Voir, p. Ii
3iO CORRESPONDANCE [juiU. 1700
doctrine cartésienne sur les modes, sur l'étendue', etc. facilite l'entrée des hérétiques dans l'Église, pourquoi n'impose-t-on pas silence à ceux qui la condamnent avec trop de zèle?
Je finis, Monseigneur, en vous conjurant de croire que j'ai un très profond respect pour tous les prélats qui composent l'assemblée ; que je n'ai d'autre vue que d'apprendre la vérité de ceux que Dieu m'ordonne d'écouter, et qu'enfin je suis, avec un très profond respect, de Votre Grandeur, Monseigneur,
Le très humble et très obéissant serviteur
Arnaud, fils de l'Eglise Cathol. Apost. et Rom.
Je ne veux pas omettre, s'il vous plaît. Monseigneur, de vous avertir que plusieurs souhaiteraient, s'il était possible, que la doctrine de saint Thomas fut exactement enseignée dans Toulouse* ; ce que j'ai ouï dire qui ne se fait pas : si cela est vrai, je ne l'examine pas.
S'il y avait. Monseigneur, quelque chose à corriger dans la présente, et qui ne dût pas être lu, je vous conjure, s'il vous plaît, de le faire effacer, afin que le reste fasse plus d'effet.
7. Les commentateurs arabes d'Arislole et les péripatéticiens modernes soutiennent que les qualités ou iiecidents (telles sont la chaleur du feu, riiumidité de l'eau) sont des entités surajoutées et réellement distinctes des substances qui en sont affectées. Les cartésiens le nient et croient que ces qualités ne sont pas quelque chose de surajouté à la substance, mais que ce sont de simples manières d'être {modi) ou dispositions de la substance elle-même, résultant de la config^uration, de la place et du mouvement de ses parties (Voir Purchotius, Instituliones philosophicx, Paris, lôgô, in-4 ; Maignan, Cursus philosophicus, Toulouse, i652, 4 vol. in-8, t. I, p. ai3. Cf. Goudin, Philosophia, Logica major, Ipart., Disp. II, quaest. vi, Physic, m part., quaest. III, art. 11. — La philosophie de Descartes a été combattue comme contraire à la foi catholique de l'Eucliaristie par sa notion de l'étendue essentielle à la matière. Voir t. I, p. 22^ et suiv.
8. Voir t. XI, p. 33i, et R. P. Mortier, Histoire des Maîtres généraux de l'ordre des Frères prêcheurs, Paris, 191 4, in-8, t. VII, p. 247- 248.
juiU. 1700J DE BOSSU ET,
2016. — Le même Arnaud a Bossuet.
Monseigneur,
Il est donc du devoir d'un chacun de faire tout ce qu'il peut pour contribuer à la gloire du Seigneur. C'est dans cette vue, Monseigneur, qu'après vous avoir présenté mes très humbles respects, je vous conjure par les entrailles du Prince des pasteurs, de faire en sorte qu'il paraisse quelle est la foi de l'Église sur certains points qui suivent. J'ai des raisons particulières, et peut-être très importantes, pour faire la prière que je fais à Votre Grandeur.
Premièrement, l'Église est infaillible en tout ce qu'elle décide comme de foi, soit que ce soient des conséquences éloignées qu'elle définisse, soit que ce soient des conséquences prochaines ; et il est impossible que l'Église se trompe jamais, même invincibiliter vel ex impradentia, toutes les fois qu'elle définit qu'une chose est vraie ou licite. Secondement, tous les canons du concile de Trente contiennent une définition de foi divine, et tout ce qui y est, directe subjectam anathemati, est de foi divine, saltem quoad ralionem liciti ; autrement il faudrait savoir la Tradition pour distinguer dans ce concile ce qui est de foi d'avec ce qui ne l'est pas. Troisièmement, le Pape est le chef de tous les fidèles, même des évêques, de droit divin immédiat : et qu'est-ce que cette primauté emporte certainement et selon la foi ? Quatrièmement, l'Église a le pouvoir de faire des lois : elle tient ce pouvoir de Jésus-Christ, et on est obligé en conscience de lui obéir. Cinquièmement, Dieu est présent partout, non seulement par sa puissance et par sa connaissance, mais encore par sa substance. Sixièmement, en Dieu, les trois personnes distinguunlur entitative et ptus quam modus a modo. Tout ce qui est absolu en Dieu est commun aux trois personnes, et chaque personne a une entité relative qui lui est propre, la
Lettre 2016. — Cette lettre a dû suivre de près la précédente.
