si fortement attaquées. C'est un devoir duquel la Providence vous avait chargé, et dont vous vous êtes acquitté avec tout le succès et la bénédiction que l'on pouvait s'en promettre. La bénédiction s'en conservera jusqu'à la fin des siècles; et votre nom sera en vénération, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de couronner votre œuvre et d'y mettre la dernière main.
Vous voulez bien, Monseigneur, que je me jette à vos pieds pour vous demander et pour recevoir votre sainte bénédiction, et pour vous prier de vous employer auprès de Notre- Seigneur afin de m'obtenir toute la soumission et la résignation dont j'ai besoin pour soutenir les maux et les infirmités différentes dont il lui plaît que je sois attaqué ^, d'une manière digne de ma profession. Je n'ai point de parole pour
Lettre 2010. — i. Les protestants et les quiétistes. 2. Voir le P. Marie-Léon Serrant, L'Abbé de Rancê et Bossuet, Paris, 1903, p. 578.
juin 1700] DE BOSSUET. 267
vous exprimer, Monseigneur, avec combien d'attachement, de reconnaissance et de respect je suis, etc.
Fr. Armand-Jran, anc, abbé de la Trappe.
Nous avons vu ici depuis deux jours, Monseigneur, un gentilhomme de Danemark^ qui vous a bien de l'obligation. Non seulement vous lui avez fait connaître la vérité de la religion qu'il ignorait ; mais vous lui avez donné des principes et des sentiments de piété qui produiront leur fruit dans leur temps, et qui le tireront d'une vie commune pour lui en faire embrasser une toute chrétienne ; cela m'a paru par ses discours, et je l'ai trouvé bien digne de la protection que vous lui avez promise.
201 1. — A Alphonse de Valbelle.
A Saint-Germain-en-Laye, 20 juin 1700.
Vous aurez su, Monseigneur, par M. l'archevêque de Paris la réponse qu'il a reçue sur la proposition d'intéresser l'Assemblée à votre aOaire contre le parlement de Tournay^ Ainsi je n'aurai rien à vous
3. Ce visiteur danois n'était pas g'entilhomme ; c'était Jacques- Bénigne Winslow, de qui il a été parlé, p. 100. Winslow a raconté les circonstances de son voyage à la Trappe, entreprise de corapagnie avec M. Mathon, secrétaire du Roi, et un ecclési.istique de Lyon, nommé M. Bigot. « En ayant parlé à M. de Meaux, il me donna une lettre pour M. Boiithillier de Rancé, abbé de la Trappe, en partie pour me recommander en cas de besoin au Grand duc de Toscane, avec qui l'abbé avait grande liaison. J'y fus pendant quelques jours, et eus une conversation particulière avec l'abbé dans l'infirmerie, où il était dans des souffrances extrêmes, d'un bras qui me parut presque de la grosseur de mon corps, et nonobstant cela montrait un visage serein » (Cité par Ch. Urbain, Un prosélyte de Bossuet, J. B. Winslow, dans la. Revue du clergé français du i5 septen;'ore 1902, p. 128).
Lettre 20ii. — L. a. s. Inédite. Collection E. Levesque.
I. Le parlement de Tournay voulait maintenir en fonctions des officiaux destitués par leurs évêques.
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dire sur ce sujet-là, pas même à vous marquer les bonnes intentions de ce prélat, qui vous sont connues. Je vous puis aussi assurer que M. l'archevêque de Reims est dans les mêmes dispositions. Nous croyons tous trois, Monseigneur, que cette tentative ne sera pas inutile et aura rendu le Roi plus attentif à nous faire justice sur des entreprises si criantes ^ Nous ne laisserons pas, et moi en particulier, de chercher tous les moyens d'en faire entendre l'excès. C'est tout ce que nous pouvons promettre, en vous conjurant de ma part de faire toujours, à votre ordinaire, avec grand courage ce que demande le bien de l'Eglise. Je me réjouis, en attendant, que votre affaire particulière ait bien réussi, et en toutes choses je suis avec respect et sincérité dans vos intérêts. Vous me ferez beaucoup de plaisir de continuer à me donner part de ce qui arrivera en cette grande affaire de l'Eglise, 011 je crois qu'il ne sera pas inutile qu'elle se pousse de votre part pendant l'assemblée.
Je suis, comme vous savez, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,
J. Bénigne, é. de Meaux.
Au bas : Mgr de Saint-Omer.
2. Le 17 août 1700, faisant droit aux réclamations de l'assemblée du Clerg-é, Louis XIV rendit une déclaration favorable à la juridiction épiscopale (Dans le procès-verbal de l'assemblée de 1700, p. 585 et 586; ibid., p. 756, arrêt du Conseil cassant celui du parlement de Tournay sur l'évêque d'Ypres).
iuin 1700J
2012. — Lamoignon de Basville a Bossuet,
Juin i-^oo.
J'ai bien des rcmercîments, Monsieur, à vous faire de la lettre pastorale^ que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Je l'ai lue avec la même admiration dont j'ai été rempli en lisant vos autres ouvrages. Je l'ai trouvée si belle, que j'ai mandé au sieur Anisson, à Lyon, de m'en envoyer cent exemplaires, pour les distribuer aux nouveaux convertis de cette province. Il est plus temps que jamais de leur donner une pareille nourriture. Ils viennent presque tous à l'église; plusieurs demandent et reçoivent les sacrements sans aucun mouvement de contrainte ; enfin la moisson se prépare, et c'est à présent que les bons ouvriers et les ouvrages excellents comme les vôtres nous sont très nécessaires.
