L'assemblée du Clergé de
2. Facienti quod in se est Deus non denegat gratiam. — Dans son rapport h l'assemblée de 1700 sur ces propositions, Bossuet avait expliqué « que la grâce n'était pas donnée selon les mérites, ce qui excluait précisément les mérites naturels et tout ce qui pouvait faire croire que le discernement entre les justes et ceux qui ne l'étaient pas se rapportât finalement aux dispositions ou aux œuvres naturelles, contre ces paroles de l'Apôlre : Quis te discernii (I Cor., iv, 7)? Qu'à la vérité, on ne pouvait disconvenir qu'il y eût quelques anciens scolastiques qui établissaient un mérite de eongruo dans les œuvres purement naturelles, par rapport à celles de la grâce ', mais que c'était une opinion généralement abandonnée comme demi-pélagienne, et qu'on s'en tenait à la décision de saint Thomas dans sa Somme (I ^ II *, q. cix, art. vi, ad. 2 ; q. cxii, art. m), où ce saint docteur ne recevait l'axiome. Facienti quod in se est, etc., qu'à l'égard de celui qui faisait quod in se est, secundum quod est motus a Deo » (Collection des
36o CORRESPONDANCE [nov. 1700
nouveaux, et les attaque dans leur fort. C'est tout ce qu'on a pu faire dans la conjoncture présente \ où l'on avait à ménager un bon pape, très bien disposé, et très favorable à la France.
Nous souhaitons à M. de Saint-Pons une condamnation de ses rebelles *, que la France puisse
proces-verhaux du Clergé, t. VI, p. 484 et 485 ; Pièces justificatives, p. 196 et 197).
3. Par respect, l'assemblée s'était abstenue déjuger un livre déjà soumis à l'examen du Saint Siège.
4. Les récollets, avec qui M. de Montgaillard était en différend (t. VIII, p. i5o, l85, 354 ; t.X, p. 16, etc.). Nous empruntons à Deforis (t. X, p. 263) le texte d'un petit mémoire relatif à cette affaire, qui fut envoyé à Bossuet.
« Il y a longtemps que les récollets d^ son diocèse ont accusé les ouvrages de cet évêque à Rome, comme contenant des opinions insoutenables. Le Saint Office les ayant fait examiner, il y a environ quatorze ans, n'y trouva rien à redire. Les récollets, fort irrités contre cet évêque, l'ont accusé tout de nouveau, et parce qu'il a envoyé un député pour sa défense, les récollets ont fait agir des puissances pour empêcher qu'on n'examinât cette affaire durant que ledit député serait à Rome, afin de renouveler leurs instances après son départ. M. le cardinal de Bouillon a fait entendre au Pape qu'étant une cause majeure, il fallait plutôt la faire juger inparLibns. et que c'était l'intention de S. M. Ledit seigneur évêque ayant fiiit faire des oppositions contre le P. Damascène, èi qui on avait donné la revision de ses ouvrages, le cardinal de Bouillon a agi, afin que ledit Père fût maintenu dans cette commission, quoiqu'il soit du même Ordre, et que le Pape ait ordonné par deux fois qu'on en chargeât un autre théologien. Le Pape avait même nommé ce théologien, qui est le P. Latenay, carme, contre lequel on a donné des exceptions, parce qu'étant interrogé sur les opinions de M. de Saint-Pons, il avait répondu qu'elles étaient toutes orthodoxes.
(c Les principales difficultés qu'on objecte contre cet évêque regardent la lecture de l'Ecriture en langue vulgaire, l'invocation des saints, l'intention des ministres pour la validité des sacrements et le droit des évêques pour corriger les bréviaires de leurs Eglises qui ne suivent pas le romain.
« L'évêque de Saint-Pons avait accusé quelques ouvrages desdit^ Pères récollets de son diocèse, comme contenant des erreurs fort grossières, entre lesquelles il y a celle-ci : qu'il faut adorer le lait, le sang
nov. 1700] DE BOSSUET. 36 1
accepter sans restriction : celle qu'on a apportée à leur proprio mota devrait les^ en désabuser. Il est vrai que Rome s'éclaire, et ce sera un grand sujet de joie, si elle commence à voir clair sur les versions de la Bible en langue française et sur les lectures des Saints Livres. M. de Saint-Pons aura rendu un grand service à l'Eglise, s'il peut sur ce sujet important la rendre traitable^
J'attends pour publier notre censure \ que j'aie
et la chair de la sainte Vierge dans l'Eucharistie. On a chargé de l'examen ledit P. Damascène, religieux du même ordre de saint François. Le cardinal de Bouillon empêche même qu'on n'examine cette affaire, pour éviter d'en voir le jugement durant la vie de M. de Saint-Pons. »
5. Ici, Bossuet parle des Romains, et fait allusion aux difficultés soulevées en France contre le bref qui avait condamné les Maximes des saints.