3l2 CORRESPONDANCE [juill. 1700
distingue et la constitue. Septièmement, l'âme et le corps de Jésus-Christ ont toujours été unis hypostatiquement au Fils de Dieu, même durant les trois jours qui suivirent la mort de Jésus-Christ. Huitièmement, l'âme de Jésus-Christ descendit aux enfers non solum secundum effectas, sed etiam secundum substantiam', par ces enfers, l'on doit entendre des lieux souterrains^, où étaient les âmes des saints, qui en furent emmenées par Jésus-Christ dans le ciel. Neuvièmement, l'Eglise romaine, composée de telle et telle Église, est la vraie Église de Jésus-Christ ; hors d'elle, il n'y a point de salut : l'unité de l'Église exclut la pluralité des communions, etc. Dixièmement, nous ressusciterons tous sans exception, bons et méchants, dans les mêmes corps, les mêmes, dis-je, mêjne quant à la matière matériellement prise, etc. Onzièmement, l'attrition naturelle avec le Sacrement ne justifie pas. Douzièmement, quoiqu'il ne soit peutêtre pas de foi, ce que j'ignore, que matrimonium non possit dissolvi propter adalterium, etc.- ; il est néanmoins de foi,
1. L'Anciea Testament donne le nom de Scheol, « demeure souterraine », au lieu où se rendaient toutes les âmes après la mort. Les Septante ont traduit ce mot par ior);, et la Vulgate, par infernus, injeri, lieu inférieur, d'où nous avons fait noire mot « enfer ».
2. Launoy, Le Courayer et, parmi nos contemporains, Esmein (Le mariage en droit canonique, Paris, 189 1, t. II, p. 295-3o5) ont prétendu que le canon VU du concile était purement disciplinaire. Les théologiens admettent qu'il est en même temps doctrinal. Ne voulant pas condamner directement les Grecs, le concile s'est borné à dire que l'Eglise romaine ne se trompe pas en enseignant l'indissolubilité du mariage. Les Grecs, en effet, soutiennent que le lien conjugal est rompu par l'adultère de l'un des conjoints, et ils s'aulorisent d'un verset de saint Matthieu : Omnis qui dimiserit uxorem suam excepta fornicationis causa, facit eam mœchari, et qui dimissam duxerit adultérât (v, 82; cf. xix, 9), comme si l'exception portait sur les deux parties de la phrase. Cette interprétation est en désaccord avec les versets parallèles de saint Marc, x, 11, et de saint Luc, XVI, 18, qui ne contiennent aucune exception (cf. I Cor , vu, 10). Ecrivant principalement pour les Juifs, chez qui la simple sé|)araiion de corps n'existait pas, mais à qui leurs docteurs en grand nombre permettaient de se remarier après avoir renvoyé leur femme sous un prétexte plus ou moins grave, saint Matthieu défend de renvoyer sa
juin. 1700J DE BOSSUET. 3i3
Can. VII, Sess. XXIV, Ecclesiam non errare, etc., du moins en ce sens, que la pratique de l'Eglise est licite ; s'il y a làdessus quelque autre chose qui soit de loi, je suis prêt à écouler l'Église ^ Treizièmement, l'âme de l'homme est présente à l'homme et à son corps, non seulement en ce sens, qu'elle pense par rapport au corps qu'elle anime, mais encore substantiellement, ila ut sit in corpore et intra corpus, ah ipso localiter indisiians. Les âmes ne sont donc pas seulement en Dieu, sans être substantiellement et localement dans les corps, etc. Ainsi, en communiant, nous recevons vere et sabstantialiter
femme, parce que ce serait l'exposer à commettre un adultère en épousant un autre homme, de même que celui qui «épouserait une femme répudiée se rendrait coupable d'adultère: il ne fait d'exception que pour le cas d'inconduite de la femme; mais, même dans ce cas, il ne s'ag^il que d'une séparation de corps, sans qu'on ait la permission de contracter un nouveau mariage. Ce point de doctrine a été nettement exposé par saint Augustin : « Il est donc permis de renvoyer l'épouse pour cause de fornication, mais le lien précédent subsiste de telle sorte que c'est se rendre coupable d'adultère que d'épouser celle qui a été renvoyée même pour cause de fornication » ÇDe conjuge adulter., II, iv, P. L., t. XL, col. 473). Voir Mgr d'Hulst, Conférences de Notre-Dame, carême de 1894, P- 371-878; Filliou, Saint Matthieu, Paris, 1878, in-8, p. 871, 874; Dictionnaire de la Bible, art. UivoRCE, col. i452.
3. Comme le concile s'abslint de déclarer hérétique la doctrine de la dissolubilité du mariage en cas d'adultère, et analhématisa seulement ceux qui disaient que l'Eglise se trompe en enseignanl l'indissolubilité absolue du mariage, même en cas d'adultère, il n'est donc pas de foi catholique que le mariage est indissoluble en ce cas d'adultère, car, cette affirmation étant incidente, elle n'est pas proprement définie par le concile. Mais il est de foi que l'Eglise ne se trompe pas en l'enseignant. Sur les longues discussions qui précédèrent la rédaction de ce canon et sur sa portée, on peut voir l'Adultère et le lien du mariage dans le Dictionnaire de Théologie de Vacant, t. 1, col. 498-5o4. On trouvera la pensée de Bossuet sur cette question dans son Mémoire de ce qui est à corriger dans la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de M. Dupin (édit. Lâchât, t. XK, p. 57), et dans le Decretum de morali disciplina, qui devait être publié dans l'assemblée générale duClergé en 1682, p. n, viii (t. XXII, p. 707. Cf. Bausset, livre XII, p. justif.). La question est bien étudiée dans Mgr d'Hulst, loc. cit. — Sur la foi catholique et la foi divine, voir plus haut, p. 295.