Je n'ai rien tant souhaité que d'avoir une conférence d'une heure avec vous, sur la manière de conduire ces affaires importantes. J'ai toujours cru que, si on s'entendait bien, il ne pourrait y avoir deux avis. Il est très certain que les voies douces sont les meilleures : qui peut dire le contraire en matière de religion ? Mais la question est que ces voies soient en même temps douces et efficaces, et qu'on ne laisse pas retomber les nouveaux convertis dans un relâchement où les préjugés de leur naissance les attirent toujours, ce qu'ils font avec d'autant plus de facilité, que les pratiques de notre religion leur paraissent plus difficiles que celles de la prétendue réformée. Il faut les mettre sur le pied de s'instruire et d'écouter la parole de Dieu, sans quoi ils ne seront jamais bons catholiques. Il y a dans tout cela une première glace à rompre, qui arrête et qui empêche tous les progrès^, si la puissance temporelle ne vient un peu au secours de la spiri-
Lettre 2012. — i. Sur les promesses faites à l'Égalise.
2. Deforis avait d'abord imprimé : les progrès, et cette leçon a été adoptée par ses successeurs ; mais, dans son errata, il a corrigée et a mis: ses progrès, ce qui donne un sens moins satisfaisant.
270 CORRESPONDANCE [juin 1700
tuelle. La première doit se contenir dans les bornes qui lui sont prescrites ; et il me semble qu'il est facile de pratiquer cette conduite d'une manière très utile, et qui peut être très sage et très modérée. On met souvent le fait, en parlant sur ce sujet, autrement qu'il ne devrait être : on ne parle que de moyens violents ou de voies douces, comme s'il n'y avait pas un milieu entre-deux. Toute violence est blâmable ; mais il y a une certaine fermeté qui doit accompagner l'instruction, et qui fait que l'on en profite. C'est ce que l'expérience fait connaître, et c'est en quoi le concours des deux puissances est si utile.
J'aurais bien souhaité pouvoir réformer mes faibles idées sur les vôtres, et apprendre d'un aussi grand maître ce que je devais faire pour remplir ma vocation, en pratiquant cette règle si sage en toutes choses : Ne quid nimis. Mais il fallait, pour jouir de ce plaisir, avoir un congé de trois mois, et je n'ai pu l'obtenir depuis dix-huit ans^ Je vous demande au
3. Basville avait formé le projet de se rendre à Paris ; mais ce projet avait été vu d'un mauvais œil à la Cour, et le P. de La Rue avait été charg^é de l'en dissuader. « Pour ce qui reg'arde M. de Basville et le désir qu'il a eu de faire un tour à Paris, écrit le célèbre jésuite, j'ai tâché d'entrer dans ses pensées depuis quatre jours que je suis arrivé à Montpellier. Elles sont telles que vous le pouvez souhaiter pour le service du Roi et pour votre propre satisfaction. Il n'a cru rien faire qui pût déplaire le moins du monde, lorsque, après dix-huit ans de séjour dans ces provinces, il a demandé cette permission dans des conjonctures où il avait lieu de présumer que la tranquillité des esprits ne serait point altérée par deux ou trois mois d'absence. Le motif de son voyag^e était moins de mettre ordre à ses «flaires domestiques, qui ont cependant un très grand besoin de ses soins, que de tâcher de contribuer à mettre un ordre fixe aux affaires delà religion, parles conférences qu'il aurait eues avec les personnes qui en ont la principale direction. Ce serait le moyen de terminer efficacement bien des difficultés, que l'on ne peut traiter que faiblement par les lettres et les mémoires. Vous y ferez, dans l'occasion, l'attention que vous jugerez à propos. Du reste, son intention n'a jamais été de se ralentir dans nulle partie de son devoir, ni de se prévaloir, lorsqu'il serait à Paris, de ses incommodités pour n'être plus renvoyé dans la province. L'honneur de servir lui tiendra lieu de repos et de santé, tant que ses services pourront être agréables
juin T700] DE BOSSUET. 27T
moins qu'une si longue absence ne me fasse pas perdre l'honneur de votre souvenir, et de me croire toujours avec beaucoup de respect et un attachement très sincère, etc.
De Lamoignon dk Basville.
aoi3. — A Antoine de Noailles. *
[Versailles, 28 juin T700.]
C'est avec une joie inexplicable, mon très cher Seigneur, que je viens avec un respect sincère saluer V. E. Votre promotion fera la joie de toute l'Église, comme elle en fera un soutien. La vérité, Monseigneur, devient de plus en plus forte sous un si puissant appui * : je me trouve par là plus courageux, et plus que jamais plein d'espérance. Dieu veut faire pour son Eglise quelque chose de grand, puisqu'il vous élève. Je suis heureux d'avoir à travailler spé-
(A. Cliamillart, dans la Correspondance des Contrôleurs généraux, édit. de Boislisle, t. II, p. 56).
Lettre 2013. — L. a. s. Collection Henri de Rothschild. Cette lettre de félicitation, adressée à Noailles promu cardinal le 21 juin 1700, fut écrite de Versailles, lorsque, en y arrivant le lundi soir 28 juin, Bossuet apprit la nouvelle de cette pronaotion (Ledieu t. II, p. 61 et 65).
I. Un jour qu'il était mécontent des prélats qui dirigeaient les discussions dans l'assemblée du Clergé, et qui, suivant lui, voulaient « faire claquer leur fouet », Quesnel écrivit : « Il faut les attendre et les bien battre s'ils font les sots ; mais il n'y a guère d'apparence que ces messieurs-là veuillent remuer le bout du doigt pour rien qui déplaise au Pape. L'un (Noailles) a la pourpre, l'autre l'attend, un troisième la désire. C'est maintenant à M. de Reims et à M, de Meaux à tirer aè court bâton » (Lettre du 17 juillet 1700, dans la Correspondance de Quesnel, t. II, p. 97). Mais ni Bossuet, ni Le Tellier ne devaient recevoir la pourpre.
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cialement SOUS vos ordres, et rien n'égalera jamais le respect et l'attachement que j'ai pour V. É. J. Bénigne, é. de Meaux.
201 4- — L'Abbé d'Ambez a Bossuet.
[Juillet 1700.]
