Edit. : ou ce qu'on peut dire déjà prouvé
sept. 1700J DE BOSSUET. 827
Elle retranche d'abord tout ce qui est choquant ; elle dissipe les nuages du beau tour, et fait cesser les supériorités que l'éloquence et l'autorité donnent aux grands hommes, pour ne faire triompher que la vérité.
Suivant ce style, on dirait qu'un tel concile a décidé ceci ou cela ; mais on ne dira pas que c'est le jugement de l'Église, avant que d'avoir montré qu'on a observé, en donnant ce jugement, les conditions d'un concile légitime et œcuménique, ou que l'Église universelle s'est expliquée par d'autres marques ; ou bien, au lieu de dire l'Église, on dirait l'Église romaine.
Pour ce qui est de la réponse que vous nous avez donnée autrefois, Monseigneur, voici de quoi je me souviens. Vous aviez pris la question comme si nous voulions que vous deviez renoncer vous-mêmes aux conciles que vous reconnaissez, et c'est sur ce pied-là que vous répondîtes à M. l'abbé de Loccum*. Mais je vous remontrai fort distinctement qu'il ne s'agissait pas de cela, et que les conciles, suivant vos propres maximes, n'obligent point là où des grandes raisons empêchent qu'on les reçoive ou reconnaisse ; et c'est ce que je vous prouvai par un exemple très considérable. Avant que d'y répondre, vous demandâtes, Monseigneur, que je vous envoyasse l'acte public qui justifiait la vérité de cet exemple. Je le fis, et après cela le droit du jeu était que vous répondissiez conformément à l'état de la question qu'on venait de former. Mais vous ne le fîtes jamais ; et maintenant (par oubli sans doute), vous me renvoyez à la première réponse, dont il ne s'agissait plus.
Vous avez raison de me sommer d'examiner sérieusement devant Dieu s'il y a quelque bon moyen d'empêcher l'état de VÈglise de devenir éternellement variable ; mais je l'entends en supposant qu'on peut, non pas changer ses décrets sur la foi, et les reconnaître pour des erreurs, comme vous le prenez, mais suspendre ou tenir pour suspendue la force de ses déci-
8. Voir t. V, p. 38, p. 244, et t. VI, p. 3o et suiv., e( p. 334.
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sions, en certains cas^ ; en sorte que la suspension ait lieu, non pas entre ceux qui les croient émanées de l'Eglise, mais à l'égard d'autres, afm qu'on ne prononce point anathème contre ceux à qui, sur des raisons très apparentes, cela ne paraît point croyable, surtout lorsque plusieurs grandes nations sont dans ce cas, et qu'il est difficile de parvenir autrement à l'union sans des bouleversements qui entraînent non seulement une terrible elTusion de sang, mais encore la perle d'une infinité d'âmes.
Hé bien! Monseigneur, etnployez-y plutôt vous-même vos méditations et ce grand esprit dont Dieu vous a doué : rien ne le mérite mieux. A mon avis, ce bon moyen d'empêcher les variations est tout trouvé chez vous, pourvu qu'on le veuille employer mieux qu'on n'a fait, comme personne ne le peut faire mieux que vous-même. Il faut être circonspect*", et on ne saurait l'être trop, pour ne point faire passer pour le jugement de l'Eglise que ce qui en a les caractères indubitables ; de peur qu'en recevant trop légèrement certaines décisions, on expose et alTaiblisse par là l'autorité de l'Église universelle, plus sans doute incomparablement que si on les rejetait tout à fait comme non prononcées ; ce qui ferait tout demeurer sauf et dans son entier : d'où il est manifeste qu'il vaut mieux être trop rcserNé là-dessus que trop peu. Tôt ou tard la vérité se fera jour, et il faut craindre que lorsqu'on croira d'avoir tout gagné, quand c'est par des mauvais moyens, on aura tout gâté, et fait au christianisme même un tort difficile à réparer. Car il ne faut pas se dissimuler ce que tout le monde, en France et ailleurs, pense et dit sans se contraindre, dans les livres et dans le public. Ceux qui sont véritablement chrétiens et catholiques en doivent être touchés, et doivent encore souhaiter qu'on ménage extrêmement le nom et l'autorité de l'Église, en ne lui attribuant que des décisions bien avérées, afin que ce beau moyen qu'elle nous
(j. Les mots : et à cerlains égards, ajoutJ^s ici par les éditions, manquent à la ininnte.