3l4 CORRESPONDANCE [juill. 1700
dans notre estomac l'âme de Jésus-Christ, et non seulement en ce sens que Jésus-Christ pense par rapport à ceux qui communient. Quatorzièmement, Jésus-Christ est le même, et selon l'âme et selon le corps, dans le ciel et dans l'Eucharistie, et dans chaque partie de l'hostie, saltem post divisionem ; le même, dis-je, stricte et entitative et identice ; et non solum quantum ad conjîgurationem, et in eo sensu secundum quem materia panis fada fuisset materia corporis Chrlsti, non per veram transsubstantiationeni, sed per diversam organisationem ; quœ materia panis sic organisata esset corpus Christi, quatenus anima Christi cogitaret in ordine ad taie corpus''. Ce sont des vérités Monseigneur, que je crois très fermement ; je désire savoir si elles sont toutes tellement de foi divine et catholique que le contraire soit hérétique, et qu'on puisse censurer ceux qui diraient le contraire en quelque chose : ce n'est pas que je ne croie par avance, au moins sur quelques chefs, le contraire hérétique.
J'ai une raison pressante de souhaiter que nos pasteurs décident si l'on peut, ex charitate, ne pas restituer à un riche ce qu'on lui doit, pour le remettre entre les mains des pauvres '".
On voudrait hien savoir s'il est de foi divine et catholique, que l'action de la volonté est de sa part quelque chose de positif et de réel, et plus qu'un pur repos, mera quies in objecto, et non ulterior tendentia ; s'il est de foi divine et très catholique que, ad merendum vel demerendam reqairatur libertas indifferentiae , qua possumus agere et non agere, agere bonum et malum ^ ; s'il est de foi divine et très catholique que
4. Cette opinion est celle que Descartes a avancée dans ses deux lettres à Pierre Mesland, S. J. (1596-1678), et que Bossuet a réfutée dans un opuscule publié dans la Revue Bossuet. juillet 1900, p. i4i et suiv. Cf. Dict. de Théologie, t. V, article : accidents
EUCHARISTIQUES, Col . 1^27 et Suiv.
5. La restitution doit être faite à celui-là même dont les droits ont été lésés ou, après sa mort, à ses héritiers ou ayants tlroit. C'est seulement à leur défaut, qu'elle peut être faite en faveur des pauvres. Telle est la doctrine commune.
6. Cette doctrine est de foi divine et catholique, comme il suit de
juill. 1700] DE BOSSUET. 3i5
les livres deutérocanoniqucs sont en tout d'une autorité égale aux livres protocanoniques, et si c'est une erreur contre cette foi de croire que les deutérocanoniqucs sont canoniques en ce sens qu'il n'y a rien qui n'y soit de foi, et quant aux mœurs, et quant aux autres dogmes, et quant aux faits substantiels, quoique peut-ôlre plusieurs choses n'y soient qu'humainement certaines ; en ce sens ïlmilation de Jésus- Christ serait demain canonique, si l'Église déclarait qu'il n'y a rien dans ce livre qui soit contre la foi ^. On demande encore si l'on peut absoudre une personne qui serait dans l'erreur dont je viens de parler; s'il est de foi divine et très catholique que l'on soit obligé de confesser au prêtre sigillatim omnia et singula peccata morlalia, tum exteriora, tam inieriora^^ et s'il ne suffît pas de s'accuser en général, de manière que le confesseur connaisse l'état du pénitent suffisamment pour le sauver. J'ai vu peut-être plusieurs prêtres qui étaient de cet avis ; et au cas qu'il y en ait encore, je veux contribuer à les désabuser.
la condamnation de la troisième des cinq propositions de Jansénius (Denzinger, Enchiridion, p. S/Ji, et Cl. Marc, Institutiones morales Alphonsianœ , Rome, i885, in-8, t. I, p. 178).