Monseigneur, l'assemblée du Clergé a donc formé le dessein d'examiner cette proposition : Le jansénisme est un fantôme. Toutes les personnes judicieuses sont étonnées que l'on veuille renouveler des disputes et des contestations en mettant une semblable matière en question. Les gens de bien sont effrayés d'une pareille entreprise, qui n'est propre qu'à mettre le feu dans l'Église, et les jésuites commencent à
Lettre 2014. — Inédite. Bibliothèque Nationale, fr. 10796, f°s 355 et suiv. Copie. Mentionnée dans le P. Qaesnel séditieux et hérétique, Bruxelles, 1706, in-ia. Un extrait se trouve dans le ms. fr. 177^8, avec l'indication suivante : ce Cette lettre a été reconnue par le sieur Vuillart comme étant de l'abbé Couet. » — D'Ambez ou Dambez est le pseudonyme qui, dans les documents jansénistes, désigne l'abbé Couet, personnage qui reparaîtra plus tard sous son vrai nom (lettre du 9 juin 1708). Sur la proposition de Bossuet et malgré l'opposition des prélats partisans des jésuites, l'assemblée du Clergé, réunie à Saint- Germain en 1700, avait décidé de ne pas se borner comme d'ordinaire à examiner des questions financières, mais d'aborder un certain nombre de points de doctrine et de morale : d'où la condamnation de quatre propositions extraites d'écrits jansénistes, de deux entachées de semipélagianisme et de cent vingt et une autres tirées des casuistes. Dès qu'ils apprirent que VAugustiniana Ecclesiœ romanx doctrina avait été dénoncée à l'Assemblée, les jansénistes furent alarmés, et, dans les premiers jours de juillet, ils adressèrent à Bossuet cette longue lettre anonyme, dans laquelle il y a, dit Ledieu, plusieurs choses personnelles qui n'ont servi qu'à exciter davantage le zèle du prélat contre la proposition traitant de fantôme le jansénisme, « et qui l'ont fait parler avec tant de force dans son rapport sur cette matière pour faire voir combien il avait raison de censurer cette proposition... » (Ledieu, Journal t. II, p. 56 à 61, et Clé de la Censure, fr. i38a8). — Sur le « fantôme du jansénisme », on peut voir les Provinciales XVII et XVIII.
juin. 1700] DE BOSSUET. 2']'6
triompher parce qu'ils espèrent que vous allez publier une censure favorable à leurs intentions et à leurs passions. On ne vous dissimulera point, Monseigneur, que l'on vous regarde dans le public comme l'unique auteur de cette résolution. Vous vous êtes expliqué sur cette matière avec tant de chaleur, et Mgr le Président*, qui a une déférence aveugle pour vos sentiments, a paru si occupé du fantôme du jansénisme que l'on ne doute point que ce dessein ne soit venu de vous 2.
Vous n'ignorez pas. Monseigneur, les jugements que le monde, toujours critique et malin, a formés sur votre conduite dans cette occasion. 11 a cru que l'envie de flatter les préventions de la Cour et de déclamer contre des personnes qu'il est à la mode de persécuter depuis si longtemps, était le principal ressort qui vous avait mis en mouvement^. Les théologiens qui se donnent l'honneur de vous écrire ont trop de respect pour votre personne, pour vous imputer des motifs si indignes d'un évêque et d'un chrétien ; ils aiment mieux croire que vos anciennes préventions contre les prétendus jansénistes, et les instructions de M. Cornet*, les-
1. L'archevêque de Reims. C'est dans la s«^ance du 26 juin, que ce prélat dénonça VAugusliniana Ecclesiœ romaine docArina.
2. Sur lu part prépondérante prise par Bossuet dans les questions de dogme et de morale, et sur son opinion touchant l'archevêque de Reims, voyez Ledieu, t. II, p. 76.
3. On recommençait dans le public à parler du cardinalat de Bossuet (Cf. Ledieu, p. 06, et Quesnel, Correspondance, t. Il, p. 97).
4. Nicolas Cornet, né à Amiens le 12 octobre lôga, était fils d'Anne Rabâche et de Jacques Cornet, seigneur d'Hunal et autres lieux, et premier échevin d'Amiens. Docteur de la maison et société de Navarre, dont il fut grand maître (i635-i6/i3 et i65i-i663), il dirigea les études de Bossuet dans cet établissement. En qualité de syndic de la Faculté de théologie, il poursuivit la censure des fameuses propositions où il avait résumé la doctrine de VAugustinus. Il refusa l'archevêché de Bourges et mourut au collège de Boncourt le 18 avril i663. Bossuet prononça son oraison funèbre le 27 juin suivant. On a dit que Nicolas Cornet était entré dans la Compagnie de Jésus et en était bientôt sorti pour raison de santé ; mais on a dû le confondre avec son frère cadet, Michel Cornet, qui
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quelles ne sont pas encore effacées de votre esprit, sont véritablement ce qui vous a inspiré tant de vivacité pour réaliser le vain fantôme du jansénisme. Mais le zèle que ces théologiens ont pour la vérité, pour la paix de l'Église et pour votre propre réputation ne leur permet pas de garder le silence dans une conjoncture si importante. Ils s'adressent à vous, Monseigneur, pour vous demander justice et pour vous conjurer de prévenir des maux dont toute l'Église vous rendra responsable, et ils espèrent de votre amour pour la vérité que vous voudrez bien lire avec attention les réflexions qu'ils vont avoir l'honneur de vous proposer.
Cette proposition : Le jansénisme est un fantôme est susceptible de trois sens différents. Elle peut signifier, en premier lieu, que les Cinq propositions attribuées par les papes à Jansénius^ n'étaient pas de véritables erreurs. 2*" Elle peut signifier qu'il n'y a jamais eu de secte composée de personnes qui soutinssent les cinq propositions condamnées par l'Église. 3° On peut entendre par là que ceux qui croient pouvoir distinguer le fait et le droit ne sont pas hérétiques.