6. Les récollets avaient dénoncé à Rome vingt-huit propositions extraites par eux des écrits de M. de Montgaillard, et en particulier de son Instruction contre le schisme des prétendus réformés (2^ édition, Toulouse, 1686, in-8 de 619 pages). Tls lui reprochaient, entre autres cho-;es, sa facilité à permettre la lecture de la Bible en langue vulgaire, et il s'en est expliqué dans Vingt-huit propositions déférées au saint Siège comme extraites de quelques livres de M. l'évêque de Saint- Pons, avec les remarques de ce prélat, et dans un parallèle entre sa doctrine et celle des récollets sur l'Ecriture sainte (Recueil Lk^ 589, in-li, à la Bibliothèque Nationale). L'affaire ne se termina point comme le souhaitait Bossuet. Le 27 avril 1701, le Saint Office condamna, avec un certain nombre d'écrits des récollels, plusieurs ouvrages de Montgaillard, en particulier : Du droit et du pouvoir des évêques de régler les offices divins dans leurs diocèses, et même, avec la mention donec corrigatur, l'Instruction contre le schisme. Toutefois^ pour éviter les difficultés auxquelles elle s'était heurtée à l'occasion des Maximes des saints, la Congrégation s'abstint de porter un jugement sur chacune des propositions déférées à son examen. Sur le sens et la portée de cette condamnation in globo, on peut voir une lettre de l'abbé de Montgaillard à Noailles (Fr. 2^980, f° 3 16).
7. Bossuet veut parler des décisions de l'assemblée du Clergé, doni la promulgation devait être feite par l'ordinaire de chaque diocèse.
o(J2 CORRESPONDANCE [nov. 1700
vu celle de M. de Reims, afin d'agir en unité. Je ne tarderai pas à vous donner part de ce que je ferai sur cela. M. le cardinal de Noailles a donné un grand exemple sur cela * ; et c'est un grand pas d'avoir exterminé dans Paris la mauvaise morale.
Je suis, Monseigneur, avec le respect que vous savez, votre très humble et très obéissant serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
2036. — A M'^'^GORNUAU.
Il n'y a rien qui presse, ma Fille ; vous pouvez différer de me parler ou de m'écrire. Rien ne vous presse non plus pour aller à confesse. Dieu a exaucé vos vœux. Je serai lundi à R[enlilly] \ d'où le lendemain je vous irai voir et écouler^. Disposezvous-y, et préparez votre cœur, ouvrez tout au
8. Le mandement par lequel l'archevêque de Paris (le 3 octobre) publia la censure et la déclaration de l'assemblée du Clergé.
Lettre 2036. — Inédite. Elle se trouve dans Na (p. 487 et I1S8), jNla et So. Elle porte dans le premier de ces manuscrits la date du 1 1 décembre 1700, et dans les deux autres, celle du 11 déc. 1702 ; c'est par erreur, car le 1 1 décembre 1700, Bossuet était à Paris, et non à Germigny (Ledieu, t. II, p. 166). Le voyage projeté par Bossuet suppose la lettre écrite le 11 novembre 1700. Le ms. de Gomerfbnlaine donne cette dernière date.
1. Rentilly, écart de la commune de Bussy-Saint-Martin, canton de Lagny. Le château et la terre de Rentilly, propriété de la famille (le Ligny, appartenaient alors à Marie de Ligny, princesse de Furslonberg.
a. Le Journal de Ledieu (t. II, p. 162 et i63) nous apprend que le II novembre 1700, Bossuet était à Germigny, que le lundi suivant, i5, il se rendit à Rentilly, où il tut l'hôte de la princesse de Eurstenberg, et d'où il alla le mardi à Torcy.
nov. 1700] DE BOSSUET. 363
céleste Epoux. Je le prie, ma Fille, detre avec vous.
J. B., é. de M.
A Germigny, 11 [iiorembre] 1700^.
2087. — A Lamoignon de Basville.
A Germigny, ce 12 novembre 1700.
Pendant, Monsieur, que je suis ici solitaire et libre, j'ai profité du repos que je m'y suis donné pour lire et étudier à fond vos savantes réflexions, avec celles des savants prélats, sur une de mes lettres \ et en même temps un docte écrit que M. de Montauban m'a donné en nous séparant^, sur la contrainte dont on doit user contre les hérétiques. J'ai tâché, sur ces beaux écrits de personnes dont j'estime tant les sentiments, de former dans mon esprit une résolution sur cette importante affaire ; et comme j'ai cru avoir pris tout le temps dont j'avais besoin pour y réfléchir, et que je prenais la plume pour vous expliquer ma pensée, il est venu un ordre de la Cour^ qui mande de se donner garde de forcer personne à la messe ; ce qui semblait vouloir décider notre question. Mais, comme la Cour a ses raisons et ses vues, qui peuvent changer selon
Lettre 2031. — ^ 1. La lettre de Basville, du 21 septembre, sur celle de Bossuet, du 1 1 juillet ; les réflexions des <^vêques de Mlrepoix, de llieux et de Nîmes (plus haut, p. 3^3).