7. Quelques auteurs après le concile de Trente, comme B. Lamy, Apparalus biblicus. 1. II, c. v, Paris, 1723, p. 288-241, et Jalin, Einleitung in die gesammten Biïrher der Allen Bundes. 2« édit., t. I, p. 2^0, ont prétendu qu'une différence d'autorité subsistait toujours entre les protocanoniques et les deutérocanoniqucs. Cf. Alf. Loisy, Hist. du Canon de l'Ancien Testament, Paris, 1890, in-8, p. 2i2-24i- Mais la définition de Trente élimine la distinction proposée par quelques Pères du concile dans les congrégations ou assemblées préparatoires, entre les livres authentiques et canoniques, dont la foi dépend, et les livres simplement canoniques, bons pour l'enseignement et utiles i\ lire dans les Eglises. Cf. Dict, apologétique (d'Alès), t. I, col. 439 ; Dict. de Théolog. catholique (Vacant), t. II, col. i593 et suiv. Déclarer qu'un livre comme Vlmitation de Jésus- Christ n'a rien contre la foi n'est pas le rendre canonique. La canonicité n'est que la décision faite par l'Eglise que tel livre a été inspiré de Dieu. L'inspiration divine doit toujours précéder la déclaration de l'Eglise ou canonicité.
8. C'est la décision du concile de Trente, Sess. XIV, can. vu. Cf. Cl. Marc, op. cit., t. II, p. 216.
3i6 CORRESPONDANCE [juill. 1700
Plaise à Dieu de nous faire connaître si certaines opinions sont bien saines ; ce que j'ignore : dès demain peut-être, j'embrasserais, dans le dessein de concevoir un Dieu très bon, l'opinion qui dit que Dieu fait tout de la manière la plus parfaite, qu'il sauve tous ceux qu'il peut sauver, eu égard à sa sagesse, etc. ; que si quelqu'un se perd, ce n'est pas que Dieu n'ait un dessein très sincère de le sauver, même après le péché originel, etc.
Il me semble que certaines opinions des Cartésiens sont raisonnables et avantageuses même à l'Église. L'opinion des modes et des apparences pures, selon Maignan^, ne me paraît pas contraire à l'antiquité, et semble favoriser l'entrée des hérétiques dans l'Église, comme aussi l'opinion de l'étendue "'. Il est vrai que je voudrais savoir sur celle-ci, si c est contre la foi de croire qu'à la vérité, l'essence du corps de Jésus- Christ est dans l'Eucharistie, mais que pourtant le corps de Jésus-Christ n'a pas dans l'Eucharistie toute l'étendue qu'il
9. Emmanuel Maig-nan, religieux minime, né à Toulouse le 17 juillet 1601, et mort le 29 octobre 1676 dans la même ville. Il avait enseigné pendant quatorze ans les mathématiques à Rome, au couvent de la ïrinité-du-Mont, puis il était retourné dans sa ville natale. Il ne consentit pas à quitter Toulouse, malgré les offres que Louis XIVj frappé de ses mérites dans les sciences, lui avait faites pour l'attirer dans la capitale. Son principal ouvrage est un traité de la catoptrique intitulé Perspecliva horaria, Rome, i648, in-fol. Outre un cours de philosophie en latin, qui a été édité à Toulouse, i652, l\ vol. in-8, et à Lyon, 1678, in-fol., il composa aussi une Sacra philosophia, Lyon, 1662-1672, 2 vol. in-fol. Sa vie a été écrite par un de ses disciples, le P. Saguens, De viia, moribus et scriplis Emmanaelis Magnani, Toulouse, 1697, in-4. Cette pièce a été reproduite en tète de la Philosophia Maignani scholaslica par le même P. Saguens, Toulouse, 1708, in-A (Voir Niceron, t. XXXI). Le P. Maignan expliquait la permanence des accidents ou qualités sensibles du pain et du vin après la consécration, dans l'Eucharistie, en disant qu'après la disparition du pain et du vin, Dieu fait sur nos sens les mêmes impressions qu'ils y faisaient avant la transsubstantiation. Sur ce point on peut voir en particulier la Sacra Philosophia, t. II, Append. v.
10. De l'étendue considérée comme l'essence des corps, ainsi que l'entendait Descartes.
juin. 1700] DE BOSSUET. 3l7
a dans le ciel, et qu'il n'y a môme aucune pénétration des parties dans l'Eucharistie*', parce que l'étendue de sept k huit pans*- est accidentelle au corps humain, et que, pour son essence, il ne faut de matière qu'autant qu'il est nécessaire pour l'organisation.
Je n'aime point le secret, Monseigneur : si quelqu'un ene, j'aime qu'il soit repris ; s'il dit vrai, j'aime que les pasteurs l'approuvent ; afin que les scrupuleux connaissant la vérité, ils s'avancent à grands pas vers Dieu, et qu'ils ne censurent pas Copernic, Descartes, etc.