On vous supplie de remarquer, Monseigneur, qu'il serait tout à fait indigne de votre assemblée de condamner une proposition susceptible de trois sens différents, sans définir
mourut au noviciat des jésuites en 1629, à l'âge de vingt-deux ans (Voir Ant, Arnauld, Considérations sur l'entreprise faite par M, Cornet; H. Dumas, Histoire des Cinq propositions ; l'Oraison funèbre de N. Cornet, dans l'édition donnée par son neveu, Ch.-Fr. Coruet, seigneur de Coupel, Amsterdam, 1698, in-8, et dans les Œuvres oratoires de Bossuet, édition Le barq revue par Ch. Urbain et E. Levesque, t. IV; Bibl. Nationale, ms. fr. 228/4 1 ; Jacques de Bertinière, Planctus regise Navarrœ in obitu cl. viri DD. Nicolai Cornet ; les Mémoires de Rapin et de God. Hermant, etc.).
5. Dans son ouvrage intitulé : Augustinus scu doctrina sancti Augustini de humanx natarœ sanctitate, œgritudine, medicina, advcrsus Pelagianos et Massilienses (Louvain, i64o, in-fol.). Nicolas Cornet fit censurer cinq propositions erronées touchant la grâce et le libre arbitre, qui furent le sujet de la longue querelle du jansénisme, les uns affirmant qu'elles résumaient la doctrine de Jansénius, et les autres n'en voulant pas convenir. Il a été parlé de Cornélius Jansénius dans notre tome V, p. /jOy et 446.
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dans ([uel sens vous la condamnez. Ce serait de propos délibéré tendre un piège aux simples, qui pourraient abuser par ignorance de votre condamnation, et ce serait en même temps fournir à toutes les personnes malintentionnées un prétexte pour se servir de votre censure contre la vérité. Rien ne serait donc plus pernicieux à l'Église et plus contraire au devoir de ceux que Dieu a chargés de nous instruire, que de censurer d'une manière vague et indéterminée une proposition qui peut être expliquée en tant de manières difTérentes.
Cela supposé, si votre dessein, en déclarant que le jansénisme n'est point un fantôme, est simplement de décider que les Cinq propositions ont été justement condamnées, expliquez-vous nettement, et vous ne trouverez point de contradiction : quiconque dirait le contraire mériterait toutes les censures de l'Église, et l'on ose vous assurer avec confiance qu'il n'y a point de théologien attaché à la doctrine de saint Augustin qui ne reconnaisse que les Cinq propositions sont cinq dogmes impies, justement frappés d'anathème.
Mais ce n'est pas assurément ce qu'a voulu dire l'auteur de la préface du livre dédié au Clergé", quand il a marqué si positivement que le jansénisme était un fantôme ; ce n'est point l'idée que cette proposition porte naturellement dans l'esprit, et il est fort à craindre, ^Monseigneur, que ce ne soit pas aussi le sens que vous y avez attaché en proposant de la condamner.
Or, l'on soutient hautement que, si vous entendez cette proposition selon la seconde ou la troisième interprétation, vous ne sauriez la condamner sans déshonorer votre assemblée et sans vous déshonorer vous-même. C'est ce qu'il est facile de vous démontrer.
6. Le livre d('"nonc(^ par l'archevêque de Reims ; il était intitulé : Augustiniana Ecclesiœ romanœ doctrina a Cardlnalis Sfondrati Nodo extricata per varias sancti Augustini discipulos, Cologne, 1700, in-12. Cf. le Journal de Ledieu, t. II, p. 56 et 91 ; la Correspondance de Qaesnel, t. II, p. 94 et 95. L'auteur principal de ce recueil serait Quesnel, d'après Hurter, Nomenclator literar'ms. 1. IV, col. 889.
276 CORRESPONDANCE [juilL 1700
Pour commencer par le second sens, oseriez-vous donc soutenir, Monseigneur, qu'il y ait jamais eu ou qu'il y a encore une secte d'hérétiques cachés dans le sein de l'Église et qui soutiennent les cinq erreurs condamnées par les papes? S'il y avait une semblable secte, pourquoi êtes-vous demeuré si longtemps dans le silence ? Où est votre zèle pour les intérêts de l'Église ? Et ne deviez- vous pas poursuivre ces hérétiques avec la même vivacité que vous avez marquée contre les quiétistes et les calvinistes ?
Mais que pourrez-vous répondre, Monseigneur, à ceux qui vous reprocheront que, non seulement vous êtes demeuré en communion avec ces prétendus sectaires, mais même que vous avez honoré en plusieurs occasions de toutes sortes de marques de votre estime ceux qui auraient dû être regardés comme les chefs de la secte ?
Vous avez bien voulu, Monseigneur, approuver avec de grands éloges plusieurs livres de M. Arnauld et de M. Nicole \ La foi de ces savants hommes vous a paru si pure que vous avez bien voulu soumettre à leur jugement les ouvrages qui vous ont fait le plus de réputation. L'on sait que le livre de V Exposition de la foi n'a paru qu'après avoir été vu, examiné, corrigé et approuvé par le célèbre M. Arnauld^. Vous vous
7. Des ouvrages publiés contre les protestants, comme la Perpétuité de /a /oi (1669-1674) ; Préjugés légitimes contre les calvinistes ; Réponse générale au nouveau livre du sieur Claude ; le Renversement de la morale de Jésus-Christ par les erreurs des calvinistes touchant la justification (1671). Cf. t. I, p. 226, et p. 5o8 à 5io.
