‹ Correspondance de BossuetChapitre 164 sur 192 · I Petr. , II, 5, 9 ; Apoc, i, 6; v, 10 ; xx · texte numérisé non relu

I Petr. , II, 5, 9 ; Apoc, i, 6; v, 10 ; xx

3. On faisait sortir de l'église, après l'évangile, les catécliumènes et les pécheurs publics.

l'on veut, quelque plaie à la discipline présente, nous sommes dans une de ces occasions où l'utilité qui en reviendra infailliblement à l'Église récompensera avantageusement ce qu'elle peut perdre par le relâchement de sa discipline. Car il ne s'agit pas ici du salut de quelques particuliers, mais d'un nombre très grand de nouveaux convertis, et particulièrement des enfants, qui vont se perdre et s'attacher à la secte de leurs pères, ou plutôt vivre dans l'irréligion où vivent leurs pères, si l'on ne contraint généralement tous les nouveaux convertis à assister à la célébration des mystères.

Ainsi jamais on n'a eu tant de raison de dire ce que disait saint Augustin dans une cause presque semblable: « Dans les causes où, vu la violence et l'étendue des divisions, il ne s'agit pas seulement du salut de quelques particuliers, mais où l'on doit travailler à ramener des peuples entiers, il faut relâcher quelque chose de la sévérité de la discipline, afin qu'une charité sincère puisse apporter des remèdes convenables à de plus grands maux : In hujusmodi causis, uhi per graves dissensionum scissaras non hujus aut ilhus hominis est periculum, sed populoriim sirages jacenl, detrahendum est aliqaid severitaii, al majoribus malis sanandis charitas sincera subveniat''. L'Église a toujours suivi cette maxime, quand il a été question de ramènera l'Église des peuples entiers de schismatiques ou d'hérétiques; et vous le pouvez voir. Monsieur, assez au long dans le mémoire que je vous donnai aux États derniers.

Que s'il en faut juger par l'expérience, il n'y a que trois mois ou environ qu'on a commencé de faire venir tout le monde à la messe à Mazères^; et cependant il y en a des plus opiniâtres qui m'ont avoué qu'ils y venaient au commencement avec une grande répugnance, mais qu'à présent ils y venaient non seulement sans peine, mais avec plaisir. Or que

4. Epist. CLxxxv, ad Boni/., de Corr. Donat., n. 45 [P. L., 1. XXXIII, col. 8i3J.

5. Mazères. Cf. plus haut, p. 175. — Jean Hubert, ministre à Mazères, avait abjuré en 1680, entre les mains de M. de La Broue (Archives Nationales, G^ 232).

sera-ce si l'on continue de les y faire venir? que sera-ce dans un an et dans deux ans ? Il n'y a point de doute qu'on n'y voie un très grand changement. Dans le fond, si ceux qui sont si opiniâtres avaient tant d'horreur pour la messe, ils n'y viendraient pas si facilement, et il faudrait des peines plus grandes pour les y obliger.

Quant à ce que M. de Meaux ajoute^, que c'est leur donner une faible idée de la sainteté de nos mystères que de les V admettre, même de les v contraindre dans les dispositions où ils sont, il est aisé de remédier à cet inconvénient par les instructions qu'on leur fera sur la grandeur et la sainteté des mystères qui s'opèrent à la messe, que la seule créance de la présence réelle de Jésus-Christ sur l'autel relève si fort audessus de la cène des protestants ; outre que la manière dont les catholiques assistent à la messe, si différente de celle dont les protestants assistaient à la célébration de leur cène, est seule capable de leur faire sentir la différence qu'il y a de l'une à l'autre.

Je finis, Monsieur, en vous assurant que je trouve déjà des changements très avantageux à Mazères, depuis qu'on y contraint tout le monde aux exercices; et voici un fait considérable qui le fait voir bien clairement.

Il y a dans cette seule ville jusqu'à quarante-cinq mauvais mariages de nouveaux convertis, qui vivaient dans une extrême indolence à Tégard de leur état. Mais, depuis qu'ils ont vu qu'il fallait venir h tous les exercices, et que, pour peu qu'ils ajoutassent à ce qu'on exigeait d'eux, ils pourraient sortir de ce malheureux état, plus de la moitié sont venus me demander: « Que faut-il que nous fassions pour être mariés légitimement? » Je leur ai prescrit: premièrement, de se séparer d'habitation de leurs prétendues femmes pendant un mois entier, pendant lequel, s'ils n'étaient pas suflisammcnt instruits, ils se feraient instruire; et j'ai commis des personnes pour instruire les hommes et les femmes ; secondement, que, dans le même délai, ils feraient leur confession, et

('). DaDsla lettre du ii juillet, p. Sig.