Je conjure le Dieu du ciel et de la terre de vous remplir de zèle et de lumière, vous et tous nos autres pasteurs. Monseigneur, afin qu'ensuite, à notre tour, nous en soyons nousmêmes remplis, pour connaître et pour aimer ce qu'il plaira à l'Esprit saint de nous apprendre par vos soins. Je finis en
11. Saint Thomas (III^, q. Lxxvi, art. 3, 4) ensei^^ne que le corps du Christ est dans l'Eucharistie d'une présence diff«^rente de celle dont il jouit au ciel. Au ciel, il a son mode naturel, avec sa grandeur et ses qualités visibles ; dans le sacrement de l'Eucharistie, il est présent per modum substantiœ, à la façon des substances, c'est-à-dire afTranchi des lois de la localisation, des corps, ce qui permet de dire, comme Suarez (In 111^™ parlera, dist. xLvr, sect. 4) qu'il est présent « d'une manière qui n'est pas corporelle », ou avec Bellarmin (De Eucharislia, 1. II, c. Il) qu'il « y est à la manière des esprits » (Cf. L. Labauche, Lettres à un étudiant sur la sainte Eucharistie, Paris, 191a, in-i'i, p. 86 et suiv.). On sait que, pour les scolastiques, la substance ou forme substantielle est à la fois présente tout entière dans chacune des parties du corps et dans le corps tout entier : tota in loto et tola in qualibet parte. C'est ce qu'ils appellent Vubi definitivum, qui est le propre des formes substantielles et des esprits, tandis que les corps, dans leur état naturel, ont un ubi circumscriptivum, c'est-à-dire que chacune de leurs parties est présente à une partie déterminée de l'espace, et non à une autre dans le même temps. Soit un lingot d'or: il occupe un espace déterminé, et à chacune de ses parties correspond une partie de cet espace; mais ce qui fait qu'il est de l'or et non un corps d'une autre nature, c'est-à-dire sa forme substantielle, est tout entier à la fois dans chacune de ses parties, et c'est pour cela que chacune de ses parties est de l'or comme les autres parties et comme le lingot tout entier.
12. Pan, forme abrégj'e, pour empan, mesure de longueur de '2^ centimètres, usitée dans le Midi.
3i8 CORRESPONDANCE [juiU. 1700
me disant, s'il vous plaît, de Votre Grandeur, avec un très profond respect,
Monseigneur,
Le très humble et très obéissant serviteur.
2017. — A Lamoignon de Basville.
A Saint-Germain, 1 1 juillet 1700.
Je suis très aise, Monsieur, que mon Instruction pastorale sur la perpétuelle stabilité et sur les promesses de l'Eglise vous ait satisfait, et que vous la jugiez utile à vos réunis*. Quant à la manière d'agir avec eux, je crois en effet que j'en conviendrai aisément avec vous ; car je conviens sans peine du droit des souverains à forcer leurs sujets errants au vrai culte, sous certaines peines. Cela étant, toutes les fois que nous pourrons croire que, corrigés par ces peines, qui les auront rendus attentifs à la vérité, ils iront de bonne foi à la messe, je ne trouve aucune difficulté, je ne dis pas à les y recevoir, mais je dis à les y contraindre d'une certaine façon. Toute ma difficulté est d'y recevoir ceux qui font profession publique de n'y pas croire, et qui, sur ce fondement, refusent opiniâtrement de communier, sans même témoigner pour cela la non-répugnance, par où il faut commencer. Tant qu'ils sont en cet état, je les crois incapables de profiter de la messe : cela même les rend dignes de châtiment avec la modération
Lettre 2011. — i. Bossuet répond h la lettre de Basville du mois de juin 1700, qu'on a vue plus haut, p. 269.
juin. 1700] DE BOSSUET. Slç)
convenable, par pitié pour leur maladie. Mais, au reste, de les y admettre, bien loin de les y contraindre de quelque manière que ce soit, c'est leur donner une faible idée de la sainteté du mystère, et leur inspirer de l'indiflerenco pour les bonnes dispositions qu'il faudrait avoir, et même pour y aller ou n'y aller pas : c'est la disposition que je trouve ici dans ceux qui vont à la messe si facilement, plus prêts encore à n'y pas aller. Je serai très aise d'apprendre à votre loisir ce que vous pensez sur cela, et de profiter de vos expériences.
Je suis, Monsieur, etc.
2018. — A DoM Jean Mabillon.
A Saint-Germain, 1 1 juillet 1700.
Je suis très aise, mon Révérend Père, que vous soyez content des résolutions de l'Assemblée* à s'opposer aux nouveautés de toutes les sortes qui s'élèvent contre la science de Dieu. L'approbation des personnes aussi saintes, aussi habiles et aussi bine intentionnées pour la vérité que vous l'êtes, nous doit donner du courage. Pourriez-vous croire qu'il se trouve des opposants, et qu'il y en a qui répondent que les opinions relâchées ne sont plus soutenues, et qu'ainsi il faut les laisser là comme mortes, sans combattre ce qui n'est plus qu'un fantôme^ ?
Lettre 2018. — i. L'assemblée du Clergé. À. Cf. Ledieu, t. Il, p. 80, etc.
320 CORRESPONDANCE [juill. 1700
Pour votre préface \ je l'ai admirée, et votre modération après la victoire \ qui nous oblige, indépendamment et au-dessus de tout sentiment humain , à contenter les bonnes âmes et à fermer la bouche aux contredisants. Priez Dieu pour nous, afin qu'il nous donne un aussi heureux succès que nous avons le cœur pur de tout sentiment humain. Aimez celui qui est tout à vous.