8. Antoine Arnauld, dit le grand Arnauld, né à Paris le 6 février 1612, était le vingtième enfant de l'avocat Antoine Arnauld et de Catherine Marion. Docteur en i64r, il ne fut, malgré son talent, reçu qu'en i643 de la maison et société de Sorbonne, el cela par suite de l'opposition de Richelieu. Par l'étendue de ses connaissances comme par l'inflexibilité de son caractère, par les causes qu'il défendit et les polémiques qu'il soutint, soit contre les jésuites, soit contre les protestants, par les orages qu'il souleva, par les écrits qu'il composa ou qu'il provoqua, il se fit une place h part dans l'histoire religieuse de son siècle et donna une force considérable au parti janséniste. Censuré par la Faculté de théologie en i656, il vécut caché jusqu'à la paix de Clément IX, en 16G8; et même, en 1679, ne se
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faisiez quelquefois un plaisir de vous dérober à vos grandes occupations pour venir conférer avec M. Nicole sur les plus beaux ouvrages que vous rnéditie/ pour la défense de l'Eglise ; l'on a des preuves que, depuis sa mort, vous avez dit que c'était un rempart pour la religion, soit dans la doctrine, soit dans la morale". Cependant, si le jansénisme n'est point un fantôme, c'est sur ces hommes, dont la mémoire est en bénédiction dans l'Église, que la note d'hérésie tombera infailliblement, et l'on sera en droit de vous faire ce reproche outrageant, que vous avez été, Monseigneur, un approbateur et un fauteur d'hérétiques.
Mais peut-être que, depuis la mort de ces deux grands et saints hommes, vous avez eu de bonnes raisons pour reprendre vos anciens préjugés et pour vous persuader que le jansénisme n'est pas un fantôme ? Je le veux croire. Je me persuade donc, Monseigneur, que vous avez dans l'esprit des pensées et des raisonnements qui vous en convainquent, et il ne me sera pas difficile de les savoir, puisqu'il y a plus de quinze ans qu'il a paru un livre de M. Arnauld avec ce titre :
croyant plus en sûreté en France, il se retira à l'étranjjer. Il mourut à Bruxelles le 8 août i6g4, âgé de quatre-vingt-deux ans. Ses ouvrages les plus fameux sont : De la fréquente communion, Paris, 1643, in-^ ; Lettre d'un docteur de Sorbonne à une personne de condition et Seconde lettre de M. Arnauld à un duc et pair, Paris, i655, in-^ ; Grammaire générale (en collaboration avec Lancelot), Parls^ 1660, in-i2 ; La Logique ou l'Art de penser (en collaboration avec Micole), Paris, 1662, in-12; Défense de la traduction du Nouveau Testament imprimée à Mons, s. 1. n. d. (1667), in-4, et Cologne, 1668, in-13 ; La Morale pratique des jésuites, Cologne, 1669-1686,8 vol. in-12; Lettres, Nancy, 1727, 10 vol. in-12. L'ensemble de ses écrits forme 43 vol. in-4 (Paris et Lausanne, 1775-1783), non compris le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'Eucharistie (Paris, 1667-1674, 3 vol. in-4), auquel Nicole a collaboré. La Vie d' Arnauld, due à Noël de Larrière, a été imprimée, Paris-Lausanne, 1782-1783, 2 vol. in-12 ou i vol in-4. — Voir notre t. II, p. 270.
9. « Je finis, avait écrit Bossuet à Nicole, ...en priant Dieu qu'il vous conserve pour soutenir la cause de son Eglise, dont vos ouvrages me paraissent un arsenal » (Lettre du 7 décembre 1691, t. IV, P 37/i).
278 CORRESPONDANCE [juill 1700
Phantôme du jansénisme ^^\ où il a recueilli avec soin tout ce qui s'est dit et tout ce qui pouvait être dit de plus plausible pour appuyer cette vaine illusion.
C'était à ce livre, Monseigneur, qu'il fallait tâcher de donner quelque atteinte par une réponse solide, afin de persuader que le jansénisme est une secte réelle, au lieu de s attacher à ce qui n'a été mis qu'incidemment dans une préface toute composée à la gloire du clergé de France cl pour la justification des évêques dénonciateurs du sfondratisme.
Vous pouvez vous souvenir, Monseigneur, que feu M. d'Angers^' écrivit en 1664 une lettre à M. de Péré-
10. Phantosme du Jansénisme, ou justification des prétendus jansénistes par le livre mesme d'un Savoiard. docteur de Sorb'^'nne, de leur nouvel accusateur, intitulé : « Les Préjuge: légitimes contre le Jansénisme». Colojjne, 1686, in-8. — Nous avons noté, t. V, p. ^i3-/li4, les sentiments de Bossuet sur Arnauld.
11. Henri Arnauld, d'abord dit Arnauld de Trie, était frère du grand Arnauld, dont il suivit généralement les directions, quoiqu'il fût son aîné de quinze ans. Né en lôg- et d'abord destiné au barreau, il embrassa l'état ecclésiastique, fit à Rome un premier séjour de cinq années et reçut l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, dont il porta le nom jusqu'à son épiscopat. Il fut ensuite ebanoine, archidiacre et doyen du chapitre deTouI, et fut même élu évêque de cette ville en 1687, mais des conflits d'autorité rendirent vaine cette élection. Envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur extraordinaire en i6^.t, il réussit dans sa mission, et fut ensuite placé (16/4Q) à la tète du diocèse d'Angers, qu'il gouverna, avec zèle et édification, pendant quarante-deux ans. Il mourut le 8 juin 1693, âgé de quatre-vingt-quinze ans. Il fut mêlé aux querelles du jansénisme et fut l'un des quatre prélats qui négocièrent la paix de l'Eglise (1668). Ses papiers sont conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 6o34 à 6^00, passim. On a publié les JSégociations à la cour de Rome et en différentes cours d'Italie, de Messire Henri Arnauld, abbé de Saint- Nicolas, depuis évêque d'Angers, Paris, 17^8, 5 vol. in-12 (Parmi les différents ouvrages relatifs à l'histoire du jansénisme, voir spécialement les A/émoiVe5 de l'abbé Antoine Arnauld d'Andilly, Amsterdam, 1706, 3 vol. in-8, de G. Hermant, de Rapln et de Lancelot ; Besoigne, Vies des quatre évêques engagés dans la cause de Port-Royal, Cologne, 1736, a vol. in-8 ; le P. de Bonrecueil, Eloge de M. Vévêgue d'Angers, dans les Mémoires du P. Desmolets, t. III, a* partie ; Besoigne, Vie de Henri Arnauld, édit. Guettée, Angers, i863, in-8 ;
fixe *^ qui venait d'être nommé à l'archevêché de Paris, pour le porter à apaiser les troul)les qui s'étaient excités sur le sujet des Cinq propositions ; il lui représenta dans cette première lettre*^ que c'était sans aucun fondement qu'on avait prévenu le Roi qu'il y avait une nouvelle secte d'hérétiques très pernicieuse à l'Église et à l'Etat.