SUTx LES NOL VEAUX CONVERTIS. /i27

verraient pour cela le confesseur qu'ils choisiraient, autantde l'ois qu'il serait nécessaire, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu l'absolution de leurs péchés ; troisièmement, qu'ils déclareraient publiquement qu'ayant manqué aux engagements qu'ils avaient pris dans leur abjuration, ils venaient présentement de leur mouvement, et sans aucune contrainte, faire profession de la religion catholique, et protester en présence de cette même Église qu'ils étaient résolus d'y vivre et d'y mourir"'. Ils se sont tous agréablement soumis à ces trois ou quatre choses, et j'espère qu'avant la fin de ce mois, il y en aura plus de la moitié de mariés.

Vous voyez ce qu'a produit une contrainte générale de trois ou quatre mois. Je ne doute pas qu'on n'en voie chaque jour de nouveaux fruits ; les choses y paraissent plus disposées que jamais. La ligue que le Roi a faite avec l'Angleterre et la Hollande, pour le partage de la succession de l'Espagne**,

7. Voici une formule de déclaration proposée, aux environs de 1700, à la signature des nouveaux catholiques avant leur mariage :

« N***, fils de..., désirant contracter mariage, et N***, fille de..., désirant aussi contracter mariage, nous déclarons sincèrement de cœur et de bouche à Mgr l'éveque de Meaux et à Maître..., curé de... pour lui, que nous embrassons la foi et la religion catholique, apostolique romaine, que nous en faisons aujourd'hui profession devant lui et entre ses mains, que nous promettons d'en garder les préceptes toute notre vie. Nous promettons pareillement de nous confesser avant notre mariage et chaque année à Pâques, et de recevoir les autres sacrements de l'Eglise comme le pratiquent, tant en santé qu'en maladie, tous les autres fidèles catholiques, et d'assister avec respect aux services et instructions de l'église paroissiale chaque jour de dimanche et de fêtes observées. En foi de quoi nous avons signé le présent registre de l'église, ce... « (Registres de la paroisse de Quincy, au diocèse de Meaux). — L'abbé de Cordemoy avait composé une lettre sur le mariage des réunis, imprimée à Toulouse en 1698 et reproduite dans ses Lettres de controverse, Paris, 1702, in-12.

8. Guillaume III avait proposé au cabinet de Versailles de partager la succession du roi d'Espagne avant qu'elle fût ouverte: de là deux traités que Charles II rendit inutiles par son testament, du la octobre 1700, et qui furent signés, le premier, à La Haye, le 11 octobre 1698, et le second à Londres le 1 3 et à La Haye le 25 mars 1700 (.lean Du Mont, Corps universel et diplomatique du droit des gens,

leur ôte toute espérance de pouvoir jamais être secourus de ce côté-là. Ainsi, Monsieur, rien n'est plus important que de les faire entrer bon gré, mal gré, dans l'Église; et il semble qu'on ne s'y oppose plus du côté de la Cour, qui était la seule chose qui pouvait vous retenir. Il est inutile de vous répéter les raisons de notre avis, et vous les savez d'ailleurs mieux que personne.

Je suis, etc.

2° VÉvêque de Nîmes à M. de Basville.

M. de Meaux convient d'abord de l'autorité des souverains à forcer leurs sujets errants d'entrer dans la véritable religion', sous certaines peines. Ils sont, en effet, selon saint PauP, ministres de Dieu pour procurer du bien à leurs peuples, surtout le plus grand bien, qui est le salut, et ce n'est pas sans raison qu'ils portent le glaive.

11 propose ensuite deux sortes de sujets errants, qu'il faut conduire différemment: les uns corrigés, rendus attentifs à la vérité et portés de bonne foi à nos mystères ; et ceux-là, il veut non seulement qu'on les y reçoive, mais encore qu'on les y contraigne; les autres, faisant une profession publique de n'y pas croire, et refusant opiniâtrement d'y participer ; et ceux-ci, il les juge incapables d'en profiter, et dignes même de châtiment avec la modération convenable. M. l'évêque de Meaux est en cela beaucoup plus sévère que

Amsterdam, 1726, in-fol., t. VII, part. 11, p. 4^2 et 4/7 ; G. de Lamberty, Mémoires pour servir à l'histoire du XVIW siècle, La Haye, 1724, în-/i, t. I, p. 12 et 97).

2» — Voir OEuvrcs de Fléchier, édit. 1782, in-8, t. VIII. Cf. une lettre de la même époque écrite à l'archevêque de Paris {ibid., p. iAq), réponse à la circulaire par laquelle il avait, de la part de la Cour, demandé î^ un certain nombre d'évèques leur avis sur la manière dont il convenait d'agir k l'ég^ard des nouveaux convertis : c'est cette consultation qui provoqua les Mémoires publiés par M. J. Lemoine, Paris, 1902, in-8.

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