2019. — Edme Pirot a Bossuet.
En Sorbonne, le 21 juillet 1700.
Monseigneur, il me semble qu'il y a bien du temps que je n'ai eu de vos nouvelles. Pardonnez-moi si je débute si familièrement : la bonté dont vous voulez bien me faire l'honneur d'en user avec moi, m'a accoutumé à vous parler avec cette liberté. Depuis le jour que vous me marquâtes que vous me donneriez vos ordres (je crois qu'il y a plus de trois semaines), je n'en ai reçu aucun de vous. Vous m'aviez ordonné de regarder l'autorité des évêques dans Gerson, sur le sujet des décisions dans la censure qu'ils ont droit de faire, dont je vous avais entretenu autrefois : je m'engageai à revoir ce qu'il en avait dit dans son traité De examinatione doctrinarum. Je le fis aussi, et j'étais tout prêt à vous en rendre compte sur le premier ordre ; apparemment vous aurez vous-même voulu examiner la chose. Si cela n'était pas,
3. La préPace de l'édition b(''n(''dictine de saint Aug-nstin.
4. Le Saint Office, le 2 juin 1700, condamnait trois libelles des adversaires des Bénédictins : Lettre de l'abbé de *** aux R. R. Bénédictins, etc. ; Lettre d'un Bénédictin non réformé, etc. ; Lettre d'un abbé commcndataire. Le décret en fut publié le 7 juin. Voir A. -M. -P. Ingold, Histoire de l'édition bénédictine, Paris, 1908, in-8, p. 134.
Lettre 2019. — L. a. s. Collection Dumas, h B(»rdoaiix.
juin. 1700J DE BOSSUET. 321
j'y suppléerai aisément quand il vous plaira : en attendant, vous pourrez aisément voir ce que dit cet auteur, particulièrement dans deux endroits où il traite cette matière ex professa. Le premier est dans la première partie de ses ouvrages, dans son traité De examinatione doctrinarum^. Partie première, Considération m, où il marque le pouvoir des évoques de faire dans leurs diocèses un article de foi, en usant avec les précautions convenables. L'autre est dans la quatrième parlie de ses Œuvres, page 223, où en un feuillet il établit sa doctrine de Propositionihus ab episcopo hœrelicandis'^, et marque en quelle occasion un évoque doit user du pouvoir qu'il a de déclarer une proposition hérétique.
Si grand qu'on dit que soit le secret que les prélats se sont promis sur la liste des propositions à condamner, tout le monde ne laisse pas d'en parler ici. On dit qu'il y a un cahier imprimé, de 160 p., et qu'il fut donné à toute l'Assemblée lundi dernier. Je croyais que vous m'eussiez dit que vous me donneriez des ordres sur cela ; cependant je n'en ai rien su, et jusqu'à présent, je n'ai point vu l'imprimé, et ne sais de quoi il s'agit. Vous savez. Monseigneur, que je ne me mêle de rien, si on ne m'y lait entrer, et avec un autre même je n'en parlerais pas : ce n'est que l'attachement que j'ai à votre personne, et que j'aurai toujours inviolablement, qui me fit vous offrir tout ce qui serait à ma portée. Je ne doute pas que vous ne soyez l'âme de tout ce qui se fait, et que tout ne se décide uniquement par vos conseils. Vous savez qu'en quelque temps que ce soit, et pour quelque affaire qui puisse être de mon ressort, personne n'est si absolument en votre main que moi. Pardon de toutes mes libertés; je n'en suis pas avec un respect moins profond, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
PiROT.
I. J. Gersonii Opéra omnia, édit. Ellies du Pin, Anvers, in-Fol., 1706, t. I, p. 9.
2 Ibid., t. II, p. 287.
322 CORRESPONDANCE [juiU. 1700
2020. — A Robert Nelson.
A Saint-Germain-en-Laye, 2^ juillet 1700.
J'ai reçu, Monsieur, depuis quinze jours, une lettre dont vous m'honorez, de Blackheath', auprès de Londres, le 18 juillet de l'année passée, en m'en voyant un livre du Docteur Bullus^, intitulé :
Lettre 2020. — Cette lettre Fut imprimée pour la première fois en tète d'un écrit de Bull, Tfie Corruptions of the Church of Rome, qui d'abord fit partie d'un recueil intitulé Several letters which passed between Dr G. Hickes and a popish Priesl. Londres, i7o5, in-8. L'écrit de Bull fut ensuite publié séparément (Londres, 1707, in-24); mais la lettre de Bossuet n'y figure que traduite en anglais. L'original a été reproduit par R. Nelson (The Life of Dr George Bull, Londres, 1718, in-8, p. 385) et par le Rév. J. Mudry, dans sa version de Bull, Londres, i848, in-12. Un extrait de notre lettre a trouvé place dans le Dictionnaire de Ghauffepié, t. II, p. Sog, mais traduit sur la version anglaise de Bull. — Sur Robert Nelson, on peut voir notre tome V, p. 875.