La réponse que fit M. de Péréfixe'* contient vos meilleures raisons, Monseigneur, et il y a apparence qu'elle ne vous est pas inconnue, puisque le bruit courut alors (jue, pour rendre service à M. de Péréfixe qui était très occupé, vous aviez bien voulu prêter votre ministère à ce prélat pour répondre à M. d'Angers. Voici donc, Monseigneur, votre style et vos pensées.
« On ne peut ôler au chef de VÉglise et à tous les évêques le pouvoir de condamner un auteur. Deux papes ont déclaré par des constitutions reçues dans toute rÉglise quil y a des erreurs contenues dans les Cinq propositions et qu'elles sont effective-
Anl. Arnauld, Œuvres; François Grandet, ancien maire d'Angers, Mémoire sur la vie de H. Arnauld, évêque d'Angers, ms. 1777, ^ \ix Bibllotlièque de la ville d'Angers, publié dans VAnjou his'oriiiue, T900-1901 ; une Vie de H. Arnauld, par Guy Arthaud, publiée également dans VAnjou historique, .année 1902 ; un éloge funèbre, fr. 10592 ; P. Varin, la Vérité sur les Arnauld, Paris, 18^7, 2 vol. in-8 ; Sainte-Beuve, Port-Royal; Bordillon, Henri Arnauld, défense de sa mémoire et de son tombeau contre l'abbé Pletteau et autres héritiers et ayants cause du P. jésuite Brisacier, Angers, 1862, in-8 ; Bougler, Sur la polémique qui s'est élevée à l'occasion de Henri Arnauld, Angers, i863, in-8 ; Célestin Port, Dict. hist., géog. et biographique de Maine-et-Loire, Angers, 1878, in-8, t. I, p. 187- 189, et nos t. I, p. 126, et m, p. 68).
12. riardouin de Beauraont de Péréfixe (1605-1670), précepteur de Louis XIV, puis évêque de Rodez en i648, et archevêque de Paris en 1662. Il se signala par son zèle contre le jansénisme. On a de lui une médiocre Vie de Henri IV, Paris, 1661, in-/i. Il était entré à l'Académie française en i654.
i3. Lettre de Monseigneur l'éoêque d'Angers à Monseigneur l'arche vêque de Paris (i2 avril i664). S. 1. n. d., in-4 (Bibliothèque Nationale, Ld'*^ 371).
i4- Elle n'a pas dû être imprimée.
28o CORRESPONDANCE [juill. 1700
ment de Jansénius. Voilà donc, Monseigneur, une véritable hérésie, quelque chose que vous me représentiez au contraire. »
Et voici ce que M. d'Angers lui (à Péréfixe) répondit sur cela dans sa 2* lettre, qui est demeurée sans réplique :
« Souffrez, Monseigneur, que je vous dise que qui ne lirait que votre lettre m'attribuerait une pensée dont je suis très éloigné. Car il n'en pourrait juger autre chose, sinon que j'ai nié que les hérésies de«! Cinq propositions fussent de véritables hérésies, et que j'ai l'ait passer tout cela pour une chimère. Au lieu qu'ayant toujours reconnu que les Cinq propositions étaient hérétiques et justement condamnées, j'ai soutenu seulement, comme je le soutiens encore, que c'est une pure supposition de s'imaginer quil y ait dans le royaume une nouvelle secte d'hérétiques, puisque, ceux quon accuse le plus de cette nouvelle hérésie ayant donné des déclarations de leurs sentiments très amples et très claires, qui ne laissent aucun lieu aux personnes intelligentes et équitables de les soupçonner de la moindre erreur sur les Cinq propositions, on ne peut plus les inquiéter que sur un fait non révélé, qui, par le consentement de tous les théologiens catholiques, ne saurait être une matière d'hérésie. Vous savez, Monseigneur, que je n'ai rien dit en cela que ce que M. l'évèque d'Alet a écrit depuis peu au Roi même. Voici les paroles de ce grand prélat : « La Déclaration, Sire, présuppose quil y a une hérésie jansénienne dans votre royaume, qui fait de grands progrès, qui est capable de corrompre la foi et la religion de vos sujets, et de causer des troubles dans votre État ; et néanmoins il n'y a rien de si vrai que c'est une pure supposition, étant certain quil n'y a aucune personne qui soit dans cette prétendue hérésie. Et si \ otre ^fajesté a peine à ajouter foi à ce que je lui assure positivement, je la supplie, pour s'en persuader, de demander aux évéques de son royaume s'ils ont trouvé plusieurs personnes infectées de cette hérésie, et j'ose lui dire par avance qu'aucun évêque ne lui rapportera qu'il en ait rencontré. » Vous pouvez voir la même chose dans un livre intitulé Candor lilii^^, imprimé cette
10. R. P. Jean Gasalas, G. P., Candor lilii. seii Ordo Fratruin
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année même à Paris avec privilège et toutes sortes d'approbations et qui est autorisé par tout l'Ordre de saint Dominique, étant fait pour sajuste défense contre un libelle dilfamatoire du P. Théophile Rainaud*^. Car ce jésuite leur reprochant sans cosse le prétendu jansénisme, voici comme ils en parlent en la p. i35. « Je ne sais ce que vous voulez dire par les jansénistes. Car, ou vous voulez marquer par là les défenseurs des cinq l'ropositions condamnées, qui ne sont soutenues par personne et qui sont rejetées de tout le monde comme