1. Blackheatli (comté de Kent, au sud de Greenwich), hameau environné de châteaux et de villas, lieu de promenade des habitants de Londres, d'où l'on jouit d'une belle vue sur la capitale.
2. Georges Bull (i634-i7io), théologien de l'Eglise anglicane, fut pourvu de différents bénéfices, puis nommé à l'évèché de Saint- David en 1705. Ses principaux écrits ont été recueillis : Opéra omnia, cura Jo. Ern. Grabe, Londres, 1708, in-fol. On v voit entre autres la Defensio fidei Nicœnœ de œterna divinitate Filii Dei, Oxford, i685, in-'{. Après la mort du Dr Bull, on publia : Some important points of primitive christianity maintained and defended in several sermons and other discours, Londres, 1718, ^ vol. in-8, avec la Vie de l'auteur par Robert Nelson. La Defensio fidei Nicœnœ fut très Favorablement accueillie par les catholiques (cf. t. III, p. 455). Cependant Richard Simon (Lettres, t. 1, p. 21) remarque que l'auteur attaque violemment le P. Petau, et qu'il se préoccupe moins de justifier la fo des Pères de Nlcée que de combattre la doctrine de la transsubstantiation. De son côté, Huet, tout en louant l'intention de Bull, blâme sa méthode et l'accuse de parti pris, a Visus enim est nimiura SouXsûe'.v xf; u;;o0ca£i, et non tam quld censuerint Patres illi quam quid censere
juin. 1700] DE BOSSUET. 323
Judiclam Ecclesiœ catholicœ\ etc. Je vous dirai d'abord, Monsieur, que je ressentis beaucoup de joie à la vue de votre écriture et de votre nom, et que je fus ravi de cette marque de votre souvenir. Quant à l'ouvrage du Docteur Bullus, j'ai voulu le lire enlier, avant que de vous en accuser la réception, afin de vous en dire mon sentiment. Il est admirable, et la matière qu'il traite ne pouvait être expliquée plus savamment et plus à fond. C'est ce que je vous supplie de vouloir bien lui faire savoir, et en même temps les sincères congratulations de tout le Clergé de France assemblé en cette ville, pour le service qu'il rend à l'Eglise catholique en défendant si bien le jugement qu'elle a porté sur la nécessité de croire la divinité du Fils de Dieu. Qu'il me soit permis de lui dire qu'il me reste un seul sujet d'étonnement : c'est qu'un si grand homme, qui parle si bien de l'Eglise, du salut que l'on ne trouve qu'en son unité, et de l'assistance infaillible du Saint- Esprit dans le concile de Nicée, ce qui induit la même grâce pour tous les autres assemblés dans la même Eglise, puisse demeurer un seul moment sans la reconnaître ; ou bien. Monsieur, qu'il daigne me dire, comme à un zélé défenseur de la doctrine qu'il enseigne, ce que c'est donc qu'il entend parce mol Eglise catholique. Est-ce l'Eglise romaine et celles qui lui adhèrent.^ Est-ce l'Eglise anglicane? Est-ce
debuerint quaesivisse .. w (Au cardinal d'Aguirre, Bibl. Nationale, Int., II 433, f" 5/47). Voir Niceron, t. I, et la National Biography.
3. Judicium Ecclesiœ catholicx trium primorum seculorum de neccssitate credendi quod Dominas Noster Jésus Christus sit verus Deus asser- Lum contra M. Simonem Episcopium aliosque, Oxford, 1696, in-8.
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un amas confus de sociétés séparées les unes des autres ? Et comment peuvent-elles être ce royaume de Jésus-Glirisl, non divisé en lui-même et qui aussi ne doit jamais périr ? Que je serai consolé d'avoir sur ce sujet un mot de réponse qui m'explique le sentiment d'un si grave auteur*!
Je suis très aise, Monsieur, d'apprendre dans votre lettre d'heureuses nouvelles de la santé de Mme votre femme ^ que je recommande de bon cœur à Dieu avec vous et votre famille,
Ceux qui vous ont raconté les rares talents de M. l'archevêque de Paris, aujourd'hui le cardinal de Noailles, vous ont dit la vérité : il y a longtemps que la chaire de saint Denis n'a été si dignement remplie.
Si M. Collier ^ dont vous me parlez, a fait quelque
4. La réponse à ces questions fut remise à Nelson au moment où lui parvenait la nouvelle de la mort de Bossuet. C'est IVcrit mentionné plus haut : The Corruptions of the Church of Rome in relation to ecclesiastical Government, the rule of faith and form of divine Worship. in answer tho the Bishop of Meaux's queries (Cf. la Revue Bossuel du 25 juillet 1908, p. i38 et suiv.).
5. Mme Nelson s'était convertie en i683, et avait abjuré entre les mains de Bossuet ; son frère, Georges Berkeley demanda un saufconduit par l'entremise de ce prélat (Cf. t. V, p. 876).