Prœdicotorum a calumniis cl contumeliis Pétri a Vallc-Clausa vindicatus, Paris, 166^, in-8, écrit mis h l'Index, le 17 novembre de la même année. Cf. J.-J. Percln, Monumenta conventus Tolosani. Orclinis Prœdicatorum, Toulouse, 1698, in-fol., p. i65 ; QuéliP et Échard, Scriptores Ordinis Prœdicatorum, t. II, p. 61/4 et 6i5 ; Arnauld, Œuvres, t. I, p. 287,
16. De immunitale ouctorum Cyriacorum a censura, Diatribse Pétri a Valle Clausa, sacrœ theologiœ doctoris, s. I. n. d., lu-8. Cet écrit fut mis à l'Index ; il Put aussi condamné au Peu par les Parlements d'Aix et de Toulouse (cf. Hermant, Mémoires, t. VI, p. ii3). Il a été inséré dans le Candor lilii et dans le recueil Apopompœus, 1669, in-fol. — Théophile Raynaud était né le i5 novembre 1687, suivant le P. Sommorvogel, le 7 décembre i585, d'après le P. Hamy, et d'après lui-même à la fin de i583, à Sospello, dans le comté de Nice. Entré en 1602, dans la Compagnie de Jésus, il passa la plus g-rande partie de son existence à Lyon, où il enseig^na la philosophie et la théologale, et où 11 mourut le 3 1 octobre i663, à la suite d'une attaque d'apoplexie. C'était l'un des hommes les plus savants de son temps; mais sa science n'allait pas sans quelque bizarrerie, et son caractère difficile lui attira des ennuis même dans sa Compagnie. La plupart de ses nombreux écrits, dont beaucoup furent sijjnés de différents pseudonymes, ont été recueillis à Lyon, i665, 19 vol. in-fol. ; on en ajouta d'autres sous le titre (V Apopompœus, Cracovle (Lyon), 1669, in-fol. Il soutint l'infailllbillté du Pape, attaqua les thomistes comme les jansénistes, et n'éparg-na pas même Bollandus, son confrère. Plusieurs de ses écrits, et entre autres presque tous ceux qui sont contenus dans V A popompœus , ont été mis à l'Index (\rtlcle de Gallois dans le Journal des savants du i4 mars 1667 ; Dictionnaire tle Bayle, t. IV; Lettres de Gui Patin, édit. Réveillé-Parise, Paris, i846, 3 vol. ln-8 ; Monconys, Vojayes, Lyon, i665, 3 vol. in-4, tome II ; Th. Raynaud, Syntagma de libris propriis (dans VApopompœus') ; Ant. Arnauld, OEuores, t. I, p. 287 ; t. XXII, p. 175, 206 et 447 ; Lettre du prince de Conti au P. Des-
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hérétiques, ou vous entendez les défenseurs de la grâce efficace par elle-même, que les papes Innocent X et Alexandre VII ont voulu être hors d'atteinte, comme il paraît par le bref à VUniversité de Louvain^' , et pour ceux-là qui sont dans les sentiments de VÉcole de saint Thomas, nous les reconnaissons pour très orthodoxes et très catholiques. Si vous en entendez d'autres, ce sont des hommes imaginaires que vous feignez. » Ainsi, Monseigneur, vous voyez que, sans nier ce que tout le monde avoue, qu'il y a de l'erreur dans les Cinq propositions, sans contester au Pape et aux évêques le droit que tout le monde reconnaît qu'ils ont de condamner les auteurs, et sans remettre en doute, ce qui est indubitable, qu'ils ont condamné le livre de Jansénius comme contenant les hérésies des Cinq propositions, on peut assurer que la créance, dont on a prévenu le Roi, qu'il y a dans son royaume une nouvelle secte d'hérétiques très pernicieuse à l'Église, est une pure supposition, comme M. l'évêque d'Alet n'a point craint de l'assurer au Roi même, et une pure fiction, comme l'a écrit publiquement l'Ordre de saint Dominique. Et vous jugez assez. Monseigneur, qu'il ne suffit pas, pour trouver cette nouvelle secte d'hérétiques, d'alléguer qu'il y a plusieurs personnes qui doutent si les Cinq propositions sont
champs, Cologne, 1689, p. 69; Baillet, Auteurs déguisés ; M«''moires de G. Hermant ; le P. de Colouia, Histoire littéraire de la ville de Lyon, Lyon, 1728, 3 vol. in-4, t. II; Pernett\ , les Lyonnais dignes de mémoire, Lyon, 1707, 2 vol. in-8 ; Collombet, les Historiens du Lyonnais, Lyon, i839-i84/i, a vol. in-8 ; le P. Prat, la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, Lyon, 1876, iu-8, t. IV, p. 180 et 877 ; le P. Sommervogel, Bibliographie, t. VI ; Hurter, Nomenclator, t. III, col. 978-984 ; le P. A. Ilamy, Chronologie de la Compagnie de Jésus, Province de Lyon, Paris, 1900, in-8 ; Michault, Mélanges, t. I).
17. On voit par le Condor lilii, p. i33. qu'il s'agit du breP d'Alexandre VII, du 7 août 1660, aux professeurs de l'Université de Louvain. On le trouve dans T. Ripoll, Bullarium ordinis FF. Prœdicatorum. Rome, 1785, in-fol., t. VI, p. 196; cf. les Mémoires de G. Hermant, t. IV, p. ^70 et ^71 et l'Histoire ecclésiastique du XVH^ siècle (d'Ellies du Pin), t. II, p. 585 à 587. Le P. Rapin n'a pas mentionne ce bref.
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dans le livre de Jansénius et si les hérésies que l'Église y a condamnées ont été enseignées par ce prélat. Gela pouvait suffire dans l'esprit de ceux qu'on avait prévenus de l'opinion fausse et erronée de l'inséparabilité du fait et du droit, dont on s'est servi néanmoins durant sept ou huit ans pour trouver ces hérétiques. Mais on ne peut nier, Monseigneur, que vous n'ayez rendu un très grand service à l'Église en détruisant ce fantôme, comme vous avez fait par votre ordonnance, où vous avez séparé le droit d'avec le fait, en déclarant qu'il n'y a que le droit qui puisse être matière de foi divine, et que le fait ne peut être matière que de foi humaine, ce que vous confirmez encore d'une manière plus forte dans votre lettre, en m'assurant « que non seulement ce na jamais été votre sentiment que le fait pût être la matière d'un article de foi, mais que vous connaissez assez par les principes de la religion chrétienne que ce na jamais été le sentiment de l'Église. » Or de cette vérité que vous avez si bien établie, il s'ensuit nécessairement que tout le monde demeurant d'accord du droit, et que n'y ayant de dispute que sur le fait, le bruit qu'on a répandu partout et dont on a même prévenu Sa Majesté, que la France est pleine de nouveaux hérétiques, n'a aucun fondement solide. Car il est constant quil n'y a d'hérétiques que ceux qui résistent à la foi divine, comme les jésuites l'ont posé pour principe dans l'exposition de leur thèse : Non sunt hœretici nisi qui fidei divinœ adversantur. Or ceux qui ne contestent que sur un fait, qui selon vous-même ne peut être matière de foi divine, ne résistent point à la foi divine. On ne peut donc prendre pour sujet de là de les faire passer pour hérétiques, et ce serait une hérésie de le faire, comme vous savez, Monseigneur, que M. l'évêque d'Alet l'a représenté à Sa Majesté. Car, après l'avoir assurée qu'aucun évêque ne lui rapportera qu'il ait trouvé dans son diocèse plusieurs personnes infectées de la prétendue hérésie jansénienne, il ajoute : « // pourra bien avoir trouvé des personnes qui refusent de signer le formulaire dressé par Vassemblce du Clergé et d'assurer à la face de toute l'Église par un acte aussi authentique qu'est la profession de sa foi, qu'ils croient sincère-
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ment un point de fait, à savoir que cinq propositions hérétiques sont dans le livre d'un évêque qui a toujours vécu et est mort dans la communion de VÉglise, parce quils estiment avoir évidence du contraire ou des raisons solides pour le révoquer en doute, ou bien parce que, n'en ayant aucune connaissance, ils craignent d'agir contre leur conscience, de Vassurer par une espèce de serment comme une chose certaine. Or, Sire, je supplie V. M. de ne point trouver mauvaise ma liberté en l'assurant que ce serait faire une hérésie dans l'Église que de soutenir que ces personnes sont hérétiques, lesquelles d'ailleurs condamnent ces cinq propositions et les hérésies qu'elles contiennent et que les papes Innocent X et Alexandre VII y ont condamnées. »
Il n'y a rien à ajouter à cette preuve si achevée. M. de Péréfixe n'avait garde d'y rien opposer. Il aurait fallu pour cela qu'il se fût condamné lui-même et qu'il eût renoncé à la gloire qu'il s'était acquise d'avoir été le premier des partisans du Formulaire qui en eût ruiné les principaux fondements en détruisant l'inséparabilité du fait et du droit, sur laquelle les jésuites avaient bâti la secte hérétique du jansénisme. 11 n'est donc pas étrange que, pendant plus de trois ans qu'ont encore duré ces disputes jusques à la paix de l'Église, il n'ait pu rien répliquer à la seconde lettre de M. d'Angers, ni sur ce point-là, ni sur les autres qu'il a pu prévoir qui feraient connaître à toute la postérité l'injustice manifeste de sa conduite.
Mais si le témoignage de ces deux grands et saints prélats vous était suspect, en voici, d'autres, Monseigneur, auxquels il n'y a point de réplique.
Les évêques, au nombre de trente et un, qui reçurent à Paris la constitution du Pape Innocent X, savaient sans doute ce qui se passait en France, et s'il y avait des gens qui soutinssent les Cinq propositions. Or, pour preuve qu'il n'y avait personne qui ne reçût la constitution, voici ce que les évêques écrivent dans une lettre circulaire qu'ils envoyèrent à tous les autres évêques du royaume^'* : « Nous vous conju-
18. Extrait de la lettre circulaire écrite à tous les prélats du
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rons encore d'empêcher que ceux qui annonceront la parole de Dieu dans vos paroisses^ s'ils parlent de la condamnation de ces propositions au peuple, aux lieux où cela pourrait être nécessaire, le fassent de telle sorte que, de la censure des mauvais dogmes, ils ne passent à aucunes invectives contre qui que ce soit, puisque, par la grâce de Dieu, nous voyons quen cette rencontre, tous disent la même chose et glorifient le Père céleste d'une même bouche aussi bien que d'un même cœur. »
Tous les noms qui marquent quelque division entre les fidèles doivent être supprimés, et quoiqu'il semble que ce ne soit pas une chose de grande importance, toutefois, dans l'esprit des simples, ces dénominations odieuses de parti font un grand préjudice et à la doctrine et aux bonnes mœurs.
M. Godeau'^, évêque de Vence, savait sans doute ce qui se passait en France, et il est hors de toute apparence qu'il eût voulu, en écrivant au Pape et au Roi, avancer des faussetés dont il eût pu être convaincu très facilement. Cependant il écrivit en ces termes au pape Alexandre Vil, le 9 août 1661 : « Certe in mea diœcesi, nullus est qui de Jansenii doctrina aliquid audierit, nec etiam in Gallia (ut Sanciitati Vestrœ persuadetur) ulli sunt novi hœrelici qui propositiones damnatas défendant et schisma in Ecclesia faciant. Monstrum fingitur quod debellent, et si partium nullum esset studium, pax profandissima in Gallia regnaref^^. »
Le même évêque écrivit la même chose au Roi le i5 octobre de la même année : « On fait accroire à V. M. que son royaume est plein d'hérétiques qu'on nomme jansénistes.
royaume par les cardinaux, archevêques, et évêques qui se sont trouvés à Paris le i5 juillet i653. Cette lettre est insérée dans la Relation des délibérations du clergé de France sur la constitution et sur le bref de N. S. P. le pape Innocent X, p. 55, et 735 du Procès-verbal de l'assemblée de i655 {Note du ms.).