6. Jérémie Collier (1650-1726), lliéolog^ien ang;Iican, qui soutint les droits de Jacques II détrôné, et fut, pour ce fait, en baie aux pouisuites des Ornngistes. Sur plusieurs points, il se rapprochait de l'Eglise romaine, et peut être considéré comme un précurseur du Dr Pusey. Il est auteur de divers ouvrages, pirmi lesquels on remiirqueV Ecclesiastical history of Great Britain, Londres, 1708- [714, 2 vol. in-Pol. On a vu (t. VI, p. 295) qu'il avait traduit en anglais les Maxim' s et ré/ïexions sur la Comédie, et combattu l'immoralité du théâtre anglais (Voir Macaulay, Comic dramatists of the Restoration, dans les Critical and historical essays, Londres, i85o, in-8, p. 57^ et sulv., ouvrage traduit par M. Guillaume Guizot, Essais littéraires, Paris, i865, in-8, p. 193 h
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écrit lalin sur la nouvelle spiritualité, vous m'obligerez de me l'envoyer. Mais sur tout n'oubliez jamais que je suis avec beaucoup de sincérité, Monsieur, votre très bumble et très obéissant serviteur.
Sascrlption : A Monsieur Nelson, à Blackheatb.
202 T. — Leibniz a Bossuet.
A Brunswick, 3 septembre 1700.
Monseigneur, Votre lettre du i^' juin ne m'a été rendue qu'à mon retour de Berlin, où j'ai été plus de trois mois, parce que Mgr rÉlecleur de Brandebourg m'y a fait appeler, pour contribuer à la fondation d'une nouvelle société pour les sciences*, dont S. A. É. veut que j'aie soin. J'avais laissé ordre qu'on ne m'envoyât pas les paquets un peu gros ; et comme il y avait un livre dans le vôtre, on l'a fait attendre plus que je n'eusse voulu. C'est de la communication de ce livre encore que je vous remercie bien fort ; et |e trouve que, par les choses et par le bon tour qu'il leur donne, il est merveilleusement propre pour le but où il est desliné, c'est-à-dire pour achever ceux qui chancellent. Mais il ne l'est pas tant pour ceux
20^ ; G. F. Secretan, Memoirs of the life and Urnes of the pious Robert Nelson. Londres, 1860, in-8, p. 69 et 1 17 ; la National Biography, etc.). Il ne paraît pas qu'il ait écrit sur le qniétisme.
Lettre 2021. — Minute autO{jr;iphe, Hanovre, Papiers de Leibniz, P 388. Imprimée d'abord dans les OEuores posthumes de Bossuet, t. I, p. 5io. Dans la collection Henri de Rothschild, se trouve une copie de cette lettre, par Ledieu.
I. Il s'ag^it de l'Académie de Berlin, fondée par l'électeur Fréd«'*ric, qui, le lo janvier suivant, devait se faire couronner en qualité de premier roi de Prusse. Leibniz fut le président de cette société savante.
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qui sont dans une autre assiette d'esprit -, et qui opposent à vos préjugés de belle prestance d'autres préjugés qui ne le sont pas moins, ou la discussion même, qui prévaut à tous les préjugés'. Cependant il semble, Monseigneur, que l'habitude que vous avez de vaincre vous fait prendre toujours des expressions qui y conviennent*. Vous me prédisez que l'équivoque de canonique se tournera enfin contre moi. Vous me demandez à quel propos je vous parle de la force, comme d'un moyen de finir le schisme. Vous supposez toujours qu'on reconnaît que l'Église a décrété^ ; et, après cela, vous inférez qu'on ne doit point toucher à de telles décisions.
Mais, quant aux livres canoniques, il faudra se remettre à la discussion où nous sommes ; et quant à l'usage de la force et des armes, ce n'est pas la première fois que je vous ai dit, Monseigneur, que, si vous voulez que toutes les opinions qu'on autorise chez vous soient reçues partout comme des jugements de l'Églisp, dictés par le Saint-Esprit, il faudra joindre la force à la raison.
En disputant, je ne sais si on ne pourrait pas distinguer entre ce qui se dit ad popalam, et entre ce dont pourraient convenir des personnes qui font profession d'exactitude. Il faut ad pop al am phaleras^. J'y accorderais les ornements, et je pardonnerais même les suppositions et pétitions de principe : c'est assez qu'on persuade. Mais, quand il s'agit d'approfondir les choses et de parvenir à la vérité, ne vaudrait-il pas mieux de convenir d'une autre méthode, qui approche un peu de celle des géomètres, et de ne prendre pour accordé que ce que l'adversaire accorde etîectivement, ou qu'on peut dire d'avoir déjà prouvé^ par un raisonnement exact? C'est de cette méthode que je souhaiterais de me pouvoir servir.
2. Edit. : pour achever ceux qui sont daus une autre assiette d'esprit.